Pas d’église à Praille Acacias Vernets (dimanche, 06 juin 2021)

  1. 42C7D2A4-3B8F-47E9-87A2-3A4EC820D5BA.jpegA quoi sert une église? Cette question nous interpelle. Jusque dans la construction d’un nouveau quartier au coeur de Genève. On a pu lire à l’occasion de la présentation d’un nouveau quartier à Praille Acacias, ce commentaire dans La Tribune de Genève, où  Christian Bernet se désole de n’y voir «pas de salle communale, pas d’église, pas de mairie, pas de locaux pour la fanfare».

De fait, les églises à Genève n’ont pas, à ma connaissance, réclamé un morceau de terrain pour y bâtir une maison des amis de Dieu.

Les religions n’ont pas reçu non plus des parcelles, comme jadis au temps du radical James Fazy, pour y bâtir leur temple: Notre-Dame de Genève, une synagogue, un temple maçonnique, devenu église du Sacré coeur, et l’église orthodoxe russe. L’absence d’une église ou d’une mairie semble n’étonner qu’un journaliste. La vérité est que les religions à l’exception de l’islam n’ont  aujourd’hui plus la force ni les moyens de bâtir des temples. 

Et puis, les catholiques d’ici sont peut-être traversés par ce doute que l’église de pierre pourrait ne pas être l’église de ce Christ qu’ils disent ressuscité d’entre les morts alors qu’une pandémie a renvoyé ce monde dit moderne aux angoisses du moyen-âge. Et de se demander encore si la célèbre parole du Christ à Pierre - «sur cette pierre, tu bâtiras mon église» - n’aurait pas été un peu transgressée. Les successeurs de l’apôtre ont multiplié les églises de pierre, négligeant souvent l’être humain, un serviteur aimant comme le Christ, un mortel forcément comme le Christ? L'Église, n'en n'avons-nous pas presque fait Dieu sur la terre ? se demande Jean-Luc Lecat sur le site L’Eglise maintenant?

Il n’y a pas si longtemps pourtant nos cités satellites, à Genève comme ailleurs, ne se construisaient pas sans qu’un temple et une église ne s’y dressent, parfois côte à côte, mais aussi face-à-face, dans un combat de coq, malgré l’œcuménisme affiché, anachronique et dérisoire. Ainsi à Onex, au Lignon. 

A-t-on élevé un ou des clochers nouveaux à La Chapelle-les-Sciers (2500 habitants), aux communaux d’Ambilly (5000 habitants), à l’écoquartier des Vergers à Meyrin (2500 habitants)? Non. On n’en ouvrira pas non plus des lieux de cultes demain à Châtelaine (10’000 habitants), à Bernex (10’000 habitants), aux Cherpines (6000 habitants), aux Grands-Esserts à Veyrier (2500 habitants) ou à Acacias La Praille dont la première étape promet 2450 logement (5000 habitants)? 

Il y a un peu plus longtemps, à la fin du XIXe siècle, ici, dans nos villages du sud du canton, on a dressé des croix de granit. Il y en a quatre dans ma paroisse, une à Charrot, une à Saconnex-d’Arve, deux à Compesières. Imagine-t-on une croix érigée sur le pont piétonnier qui enjambera l’Aire, que nos urbanistes ressortiront de son canal dans le nouveau quartier de la Queue-d’Arve? 

On ne cesse pourtant de parler de spiritualité. On cite à tout bout de champ ce mot prêté à Malraux que le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. Mais l’Eglise n’est plus dans l’air du temps. Elle a été inaudible durant la pandémie. Les abus sexuels l’emprise exercée de trop nombreux membres du clergé ont achevé d’en faire un contributeur audible. 

Cependant, les clochers restent - pour combien de temps? - des marqueurs identitaires. Imagine-t-on fermer un lieu de culte, démolir un temple? Il a certes quelques exceptions. Qui ne font que confirmer la règle. Une église même aux trois quarts vide et ses volées de cloches de l’angelus sont comme ces joueurs de football qui se signent avant le match. Des traces d’un monde secret, antique, magique, où sont les ou le maître de la vie et de la mort, qu’il vaut mieux ne pas trop déranger. Il suffit d’un accident dans sa vie ou de la mort d’un proche pour être précipité dans ce monde inconnu.

On débat ces jours en France justement des conditions de la fin de vie. A ce propos j’ai lu dans La Croix avec grand intérêt une interview par Isabelle de Gaulmyn de Claire Fourcade, médecin, nouvelle présidente de la société françaised’accompagnement et de soins palliatifs.  A lire.

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