L'écospiritualité de Marie Cénec, une démocratie-chrétienne peinte en vert? (jeudi, 21 mars 2019)

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Au bout d'une demi-heure de glose sur notre finitude 1), je me dis: comment une femme, dont le genre peut seul - jusqu’à présent - donner la vie, comment un esprit aussi vif, peut-elle parler de la mort à un auditoire dont l'âge moyen a dépassé largement celui de l'AVS.

Cette mort est horrible témoigne l'oratrice qui s'y connaît. Pourtant,  elle est là, présente tous les jours. Pas un un ne passe sans que des millions de nos cellules meurent et se renouvellent. Jusqu'à l'instant final où, même si l'on croit en la vie éternelle, plus jamais ce ne sera comme avant.  

Cependant, "à ne plus accepter de mourir – ce qui se traduit par les excès du transhumanisme ou du « prolongisme » – l'humanité est prise dans une fuite en avant qui semble contribuer de manière de plus en plus active à l’extinction de son espèce… C’est une forme de logique suicidaire dans laquelle notre espèce s’est engagée." 

monod cenec.jpgQuelque 80 chrétiens des trois confessions écoutent sagement. Marie Cénec donnait hier soir à Lancy sa conférence de Carême à l'invitation du groupe œcuménique de Genève Sud. La pasteure retombe enfin sur ses pieds et cite ses sources (Corinthiens 15 36 notamment). Si le grain ne meurt, il ne porte pas de fruit... Le passage par la mort est au cœur du message chrétien. Paradoxalement, c'est sur ce chemin qu'on découvre la joie. Simplement. C'est à la portée de chacun. Il suffit de débrancher, dit Marie Cénec qui avoue être accro au téléphone portable, d'arrêter la course folle du quotidien, de faire des choix, bref de faire carême. Le propos s'éclaire soudain. Mais quel rapport avec l'écospiritualité?

L'écospiritualité (un mouvement qui remonte aux années 80), c'est comme l’œcuménisme, résume Marie Cénec, c'est s'inscrire dans un vivre ensemble. C'est donc mobiliser les ressources de la spiritualité - ce grain qui germe et mue et devient cent grains vigoureux, la saison venue - pour nourrir un engagement. Bref, un vivre ensemble animé par les fins fraternelles, solidaires, justes, équitables, sobres, pacifiques de la bonne nouvelle dont les chrétiens sont les porteurs. En quelque sorte, me dis-je in petto dans un raccourci un brin réducteur, une écologie chrétienne, ou, pour citer le seul mouvement politique qui l'affiche dans son nom, une démocratie chrétienne peinte en vert vif car l'urgence est là. Il faut sauver la maison commune.

Marie Cenec ne cite évidemment pas le courant politique, qui s'est embourgeoisé, pas davantage l'encyclique Lautato Si de François, un pape qui s'efforce de se libérer de la chrysalide desséchée qu'est la Curie et l’histoire longue et terrible du Vatican. Mais la pasteure s'inscrit manifestement dans cette veine... 

On a donc osé une question d'actualité politique: La terre est limité, dites-vous, ce fait, posé d'emblée au début de la soirée comme une évidence et que personne ne semble contester, reste tout de même à démontrer, mais posons-le comme pertinent, que pensez-vous dans ce cas du discours émergent 2) qui veut stopper la croissance de la population voire réduire le nombre des humains sur la terre?

Question délicate, commence Marie Cénec,... la difficulté est de tenir un discours de responsabilité sans tomber dans un propos alarmistes, terrorisant d'une fin du monde annoncée... L'écologie doit prendre garde à ne pas devenir une dictature... Je crois que je ne vais pas répondre à la question... Puis elle ose ce dernier propos: Ici, nous contrôlons les naissances et c'est bien, c'est un geste de solidarité, ça compense un peu la natalité ailleurs... Un ange passe, les politiques natalistes dans une main, le planning familial dans l'autre.

Une autre question, dit l'animatrice qui tire la pasteure de cette pente glissante.

Philippe Roch est présent dans la salle. C'est lui qui a converti Marie Cénec à l'écospiritualité. Il ne dit rien. Il mène un autre combat. On lui tient les pouces.

 

Source: Pain pour le prochain, section transition intérieure

 

1) "La mort est en nous, avec nous, mais nous développons toutes sortes de stratégies pour en fuir la conscience. Cette esquive coïncide avec le refus des limites de la planète. Il nourrit la démesure suicidaire et la destructivité à l’œuvre dans le monde..." Aunis commence la conférence de Marie Cénec qu'on peut relire sur le site trilogies.ch (entre le cosmique l'humain et le divin)

2) Émergent mais aussi récurrent. Le malthusianisme a toujours existé. La peur de manquer, la quête de l'espace vital, la peur de mourir sous l'avalanche humaine, polluante et agressive, a il y 12 ans déjà inspiré un fameux thriller à Jean-Christophe Rufin: Le Parfum d'Adam, un avant-goût des réducteurs de têtes actuels qui bouillent dans la marmite verte, dont je recommande la lecture à l'auditoire. 

 

 

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