De quoi ont peur les Genevois? (dimanche, 23 septembre 2018)

votation 23 2018 paradis.jpgLes urbains, donc les Genevois, sont comme des poussins. Lorsque un danger les menacent, ils courent  à la première alerte se réfugier sous leur mère Etat-poule. Ce dimanche, deux initiatives (l'une - les aliments équitables - plutôt verte libérale, donc propice aux étrangers à condition qu'ils soient bien élevés comme des Suisses; l'autre - la souveraineté alimentaire, plan Wahlen version XXIe - opposée aux étrangers qui viennent concurrencer les Suisses) ont été plébiscitées à Genève et rejetées en Suisse. Je fais partie du camp des Suisses.

Ce grand écart entre les électeurs (les rats des villes et les rats des champs comme on disait jadis des deux variétés qui composaient l'alors dominant parti radical (devenu PLR)) s'explique entre autres par le rapport que les uns et les autres entretiennent avec la nature. 

Les rats de villes ont de mourir, d'être empoisonnés, sont nostalgique d'une nature heureuse, généreuse, équitable - bref forcément bonne comme aurait dit Rousseau. Ils sont peur aussi que la nature disparaisse et laisse place au béton et au macadam qui font leur environnement. 

C'est évidemment méconnaître la nature et son incroyable capacité à se régénérer. C'est aussi méconnaître le fait que la nature n'est ni heureuse ni généreuse ni forcément bonne, tout jugement de valeur bien humain. C'est ignoré aussi que la nourriture est l'oeuvre du travail des hommes depuis que trop nombreux sur terre ou guidés par quelques génies du lucre et du pouvoir, ils se sont enracinés...  (on lira avec profit à ce sujet Homo Sapiens de Harari)

Les rats de champs savent que la terre est dure, que la paysannerie n'est pas toujours une partie de plaisir, que les vermines n'ont de cesse de détruire le travail des hommes, que les famines et les disettes touchent autant - aujourd'hui plus - les campagnes que les villes. 

Entre les rats des villes, qui veulent croire que la permaculture et les tomates sur son balcon, les composteurs d'appartement ou collectifs, voire,  pour les plus techno, les fermes verticales dopées aux leds rouges ou bleues et toute sorte d'autres inventions leur assureront une nourriture saine et bon marché, et les rats des champs qui triment comme des bêtes, vendent leur lait moins cher que le coca - savez-vous que dans un croissant, il y a pour 2 centimes de blé? - entre les villes et les campagnes, il y a un fossé qui grandit.

martine à la ferme.JPGA qui la faute?

A la publicité qui travestit la campagne sous sa version "Martine à la ferme" ou sous la forme d'un paradis terrestre.

Aux citadins qui ont peur de mourir et consacrent 12% du PIB à se soigner et moins de 7% à se nourrir.

Aux citadins qui achètent avec les yeux et rejettent les légumes difformes, tachés, pas assez frais, trop gros ou trop petits.

Aux citadins qui n'ont plus de temps de cuisiner, achètent des plats précuisinés, se nourrisent de sandwiches de hamburgers, au restaurant d'entreprise.

Aux citadins qui ont perdu le sens des saisons et du bon goût, qui se bourrent de chips et de tous ces en-cas bourrés de sucre, de sel, de graisse.

Aux citadins qui croient que la chimie est dangereuse (alors qu'elle a contribué à faire oublier les famines), mais qui, au moindre bobo ou inconfort ou à la moindre baisse de régime, avalent sans broncher des médicaments dont les plus récents peuvent être issus d'organismes génétiquement modifiés. 

Aux citadins qui ne sait plus gérer les risques et qui a perdu ce savoir ancestral. C'est en effet la dose qui fait le poison et qu'entre deux risques il faut parfois savoir choisir le moindre.

Je vous laisse poursuivre cette liste. 

 

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