Grève pour l’avenir, grève des égoïstes? (samedi, 22 mai 2021)

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Les médias ne sont pas objectifs, dit le reporter de Mieux!* qui affiche la couleur - dans un « break transparence » - avant de faire la tournée à vélo des grévistes genevoisExs du 21 mai. La grève pour l’avenir au succès mitigé fut ponctuée à la nuit tombée d’une une extinction des feux publics, médiatique et politiquement correcte dans le Grand Genève, que le ciel sans doute un peu rancunier a malheureusement noyé sous des trombes d’eau. Mais «Post ténèbres lux», comme on dit à Genève.

J’ai donc lu le Manifeste de la grève pour l’avenir

Chaque génération a ses utopies et ses rêves de lendemains qui chantent. Quand j’avais 20 ans, en 1974, on sortait de Mai 68, le Club de Rome avait publié son Halte à la croissance. L’étude annonçait la fin du pétrole pour l’an 2000. En 1973 et 1977, le cartel des producteurs de pétrole provoquait un séisme économique dans le monde occidental. La guerre du Vietnam touchait à sa fin, jetant des milliers de migrants sur des embarcations de fortune - Bernard Kouchner y trouva sa vocation et créa Médecins sans frontières, (un label qui fit des petits dans beaucoup de métiers, je suis membre d’une minuscule association « Agronomes sans frontières »).  

En 1946, quand mon père eut 20 ans, le monde sortait d’un demi-siècle terrifiant: deux guerres mondiales, une pandémie (la grippe espagnole), une dépression économique énorme au début des année 30 et des guerres de décolonisation qui allaient ensanglanter les nations européennes jusque dans les années 60 ans et alimenter le terreau de la haine de l’homme blanc qui envahit le monde aujourd’hui. 

C’est la principale critique que l’on peut faire au Manifeste de la grève pour l’avenir. Pas une ligne qui ne soit pas une revendication de plus et de mieux pour touTEsx, mais pour les privilégiés d’ici aussi qui envisagent guère que la sobriété passe par un écrémage des acquis. Pas une ligne pour évoquer la solidarité avec les pauvres. Le mot, comme la problématique de la pauvre qui ne se résume pas à l’absence de revenu, ne figure d’ailleurs pas une seule fois dans ce texte. Les pauvres ne semblent pas exister. Ils sont dans la dora en vogue tout simplement des dominés comme les femmes et les minorités de genre. Il suffirait de supprimer la domination pour rire tous ensemble et danser sous les ormeaux dans un monde sans frontière. 

« Nous ne sommes pas touxtes égauxLESxs face aux risques actuels et à venir. C’est pourquoi nous avons besoin d’un système de santé fort, résilient et solidaire,  écologiquement durable, socialement juste et accessible, affranchi des logiques de profit.»

Voilà le refrain du manifeste. Comment réaliser ce système (un mot qui sent bon l’expertocratie), fort, résilient et solidaire? Aucune réponse sinon l’étatisation: « Nous voulons que toute la chaîne de la santé, de la recherche aux soins en passant par l’industrie pharmaceutique, relève du service public.»

Le chapitre sur la culture est du même tonneau:

« les acteursICExs culturelLExs consacrent la majeure partie de leur temps à des procédures administratives aliénantes et peu créatives au lieu de le consacrer à la création et à la production artistiques proprement dites. » On croit entendre les paysans, petits patrons, infirmiers se plaindre de la paperasse administrative. 

Ceci encore:

« nous voulons sortir la création artistique de sa logique pro- ductiviste pour remettre l’acte de créer au centre. C’est-à-dire ne plus financer uniquement le résultat mais permettre à celleux qui se font témoins de leur époque et de la société dans leur travail de création, de vivre décemment également durant leurs phases de recherches et de digressions afin d’aboutir à des œuvres consistantes et durables. »

Enfin sans vouloir allonger, cette extension du sans frontiérisme,

« Nous voulons des droits démocratiques identiques pour touxtes les résidentExs indépendamment de leur statut administratif. Nous exigeons la libre circulation de touxtes et des politiques migratoires dignes et respectueuse des droits de chacunEx. »

le démantèlement des industries polluantes 

Pour un tournant écologique et social, les industries polluantes doivent être démantelées. Les travailleurEUSExs concernéExs au sein d’indus- tries polluantes doivent bénéficier de garanties de revenus ou d’emploi et de possibilités de reconversion.

Tout ceci et bien plus (le bio dans l’agro et l’assiette, des transports publics, gratuits, rapides, plus de profs bios aussi, etc.)…

«Parce que la surexploitation de la nature, des femmes, des personnes transgenres et/ou non binaires, des êtres et du Vivant ont une même origine: les systèmes de domination patriarcale, capitaliste, néo-libérale et colonialiste.»

Amen.

* Disclosure comme on dit: le Youtuber de Mieux! est mon neveu et a su - bravo à lui - largement séduire les médias (ici, et )

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