La renaissance du Journal de Genève? (mardi, 03 novembre 2020)

aventinus rachète le temps et Heidi.jpgLes banquiers privés renflouaient déjà le vénérable Journal de Genève jusqu'au jour où leur soutien disparut. Avec lui le plus vieux journal de Genève, dont on peut consulter les archives en ligne. Juste avant la fin du XXe siècle, on maria sa rédaction avec celle du Nouveau Quotidien, créé lui par Edipresse et Ringier, et c'est ainsi qu'advint Le Temps.

Aujourd'hui Ringier vend Le Temps à la fondation Aventinus, présidée par François Longchamp, l'ancien et premier président durable du Conseil d'Etat genevois (le dernier aussi puisque les Genevois ont corrigé le plagiat vaudois des Constituants genevois en rétablissant le tournus annuel de la présidence). Sur le plan opérationnel, c'est Eric Hoesli, le premier patron du Temps, qui est à la manoeuvre. 

Et Le Temps, augmenté du dernier né des médias d'ici, Heidi.news, migrera de Lausanne à Genève, deux quartiers jaloux l'un de l'autre de la métropole lémanique*. Pas en toute transparence, note l'ancien rédacteur en chef de feue La Suisse, Philippe Amez-Droz, ce midi sur la RTS (et dans la TdG): aucun chiffre, fait-il remarquer, ne figure dans les communiqués de presse. Que vaut Le Temps?

 

 

 

J'ai été un des derniers sinon le dernier journaliste embauché par Claude Monnier, au tout début des années huitantes, comme on dit dans la partie la plus peuplée de la métropole lémanique. Mon entrée au journal par la petite porte du secrétariat de rédaction dans cette entreprise où la rotative faisait encore vibrer les murs m'avait valu le qualificatif de traître par une députée bien connue du PDC. Comment pouvais-je pactiser avec la rue des Granges, la  banque et l'église protestante, dont le parti libéral était néanmoins déjà l'allier bourgeois dans l'Entente genevoise? J'étais alors président sortant des Jeunes démocrates-chrétiens suisses. On parlait du personnalisme communautaire, de la participation, de l'Europe, où les Américains installaient des fusées Pershing contre les SS20 soviétiques. Et je me souviens m'être fait remonter les bretelles par un Valaisan bon teint pour avoir eu l'audace d'inviter Gabrielle Nanchen dans un séminaire... 

Bref Je me glissait sans crier gare dans un métier que j'ai plus pratiqué dans l'édition plus que dans l'écriture. Quelques mois plus tard, Claude Monnier était remercié. Son projet, m'avait-il confié alors, était de réaliser un journal avec quelques éditeurs bien réseautés et des journalistes ubérisés (à la pige) mais néanmoins de qualité, sélectionnés au besoin et au gré des affaires du monde. C'est un peu ce qu'il réalisa  avec le Temps stratégique

D'où cette question: qu'est-ce qu'un journal? Une rédaction sans doute, comme un orchestre, une équipe de football sont un ensemble dont la performance est celle de ses individualités mais aussi celle de leur coordination de leur sens commun du jeu? Cependant l'orchestre joue une partition connue, étudiée, répétée sous une direction essentielle. Une équipe de foot joue sur un terrain délimité, selon des règles connues, répétées, des enchaînements exercés, sous la supervision d'arbitres. Dans les deux cas, il s'agit de réaliser le plus beau des spectacles.

Une rédaction ne devrait pas être spectaculaire. Ou ne l'être qu'à des fins pédagogiques. Quand le forme prend le pas sur le fond, quand l'image la plus forte est cadrée, quand le titre le plus fort barre la une, ne manipule-t-on pas le fond?

Dans un monde où la distraction, le divertissement, le bling bling, le paraître captent l'attention, comment retenir et conserver celle des lecteurs citoyens? On parle bien ici des lecteurs-citoyens, qui s'informent pour comprendre le monde dans lequel ils vivent et être en mesure de démonter les histoires trop belles pour être vraies.

Mais existe-t-il encore de tels consommateurs d'info prêts à en payer le prix? En Suisse, sans doute, mais ils sont confinés dans des confettis de pouvoir que sont les communes et les cantons. Comment les intéresser, quand leur pouvoir se heurte à mille frontières et s'arrête souvent au bout de leur nez?

On veut néanmoins croire qu'un journal quotidien est encore possible. Même si notre mode de consommation s'apparente désormais à un picoreur qui ne se contente plus d'une basse-cour, mais aime à lire ce qui s'écrit se dit se montre ailleurs.

Les médias qui tournent par la vente des seuls abonnements se comptent sur les doigts d'une main. Aventinus devra sans doute renflouer Le Temps, de temps en temps, comme les banquiers privés naguère remettaient à flot le Journal de Genève.

 

Ajout le 8 novembre 2020

* Tribune libre de Hodgers (au nom du Conseil d'Etat genevois) dans le Temps 12 octobre: La pierre plutôt que l'humain. Nouveau coup de semonce après son niet du 30 octobre 2019: Le Conseil d'Etat maudit le déménagement de la RTS.

