La Tribune de Genève sera produite à Lausanne (mercredi, 23 août 2017)

tamedia t.pngLa presse traditionnelle suisse se souviendra de l'été 2017. Genève a perdu ses rotatives après la déconfiture de La Suisse. La Tribune de Genève va perdre dès 1er janvier 2018 ses rédactions suisse, monde, économie et sport, annonce le groupe Tamedia

La Tribune de Genève qui avait été rachetée par le groupe lausannois Edipresse au début des années 1990, lequel a été racheté par le groupe zurichois Tamedia en 2011, va au 1er janvier prochain être produite à Lausanne sous la direction d'Ariane Dayer.

La même centralisation aura lieu en Suisse alémanique avec le maintien toutefois de deux sites, Zurich et Berne. Il n'est pas clairement fait mention d'un échange par dessus de la Sarine via un service de traduction. Ne resteront à Genève que les rubriques locales. 

Qu'est-ce que ça va changer? Pas grand-chose au début.

Puis le changement se fera sentir insidieusement, dans le choix des nouvelles, leur tonalité, un peu comme Lausanne se distingue de Genève. L'architecture dominante de l'une est bernoise quand l'autre a pris des allures parisiennes. Lausanne regarde la France de loin, par-delà le lac, Genève est une presqu’île, un pays binational. Lausanne est romande, Genève est un carrefour des mondes.

Vu de New-York, de Pékin, de Berlin ou de Paris, les septante kilomètres qui séparent la République du bout du lac du chef-lieu du Pays de Vaud ne sont rien. Au fond, GVA (que j'aime appelé Genève Voltaire Aéroport) a vu le grounding de Swissair et l'envol d'EasyJet. Et s'en porte presque trop bien. Et si les CFF terminent leur course nationale dans le cul de sac de Cointrin, c'est autant leur faute que celle des Genevois. 

Les raisons de ce tremblement de terre local sont connues. Les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon et leurs avatars) sont les imprimeurs du XXIe siècle. En dix ans, ils ont capté ce qui faisait la fortune des éditeur de journaux, la publicité, qu'ils savent ajuster aux moindres désirs des annonceurs et surtout des clients. Fini le menu unique proposé une fois par jour par la cantine médiatique de grand-papa, désormais, chacun se sert à la carte dans l'énorme offre multimédia encore gratuite que débitent les smartphones au moindre clic.

La nouvelle ne surprend pas. Tous les journaux sont frappés par le révolution technologique et beaucoup ont déjà disparu.

S'ajoutent à Genève, des facteurs spécifiques qui rendent la production d'un journal, le même pour tous, difficile. Plus de 40% de la population est étrangère et ne participe pas au processus démocratique. Plus de cent mille travailleurs habitent hors des frontières cantonales, en France voisine et dans le Pays de Vaud, que la Tribune couvre très épisodiquement. Ajoutons à cela que la majorité des Genevois sont de fait des Confédérés et des naturalisés qui ont souvent conservé des racines ailleurs et parfois les ont retrouvées et les cultivent grâce à l'Internet. 

Face à cette évolution, les pouvoirs politiques et leur servants sont absents, enfermés dans leur boîte institutionnelle, communale, cantonale, régionale, nationale. Presqu'autistes. La fusion des communes est un mirage ou un tabou, le Canton englué dans une administration sans gouvernance, le Grand Genève en panne, l'Europe..., presqu'un gros mot, le monde, une menace.

 

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