Deux événements historiques genevois passés inaperçus (jeudi, 10 septembre 2009)

DSC02391.JPGConformément à l'alinéa 2 de l'article 65 du règlement, reflet de la loi constitutionnelle qui dispose que les travaux des commissions ne sont pas publics -  loi constitutionnelle concoctée par un Grand Conseil revêche, mais plébiscitée par des Genevois convaincus qu'il faut réviser totalement la Constitution de 1847 - la Constituante a organisé mardi 8 septembre une audition-débat publique à Thônex. Une première historique à laquelle une septantaine de personnes, dont de nombreux constituants, ont participé activement durant 2h30 chrono.

On en trouvera des échos dans la Gazette de la Constituante, ici et et encore . Aucun média n'en a parlé. Pourtant le sujet était d'importance. Il s'agissait rien moins que de discuter de la forme à donner à la gouvernance démocratique de la région franco-valdo-genevois. Genève prendrait un risque à laisser se développer cette animosité antifrontalier dont deux partis poujadistes font leur beurre ces jours.

L'autre événement historique est l'intervention officielle de la Chancellerie d'Etat flanquée d'une cohorte de Dircom de Département à la Tribune de Genève. Le ministère de la bonne parole et de la bienséance publique, sans doute mandaté par un Conseil d'Etat prudemment resté dans sa Tour Baudet, est descendu à la rue des Rois pour demander un peu plus de contrôle de certains blogs et des commentaires qui émaillent, très nombreux, les articles et les billets publiés sur le site www.tdg.ch.

La conversation fut franche et empreinte de civilité. Et c'est entre gens de bonne compagnie - plusieurs des Dircom sont d'anciens journalistes - que l'on s'est quitté sur le coup de midi. Il est juste de souligner que l'intervention visait à protéger quelques élus égratignés par des publications de quidams dont les propos "harakiriquiens" frisaient sans doute le code pénal et qui avaient eu, de surcroît, l'outrecuidance de se cacher derrière un pseudonyme.

Le fait est fâcheux, en effet, et je m'en plaint régulièrement: courageux mais pas téméraraires tels sont la plupart des internautes. O tempora, o mores...

Les internautes adorent la soudaine liberté d'expression que leur offrent les sites internet, les sites de presse en particulier, celui de la Tribune notamment qui recueille des milliers de commentaires par mois. Mais ils peinent à les signer ce qui - dit-on - devrait être la règle en ce pays de Landsgemeinde. La vox populi, surtout la vox des bien-pensants, ne semble pas trop choquée du paradoxe qui veut que le propos soit identifié et que le vote secret.

Évidemment, la Tribune, pas plus que les auteurs de blog ni que votre serviteur, qui assume la délicate fonction de responsables de la plate-forme des blogs http://blog.tdg.ch, ne sauraient cautionner les messages vitriolés, pamphlétaires, abscons, et quelquefois même inurieux ou insultants qu'une minorité d'internautes masqués croient pouvoir publier. L'équipe en charge du web passe de longues heures à éliminer les posts les plus inacceptables, discutant quotidiennement du positionnement de la ligne blanche.

La technique nous aide dans ce filtrage et promet régulièrement d'affiner les mailles du filet. Mais on ne ferme pas le quai de Cologny au prétexte que quelques inconscients tuent ou se tuent au volant de leur voiture. On voit mal les médias renoncer à l'internet sous prétexte que la culture de l'anonymat y fleurit et que quelques-uns croient à tort que l'irrespect est légitime.

Depuis deux ans et demi que je suis en charge des blogs de la Tribune, j'ai évolué vers une position plus libérale. J'étais franchement contre l'anonymat et chacun peut retrouver dans ce blog et dans le webzine de la Tribune des billets à ce sujet. Peu à peu je me suis rendu compte qu'à tort ou à raison la liberté d'expression, pierre angulaire de notre société libérale avancée, n'était pas également accessible à toutes et à  tous.

Nombre de professionnels craignent les éventuelles conséquences de leurs prises de parole: les fonctionnaires, les employés de banque, les pensionnaires d'EMS, même les parents d'élèves qui redoutent sans doute à tort quelques effets collatéraux sur leur progéniture. Cette état de fait devrait faire réfléchir les censeurs et ceux que le verbe cru froisse. Cela ne légitime évidemment pas l'insulte, l'atteinte à l'honneur, les propos racistes ou antisémites. Chaque jour, nous sommes confrontés à définir une limite forcément, mobile, arbitraire, sujette à débat, devenant peu à peu des spécialistes en sémantique.

C'est sans doute là une des nouvelles raisons d'être des médias et des journalistes que de modérer des forums.

Je ne cite qu'un exemple: traiter un Français de Frouze n'est pas n'est pas plus insultant que traiter un Allemand de Bosch ou un Italien de Rital - nègre tombant lui sous le coup de la norme antiraciste. C'est certainement discourtois, impoli. Cela dénote sous la plume de celui qui use  de ce genre de mot une animosité limite xénophobe.

Nous avons pris le parti d'intervenir lorsque le débat délire et dérape. Nous avons pris le parti de ne pas ouvrir les débats sur les sujets dont nous savons d'expérience qu'ils sont propices aux dérapages. Nous éliminons, dans les meilleurs délais, les commentaires inacceptables. Parfois certains nous échappent. Le lien "signaler un abus" permet aux internautes citoyens de nous les signaler. Nous les remercions de leur intervention. Nous pouvons sans doute faire mieux. Mais nous ne pouvons pas rendre la société meilleure qu'elle n'est.

Sans doute manque-t-il des voix, comme la écrit récemment Daniel Cornu, le médiateur d'Edipresse (qui édite la Tribune) dans un billet intitulé Merz, Kadahfi et la liberté de parole, des autorités de la parole qui osent participer en plus grand nombre aux débats qui s'instaurent dans les blogs et sous les articles de la Tribune. Sans doute les rédacteurs devront-ils intervenir eux-mêmes davantage et rappeler les règles les échanges en ligne. Ne pas laisser l'espace public aux seuls importuns est aussi un moyen de redresser le débat citoyen. La responsabilité du débat public incombe à tous!

Pour poursuivre la réflexion on lira quelques billets publiés sur les blogs de la Tribune

Pascal Décaillet grand pourfendeur de l'anonymat sur la toile

John Goetelen champion des commentaires sur les blogs Tribune a l'an dernier signé un billet intitulé Blogs: Âne Onyme et insultes

Votre serviteur ici et

Et pour sourire un peu on dégustera ce billet trouvé sur Top slurp, l'un des meilleurs blogs du web

 

 

 

09:48 | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer | |  Facebook | | | |