Débat Hodgers Crittin  au Club suisse de la presse. Hodgers dénonce une installation luxueuse en périphérie (Ecublens) de la rédaction actualité regroupée de la RTS. Or ce n'est pas un institut de recherche mais une rédaction laquelle doit rester en prise avec le monde. Hodgers dénonce le fait que la RTS n'a organisé aucun débat sur ce déménagement à 170 millions. Crittin rappelle que la RTS maintient mille emplois à Genève (magazines, sports, archives, pôle digital, Tataki, Nouvo).

Hodgers demande pourquoi on paie la redevance sinon pour le travail journalistique. Quel est donc le projet journalistique à Ecublens?

Crittin: pour être entendu, il faut être écouté. Au début de cette affaire est la nécessité de reconstruire La Sallaz. Ce sont des décisions qui se prennent tous les 50 ans. Or un quart de la population n'écoute plus ni la radio ni la TV. Notre mission est donc de nous transformer pour, sans perdre le public fidèle, capter aussi ce public sur son terrain, sur le numérique, c'est important pour la démocratie. Ecublens est une opportunité d'être plus agiles, plus économiques, au coeur de la Suisse romande.

Hodgers estime que c'est une vision dépassée, la fusion c'est en fait une seule rédaction. On va vers un journalisme de commande, ce qui est une atteinte à la liberté journalistique. C'est le commandant qui fait tourner ses troupes et non les troupes qui font remonter les news. A propos de la centralité, le Valais est aussi proche de Genève que d'Ecublens, assène l'ex-président durable du Conseil d'Etat genevois qui ne réfléchit qu'en termes de transports publics. Et quid des repas de midi? A la cantine tous entre soi? Hodgers constate qu'on a décidé des murs avant de définir le contenu et donc qu'on va ficeler au mieux un contenu pour coller au donné qu'est le béton.

Crittin réfute l'image de journaliste hors sol. La RTS est présente dans tous les cantons, dans le monde. La newsroom où tout se fait est une caricature. Il faut bien piloter le navire. Crittin ne croit pas à une newsroom décentralisée où chacun serait chez soi connecté. Quant à Ecublens, sa centralité romande est bien plus grande que Genève. Nous avons reçu beaucoup de messages en ce sens de politiciens qui savent qu'ils vont gagner une demi-heure à 22h ou 23h pour rentrer chez eux. 

Hodgers ne croit pas ou tout numérique. Les gens continueront de regarder la télé en direct sans les gadgets numériques - il a bie fallu que les TPG qui ne juraient que par les cartes à puce installent des machines qui rendent la monnaie. Crittin conteste. Il ne s'agit pas de supprimer le direct mais d'offrir aussi la consommation en différé, laquelle augmente sensiblement (j'en suis la preuve en écoutant le débat du CSP 15 jours après sa diffusion)

Crittin parle de transmedia c'est un mot noble qui dit que les gens utilisent différents moyens, il faut donc distinguer les contenus et les moyens de diffusion. La newsletter culture fait huit fois plus d'audience que l'émission de RTS2 en fusionnant des contenus divers. On va maintenir la radio et la télévision, c'est notre mission. Et l'on développe d'autres canaux de diffusion. On traite les sujets différemment pour les jeunes c'est une autre écriture d'autres contenus. Allez voir Short, Instagram (60k abonnés), Tataki

Ruetshi se demande comment maintenir la qualité du contenu journalistique alors que le budget de la SSR a diminué et que la pub s’effondre.  Crittin estime que le bâtiment d'Ecublens va lui permette d'économiser 4 millions par an. Les outils numériques coûtent moins chers. Les nouveaux travailleurs sont plus polyvalents.

Hodgers revient au fait que Crittin ne dit rien en terme des reportages, des enquêtes, des débats politiques, de lutte contre les fake news, tout simplement de journalisme un mot absent des propos de Crittin. 

Hodgers dit qu'il n'a plus de télé depuis 5 ans et consulte les infos sur son smartphone. Crittin conteste. La part des fidèles aux rendez-vous prime time est encore très importante. Notre problème est de conserver cette audience fidèel pour le deuxième rideau à 21h car tous nos concurrents se sont organisés pour que ce rideau s'ouvre à cette heure là. 

En 2015 la RTS aura 25% de mètres carrés en moins. Des espaces de la Tour SSR devront être valorisés autrement. Le garage à Meyrin, le studio 4 seront abandonnés. Le grand studio et le garage seront à Lausanne intégré dans le nouveau bâtiment.

Ruetschi: que propose Genève pour regrouper la RTS à Genève, que fait Genève pour la RTS? Hodgers, ça a coupé.... je n'ai pas bien entendu... Hodgers ergote sur les mètres carrés sans répondre à la question. 

Deux questions externes, celles de Marc Bretton, sont introduits à propos de la Genève internationale. Crittin dit que le projet monte en puissance et qu'il ne faut pas oublier TV5 Monde et Swissinfo. Quant à la collaboration Vaud Genève, elle est mauvais dit Hodgers par aussi bonne qu'en 2009 où les deux gouvernements s'étaient mis ensemble pour s'opposer au regroupement de la radio à  Genève. 

Crittin mouche en conclusion Hodgers en rappelant que la RTS s'adresse à toute la Suisse romande et que d'autres cantons que celui de Genève ont aussi leur mot à dire. 

 

 

 

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