Twitter censure Trump. A tort (dimanche, 10 janvier 2021)

BA6B1891-2C35-40AF-B9BF-DF910080D92A.jpegOn dira que la pression était forte, mais la décision de Twitter (88 millions d’abonnés au fil Trump) et de Facebook (35 millions d’amis) de couper le fil privé du président Des Etats-Unis est problématique. Déjà des experts qui croient que le monde sera meilleur parce que les hébergeurs seraient des éditeurs claironnent leur victoire, ajoutant que les réseaux sociaux ont trop tardé à policer les autoroutes de la communication. Que dirait-on si un opérateur téléphonique coupait semblablement le fil ou si un concessionnaire d’autoroute interdisait l’asphalte aux chauffards?

L’interdiction et le bannissement sont évidemment possibles, parfois souhaitables voire nécessaires. A condition qu’ils soient prononcés par des autorités publiques. Tel n’est pas le cas. Couper le sifflet à Trump, c’est contraire à l’ordre libéral et démocratique. La Chine et la Russie ne s’y sont pas trompées, qui s’esbaudissent et se rengorgent. 

95554148-0EA7-4F51-B078-1A8C8E13D12A.jpegQue Twitter et Facebook censurent le premier des Américains* est sans doute plus grave que la prise d’assaut du Capitole par quelques écervelés. Les manifestants devaient être contenus par la garde du Palais fédéral, forte tout de même de 2500 agents et qui pouvaient s’attendre à pareil mouvement. Ils l’ont été. Parler d’un coup d’Etat ou d’une sécession en l’état est un abus de langage. Comme souvent, le zoom des médias biaise la lecture de l’événement. La démocratie américaine est résilience et bien moins fragile qu’on ne le dit. Rien à voir avec l’Allemagne de Weimar

Les propos du président auraient pu ou dû il y a belle lurette être dénoncés devant les tribunaux. S’il ne l’ont pas été, c’est notamment parce que la liberté d’expression est aux Etats-Unis un principe sacré. Et c’est tant mieux. Twitter ne sera peut-être pas poursuivi pour l’avoir violée. Mais Trump est libre et a les moyens de créer son réseau social. Qu’aura gagné la société?

D’autant que les plus déterminés des partisans du président non réélus ne sont pas les créatures du maître déchu de la Maison Blanche. Ils sont l’expression de la désespérance et de la peur. Ils sont à l’Amérique ce que les gilets jaunes sont à la France, les partisans de Pépé Grillo à l’Italie, des petits blancs broyés par un libéralisme financier exacerbé, une mondialisation rapide, l’éveil de puissants concurrents aux dents longues, trois menaces face auxquelles le parti démocrate n’offre pas plus le remparts que les Républicains. Des petits blancs qui savent que la roue démographique qui s’est emballée depuis un siècle risque bientôt de les écraser. Des petits blancs moqués par les ténors de la culture dominante qui, à juste titre, annonce les temps nouveau d’un melting-pot pot coloré qu’on espère ni un patchwork de ghettos en guerre ou des communautarismes concurrents. 

 

* Twitter a censuré plusieurs milliers de comptes associés au mouvement conspirationniste  Qannon  

 

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