La burqa et notre aveuglement (lundi, 22 février 2021)

burqa suisse.jpgOn a la liberté en Suisse d'être sous l'emprise de drogues douces et la tolérance prévaut pour les consommateurs de drogues dures - la séquence de Mise au point hier soir sur les ravages des méthamphétamines était glaçante -, mais on n'aura, demain, plus le droit de se voiler le visage, sauf pour des raisons sanitaires ou sécuritaires (casque de ski ou de moto, masque de plongée ou de réalité augmentée ou virtuelle...).

Les jeunes filles ont le droit de se balader leur joli bourillon à l'air, sans doute pour se le regarder ou pour qu'on les regarde, mais il sera interdit, demain, de se voiler le visage. Quand on a voulu cacher le bourillon des ados par un t-shirt "dit de la honte", peu importe qu'il fasse la promotion d'une marque commerciale, on a crié au scandale et désigné les autorités scolaire audacieuses à la vindicte de la bonne pensée. 

Ainsi va la Suisse qui, après avoir banni les minarets, va bannir la burqa, qu'impose à certaines une vision dévoyée de l'islam, en acceptant le 7 mars prochain une initiative de la droite nationaliste, soutenue par quelques gauchistes et féministes respectables mais néanmoins égarés.

 

Le fait qu'une majorité de mes concitoyens jugent opportun d'inscrire dans la constitution fédérale l'interdiction de se cacher le visage en public m'interpelle. 

 En démocratie, le peuple n'a-t-il pas raison, comme le répétait à l'envi Christoph Blocher qui a su mobiliser autour de sa cause 30% des Suisses - à l'évidence que des "braves" gens - et d'autres à sa suite qui rêvent d'une démocratie électronique intégrale et de la disparition des parlements?

La burqa est à l'évidence un signe de soumission. Soumission. c'est le sens du mot islam.

A défaut d'interdire la croyance en Dieu ce que d'aucuns font sous couvert d'une laïcité militante, nihiliste et que d'autres avant eux  ont fait à grands renforts de tueries et de déportations - qu'on pense à la révolution française ou aux régimes communistes y compris à ceux qui ont réussi le miracle de prendre le pire du communisme et le pire du capitalisme pour asseoir leur domination... A défaut donc d'interdire la croyance, on n'expurgera pas de la société la soumission. La question est pour les croyants d'appliquer la tolérance - qu'ils ont mis longtemps à faire leur et que certains rejettent encore. Pour être un fidèle et pieux témoin de sa foi, point n'est nécessaire d'arborer les signes de sa croyance de manière ostentatoire. Dieu aime l'humilité, le silence, le moindre mouvement: une forme de yoga dirait Emmanuel Carrere.

Cependant l'emprise et la soumission ne sont plus bien vues aujourd'hui dans notre monde occidental, où fleurit un nouvel acte de l'émancipation humaine (dans l’histoire, nous sommes passés d'esclave, à sujet, puis à citoyen, puis à individu, à donnée... demain nous aurons des avatars et des clones, des programmes comme le raconte le dernier prix Goncourt):

Le féminisme, les questions de genre, le décolonialisme , ces pensées en vogue émancipent certes non sans risque de simplification quand elles font tous de l'homme  blanc, mâle, binaire le vecteur à honnir de tous les maux de la terre et des peuples qu'elle porte. Climatique y compris. 

Je vote non à l'initiative de l'UDC,

Il se trouve qu'en rédigeant ses lignes, je lis l'excellent dossier que La Croix a consacré dans son magazine de fin de semaine à Simone Weil, une philosophe radicale, dont aucun de mes professeurs ne m'a parlé durant mes études. Et parmi les nombreuses citations remarquables concernant le travail, la liberté, la justice, la nature, je retiens cette phrase: "Si on habitue les enfants à ne pas penser à Dieu, ils deviendront fascistes ou communistes par besoin de se donner à quelque chose."

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