Saint Canisius, l’anti-Calvin (lundi, 26 avril 2021)

FB2A7693-0A81-415E-9364-361A34FF0923.jpegLes reliques de saint Canisius, né en 1521, ont été ce 26 avril transférées de l’église désaffectée du collège Saint-Michel, fondée par ledit Canisius en 1582 à Fribourg, à la cathédrale saint Nicolas. La nouvelle, approfondie sur le site Cath.ch, a fait la continuité de Couleurs locales, entre deux mini-reportages également anachroniques: le chemin du curé entre Cartigny et Laconnex, «où il se passait des choses», et le monastère de Romainmôtier, catholique pendant mille ans et désaffecté par les Bernois. 

Bref la religion chrétienne, qui bâtit ces cathédrales et ces abbatiales, dont les flèches marquent toujours nos cités et nos bourgs et redeviennent à l’occasion d’un incendie, l’expression soudaine d’une étrange nostalgie identitaire.

Cependant, Couleurs locales, c’est l’art de l’anecdote, du petit bout de la lorgnette, des raccourcis caricaturaux ou frustrants. Le jésuite Jean-Blaise Fellay se prête au jeu. On le présente comme historien spécialiste de Canisius. L’intellectuel, qui voit l’église s’effondrer, ne dit pas un mot sur le fait que Canisius s’inscrit dans la Contre-Rėforme. Canisius, c’est un anti-Luther, un anti-Zwingli, un anti-Calvin. 

Infatigable jusqu’à un point qu’on n’imagine pas, le Hollandais Canisius, originaire de Nimègue, a parcouru l’Allemagne, la Suisse et l’Italie en long et en large, près de 100’000 km à pied et à cheval. Il est le fondateur de nombreux collèges et couvents, écrivain prolifique, critiques sévères des dérives du clergé catholique, défenseur redouté mais bienveillant de la foi catholique contre les thèses réformées en vogue, que des princes et des cités ont exploité pour conforter leur indépendance politique et économique, face au saint empire et à Rome. 

7B7058B6-7D26-4D49-9147-09ACE688D623.jpegUn autre jésuite, Pierre Emonet, éditeur de la revue Choisir à Carouge, vient de publier chez Lessius une nouvelle biographie du saint germanique. Plus descriptif que critique, l’ouvrage expose le combat de Canisius pour tenter de reconquérir les réformés à la foi romaine. Comme, deux décennies plus tard en Savoie, François de Sale, évêque de Genève, exilé à Annecy. 

On reste sidéré devant l’énergie que Canisius a déployée malgré une santé fragile et les rudes conditions de vie de l’époque. Pierre Emonet donne la clé de cette ardeur que Canisius avait gravée du mot «Persevera» et que son supérieur Diego Lainez résume par ces mots: «Plus les événements paraîtront difficiles et même désespérés au jugement de ce monde, plus il nous appartiendra d’y faire face parce que nous sommes de la Compagnie de Jésus et que nous devons tout faire pour l’Eglise en difficulté.»

L’histoire a retenu les nom des diviseurs, Calvin, Luther, elle ignore ceux qui comme Canisius ont passé leur vie à réparer les erreurs, à corriger les comportements, à recoller les morceaux, bref à réformer en profondeur sans rupture.

Et on se pose cette question: Jésus a-t-il été un réformateur du judaïsme, un diviseur, plus Calvin que Canisius? Ni l’un ni l’autre, Dieu s’est fait homme pour renouveler et poursuivre l’Alliance nouée avec Abraham autour de ce commandement nouveau: Aime ton prochain comme toi-même et comme je vous ai aimé. 

Béatifié en 1864 par Pie IX, célébré comme le deuxième apôtre de l’Allemagne après saint Boniface par Léon XII, il est canonisé le 31 mai 1925 par Pie XI qui le déclare docteur de l’Eglise. 

 

 

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