La fête des vignerons, politiquement incorrecte? (vendredi, 09 août 2019)

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Un magnifique spectacle, donné hier soir entre lac et montagnes, sur la grand-place de Vevey, sous un ciel serein et doux d'août! Les 5000 figurants glissent sans à-coups et sans arrêt sur cette scène écran, une palette magique digne d'un peintre géant, sans mentir l'actrice principale de ce show rare.

Bravo aux vidéastes et à l'ensemble des auteurs de ces très (trop?) nombreux tableaux oniriques. Point de fausses notes - hormis les déjections solides et gazeuses et naturelles des ruminants, vite enlevées pour les premières et, pour les secondes, à mettre au bilan carbone de la FeVi19. Trop peu sans doute pour que la fête soit un fidèle reflet de notre temps disrupté. C'était beau et sans histoire. Point.

Mais n'était-ce qu'un spectacle? Pourrait-on le reproduire ailleurs, à Zurich ou à Genève qui sont aussi des villes de la vigne et du vins (tout comme Turin ou Pékin sont des hôtes des JO d'hiver)?

 

Oui, la vigne n'est qu'un prétexte et n'est pas plus identitaire dans le Lavaux que sur les coteaux neuchâtelois ou genevois. Des guillons et des confréries de vignerons, il y en a partout. Mais il n'y a sans doute qu'à Vevey où l'on trouve une place assez morne en tant normal mais néanmoins centrale pour accueillir une gigantesque structure de fer et d'acier, sous laquelle on déambule avec plaisir.

Non, ce n'est pas partout - et surtout pas à Genève, où les habitants sont locataires et majoritairement étrangers, donc hors sol -, que l'on pourrait mobiliser des milliers de gens prêts à sacrifier des mois à chanter et danser, à servir sur le thème de la vigne et du vin,  jusque dans la nuit solitaire et froide des parkings perchés près de l'autoroute .

Et puis la fête chante les saisons, le soleil et la pluie, la terre et le lac, la vie et les dieux - Je retiens ces mots: "La vie est éphémère, Dieu est éternel" -, quand les urbains ont une peur bleue le réchauffement climatique, consomment les fraises à Noël et le rutabaga en été, font vivre des avortons, tirés du sein de leur mère (naturelle ou d'occasion) à moins de 7 mois, et font durer les vieillards hors d'âge. C'est que les dieux, au pluriel comme au singulier, ne sont plus de leur monde. Horrible châtiment.

L'autre pari politiquement incorrect en ce temps du tout tout de suite et en boucle, la fête des vignerons ne reviendra qu'en 2039 au plus tôt. Grand messe unique donc que j'avais jusqu'à hier soir boudée. La FeVi 2019 restera dans les annales comme celle qui aura su coudre ensemble la tradition, le travail des vignerons tâcherons, les rêves d'une petite fille et de son grand-père et la symphonie des leds, dont la lumière nous cache le ciel. Un moment quasi religieux.

 

Compléments vers 18h:

Les smartphones captent sans bruit les images et vont grossir les immenses mémoires perdus dans les nuages. Combien de photos de vidéos? Parmi les champions du clic, Luc Barthassat y était aussi. 

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