Genève et ses "citoyens numériques" (mercredi, 14 novembre 2018)

citoyen numérique emery torracinta 2018.jpgGenève se prépare à former des "citoyens numériques" titre mon journal préféré ce matin, illustrant son propos d'une photo des années 70 où semble rayonner une ministre devant des pc d'un autre âge. C'est inquiétant. A l'heure où tous les métiers sont peu ou prou transformés, sublimés, bouleversés quand ils ne sont pas tout simplement rayés de la carte de l'emploi, la capitaine de l'Instruction publique genevoise tire des plans sur la comète. 

Evidemment on ne corrige pas des décennies d'errements et moins encore le cour d'un vaisseau dont tous les membres de l'équipage (sans compter les poissons pilotes assis au Grand Conseil ou dans nos facultés, veulent tenir à eux seuls le gouvernail de la pédagogie 3.0) d'un tonitruant "Barre à gauche" ou "Place aux puces" ou tant qu'à faire "Vive les GAFA". Au fait, de quel bord est la révolution numérique?

Pour me renseigner à la source - pour autant qu'elle distille des infos justes - et faute de trouver dans mon journal préféré un lien direct qui me guide vers le dossier du jour, je tape Genève dans Google et tombe en premier sur la Ville de Genève et en deuxième sur www.ge.ch. Et là, consternation! Le site de notre beau canton est toujours en chantier (ce qui n'est indiqué nulle part). Une chatte n'y retrouverait pas ses petits.

Sur fond bleu et quelques touches roses (notre rouge et jaune cantonal aurait-il adopté les couleurs de notre capitale Zurich? Mais que fait le MCG?), je ne trouve rien sur les "citoyens numériques", la nouvelle du jour qui motive un édito soulagé de mon journal. Pour la bonne bouche, je retiens la seule photo de la home ge.ch, elle montre notre bon gouvernement tout sourires, où le presque-bientôt-peut-être inculpé président se dresse toujours au centre du jeu iconographique et - peut-être bien - politique encore. 

Que faire? Je tape à tout hasard "citoyens numériques" dans le moteur de recherche interne du site. Bonheur je tombe sur Genève numérique parmi 460 autres résultats. M'y voilà me dis-je. Que nenni, Genève numérique est un autre projet (initié par Maudet en mai 2017) qui ne parle pas encore du plan 2050 de notre ministre de l'Instruction publique (et qui nulle part n'affiche un lien Qui sommes nous?). Le projet d'AET émarge en troisième position sous le titre très langue de bois et bien peu séduisant: "Le numérique à l'école: une vision, des travaux"qui contient lui un lien vers le dossier de presse, mais rien sur le projet lui-même ni sur les multiples essais et tentatives, plus ou moins connus car souvent dus à des profs un peu plus démerdes que les autres et qui rongent leur frein numérique depuis des lustres. 

A ce stade, on relèvera ceci:

L'école genevoise est à la traîne (hélas!). Les écoles privées du canton ont doté tous leurs élèves d'accès à la formation numérique et surtout formé (de gré ou de force) leur personnel à en faire un usage intelligent et productif. La notion de productivité pédagogique est-t-elle seulement présente dans le pdf vert du  DIP, 23 pages dépourvues de toutes illustrations et liens internet?

Pourquoi une démarche cantonale uniquement? Les autres cantons suisses sont-ils plus en retard encore que Genève se positionne comme pionnier et découvreur? Pourquoi pas un plan numérique suisse. AET sait-elle que son collègue Maudet est membre du Directoire de Digital Switzerland?   Qui contient un sous-ensemble dédié à l'éducation: https://www.educationdigital.ch/fr

La conclusion du doc vert est consternante. Un collier de lieux communs où dominent la peur. La peur du numérique, le numérique qu'il faut donc contenir. Exemple: Développer le numérique à l'école, c'est utiliser les outils numériques lorsqu’ils apportent une plus-value, notamment en termes de différenciation pédagogique. En bref:le mot d'ordre au DIP est: dressons des murs contre les robots américains et chinois!

Où est le plan, où sont les moyens, quel est l'agenda? On n'ose pas imaginer que le dernier élève des classes publiques genevoises recevra son outil numérique en 2050 cible affichée de nos pédagogues emmurés. Sont-ils à ce point aveugle qu'ils n'ont pas vu que chaque gamin manie son smartphone plus habilement que la plupart des profs et des parents?  Va-t-on brider leur curiosité et leur soif de découvertes plus longtemps encore. Ce serait un scandale. 

Les gosses doivent prendre le pouvoir. Surtout les plus grands. On doit leur faire confiance et convenir avec eux d'objectifs d'apprentissage individualisés et collectifs. Le maître n'est plus le détenteur du savoir, tout juste du savoir être. Il est un coach qui doit accompagner, encourager, assurer la cohésion du groupe et l'atteinte collective des objectifs, promouvoir l'entraide - des plus habiles en faveur des plus gauches. Animer des ateliers avec les parents pour élargir le collectif au-delà de la classe et s'assurer que tous les tuteurs travaillent de concert avec lui - qui est le porteur de la loi et donc de la volonté populaire -  au succès de la classe et de toutes ses individualités, tous genres et conditions confondus évidemment.  

 

NB: Mon analyse est-elle juste ou fausse, excessive? Merci de vos commentaires. Au fait, les enseignants peuvent-ils publier des lettres de lecteurs à ce sujet ou sont-ils confinés aux commentaires anonymes?

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