PA, pas! (mardi, 15 décembre 2020)

petit-sale-lentille_istock.jpgDis moi ce que tu as dans ton assiette et je te dirais qui tu es. La politique agricole (PA) suisse est depuis des décennies décidées un peu au parlement fédéral et beaucoup au sein de l'Office fédéral de l'agriculture et de ses antennes, dont l'Union suisse des paysans et le chapelet des coopératives et autres entreprises, PME, associations et commissions qui la mettent en pratique. On cite encore le plan Wahlen qui nourrit  les Suisse durant la Deuxième guerre mondiale. Jusqu'à la chute du Mur de Berlin, on demanda aux paysans de produire, Berne s'occupant du reste (de liquider notamment les excédents).

La Suisse vit-elle un nouveau tournant dans sa politique agricole? PA22+ est morte hier au champ d'honneur du Conseil des Etats, où les arguments de l'Union suisse des paysans ont fait mouche: stop aux PA (politique agricole), place aux PA (politique alimentaire). Au grand dam de l'Alliance agraire.

Sa majorité bourgeoise a renvoyé PA22+, le plan quadriennal qui gouverne l'agriculture suisse depuis vingt ans et accessoirement - mais est-ce bien accessoire? - ce que les Suisses ont dans leurs assiettes au Conseil fédéral. Contre l'avis des bios et des Verts qui au fond s’accommodaient assez bien des orientations toujours plus écologiques, quoique trop timorées à leurs yeux, de ces politiques initialement lancées après la chute de l'empire soviétique pour enfiler l'agriculture suisse dans la chaussure européenne. 

Il y a un an, René Longet, expert en environnement comme le dit Le Temps, réclamait aussi un remise à plat de PA22+ dans un tribune intitulée "Il est temps de repenser notre politique agricole à la base".

Pas facile de passer d'une politique productiviste à une politique où le paysage, les libellules et les loups importent autant sinon plus que la farine de votre croissant. Au fait savez-vous combien il y a de farine dans un croissant?


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Mais qui s'occupe sérieusement de la politique agricole en Suisse? Les paysans, les Verts, les  mangeurs de carottes, les buveurs de lait, les clients de MacDo ou de Nestlé, l'UPS, Alliance agricole, Avenir Suisse, Stop-Agribusiness, combien d'élus? Tout le monde quand le prix du pain augmente. Mais le sujet est sacrément complexe voire rebutant, technique et à tiroirs.

Prenez le lait, c'est autant les alpages qui font la beauté de nos Alpes que le soya que cultivent les Brésiliens ou encore les techniques d'insémination artificielle et de sélection génique. Sans parler du fromage, du beurre, de la crème et de la kyrielle des produits issus du pi des 554'588 vaches recensées en février 2019 (voir le rapport agricole 2019), du recyclage énergétique (biogaz) ou chimique (engrais) et des pollutions. Un demi-million de vaches auxquels il faut ajouter le double de vaches allaitantes, boeufs, veaux, ça fait des milliers de tonnes de lisiers, purin et fumier. Sans parler des éleveurs que tous ce million et demi de bovins occupent sept jour sur sept. Un monde en soi le monde du lait. 

Que faut-il faire? Et comment le faire? Sans assommer les producteurs dont le nombre diminue chaque année sous la paperasse et la tutelle des fonctionnaires?

Pour ceux de mes lecteurs que cela intéresse, je suggère la lecture de Vision Landwirtschaft, un laboIdéés (think tank en bon franglais), membre de l'Alliance agraire, dont le dernier rapport Coûts et financement de l'agriculture suisse mérite une lecture attentive. Les réformateurs estiment le coût de l'agriculture à 15 milliards par an, en bonne partie mal investis.

A suivre.

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