100, sang, sans (samedi, 25 septembre 2021)

AE99232F-4210-492F-8BAC-0E5DC188E8BF.jpeg100, c’est le centième numéro de l’hebdomadaire du quotidien La Croix. Je le lis toujours avec grand intérêt. Il se dénote semaine après semaine des news magazines et offre à ses lecteurs des articles et des rencontres qu’on ne trouve nulle part ailleurs ou si peu (La Vie, Aleteia, L’Homme Nouveau et d’autres blogs et revues spécialisées)

Sang, c’est le sang des martyrs, des victimes, des malheureux que le sort (quoi d’autre: leur karma, Dieu, la Nature?) a fait naître au coeur des tragédies de ce monde. Ils sont nombreux, très nombreux, trop nombreux. Que faire? Question éternelle. 

Sans, ce n’est pas (pas encore?) le mot d’ordre des manifestants du climat. Sans CO2 certes, mais pas sans chauffage. Que dirait-on d’un propriétaire qui afficherait ces jours à l’entrée de son immeuble: « En raison du réchauffement climatique, le chauffage sera enclenché le 15 novembre et coupé le 31 mars. Ou, à choix, maintenu à 18 degrés durant la saison froide? » Que voteraient les locataires?

100, sang, sans! 

Le centième numéro de La Croix Hebdo, c’est aussi une initiative louable en ce temps « sanslogue », ce temps sans écoute, ce temps d’invectives, d’injures, de calomnies. Le dialogue se meurt, se brise, s’éventer, s’époumone. La Croix a convoqué 100 personnalités à signer un appel à se parler. « Dix engagements pour une année électorale », qu’il faut lire et relire, les dix commandements du dialogue véritable. Les lecteurs sont invités à signer eux-aussi et à les mettre en oeuvre bien au-delà de la course à l’Elysée.

100, sang, sans

Ce même centième numéro consacre son grand interview au chanteur, rappeur, écrivain Gaël Faye, un intellectuel franco-rwandais que je ne connaissais pas. Je t’ouvre son propos d’une grande maturité et d’une grande lucidité et son engagement d’une belle responsabilité. Je lis aussi comme une meurtrissure indélébile ces mots:

« Je suis aujourd’hui dans un collectif qui s’appelle le CPCR, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda. Nous travaillons à poursuivre, entre autres, des hommes et des femmes d’Église qui ont participé activement à cette élimination. Alors pour vous répondre, Dieu, oui. La religion, j’y vais avec plus de prudence. J’ai eu besoin de me marier à l’église, de faire baptiser mes enfants. Je chemine. Mais je n’ai pas encore rencontré de prêtre ou de religieux capable de poser des mots sincères et profonds sur ce qu’on a traversé. J’ai l’impression qu’il y a encore trop d’éléments de langage de la part de l’institution. »

Et à propos de l’information, je lis ces mots auxquels je ne peux que souscrire. Encore que la vertu de l’information, c’est de renseigner rapidement, dans l’instant, forcément de manière schématique, statistique, sourdes aux mille voix anonymes d’où monte le bruit informe de la foule. 

« L’information déteste la nuance. Même sans avoir à écrire un article de journal, décrire les choses dans toutes leurs aspérités est difficile. Je l’ai vu avec le traitement fait sur le Burundi et le Rwanda, on l’a réduit à un conflit ethnique. Ça arrange les partis politiques qui, quels qu’ils soient, s’appuient sur cette grille qui rend la société lisible en un clin d’œil. On sépare les gens en leur faisant croire que les groupes sont toujours homogènes, alors qu’à l’intérieur il y a des tensions, des différences, de la complexité. On ne pourra jamais tout englober, tout raconter. Malheureusement, tellement d’histoires sont perdues à jamais. Mais, en tant qu’écrivain, j’essaie de sauver quelques silences. »

100, sang, sans

La peur du réchauffement climatique, que les experts aux oeillères, décrivent sans alternatives mobilisent donc les manifestants et peut-être les électeurs ici et en Allemagne (au fait par définition, un expert n’est pertinent que dans son champ de recherche et de connaissance, il est donc comme ces chevaux d’attelage qu’ont affublait d’œillères pour qu’ils ne se déroutent pas). Sans grand esprit critique, notre chère RTS relate ces mobilisations de la société civile qui exigent des actes déterminés de la classe politique, de l’Etat, de la communauté internationale. Ce langage simpliste (comme l’information) me fatigue. Dans les pays démocratique ou ce qui en reste, qui est la classe politique, l’Etat, la communauté internationale, sinon nous et notre bulletin de vote. A quand des revendications sur la baisse du chauffage dans les écoles et une mode vestimentaire mettant les pulloveurs, les chandails, les jaquettes, les Marcel en laine et les culottes longues au goût du jour?

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