Kneubühl confiné «volontaire» (dimanche, 18 juillet 2021)

3C59B7F8-DC0B-430B-BC38-BC193AE14411.jpegLe discours est rodé. Chaque disparition d’un journal lance les lamentations sur l’amoindrissement de la variété des opinions. Pourtant, l’abondance des médias est là. Avec les chaînes d’info et les réseaux sociaux, c’est même l’indigestion qui menace. 24h sur 24.

Voyez ces deux PLR qui renoncent, Petra Gössi et Nicolas Jutzet. Ils prennent du recul. Sagement. Avant d’être broyés par le bal médiatique qui transforme la politique en un jeu de mouches dans un pot de vinaigre. 

Petra Gössi donc, la présidente du parti fondateur de la Suisse, longtemps un parti dominant, mais qui, comme tous les vieux partis du XXIe et du XXe siècle, ne sait plus comment rassembler ses électeurs autant qu’avant. Petra Gössi, une femme indépendante - trop peut-être - des anciens réseaux - les syndicats patronaux et syndicaux - qui faisaient et défaisaient naguère - et sans doute toujours - les conseillers fédéraux.

Petra Gössi, dont je lis l’interview traduite dans le Blick en français. La politicienne avoue que l’obligation d’être au top sur les nouveaux réseau sociaux, c’est à dire d’y être enchaînée jour et nuit pour être de celles et de ceux qui font la politique et donnent un coup de barre durable au navire libéral radical, que cette obligation donc est juste épuisante et qu’elle vous détourne des questions fondamentales et des relations sociales durables sans lesquelles aucune politique n’est durable. Sans parler des méchants et des grossiers qui vous menacent par courriels et posts interposés. Sans répit.

Une folie.

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La folie je la rencontre dans un article accroché sans raison apparente sous l’interview du Blick. Il me renvoie à une actualité d’il y a dix ans, dont j’ai peine à me souvenir mais qui avait alors fait les gros titres des journaux: l’affaire du forcené de Bienne. 

Le lien me mène à une interview du forcené publiée le 7 juin dernier dans le Blick: «Rien ne me manque la liberté a de toute façon disparu.» Une interview rare, décidée au sein de la rédaction à la suite de l’envoi au journal zurichois d’une lettre manuscrite du forcené incarcéré à Thun.

La lecture de cette interview m’a jeté dans une profonde introspection. Voilà un homme déclaré fou, qui refuse les traitements que les institutions ont jugé bons pour lui et la société, «qui s’enferme dans son délire, qu’il ressasse sans cesse ce qui prouve bien qu’il est bien malade» - selon un psychiatre interviewée par le Blick - qui a écrit 5000 pages pour sa défense, qui dit ne plus avoir d’amis, qui passe 23 h par jour dans sa cellule, et qui avoue au Blick manquer d’amour... Ce fou, les tribunaux, cantonal et fédéral, viennent de lui refuser justice et de valider son internement au fait qu’il peut à 78 ans être un danger pour la société. 

Je ne connais sans doute rien de ce dossier, mais je n’aurais pas voulu être à la place des juges. Ni de cet homme doublement enfermé.

Et je pense à tous ceux, pareillement enfermés dans la maladie, en prison, dans leur délire, qui n’ont pas de recours, et finissent leur vie entre quatre murs avant de reposer entre quatre planches. Pas tous sans amour, certes, mais que ces amours ne parviennent pas à délivrer.

Les articles actuels ne disent rien sur les causes premières de cet enchaînement. Sauf que Kneubühl a grièvement blessé un des policiers qui venaient le déloger de chez sa maison dans le quartier des tilleuls à Bienne. Quelle était la raison de cette évacuation? Une dette, une plainte de voisinage? Quoi d’autre?

Je retiens encore dans cette interview du forcené de Bienne cette déclaration qui fait le titre de l’interview du Blick: « Rien ne me manque, de toute façon la liberté a disparu ». Une manière de survivre, confiné entre quatre murs? Une phrase qui résonne pourtant étrangement dans ce monde dont la Chine - archétype du romand d’Orwell - figure aux yeux de certains comme un futur proche pour le monde de demain. 

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