RIE III? Parce que! (mercredi, 25 janvier 2017)

IMG_3405.JPGPourquoi la terre est ronde? Parce que! Parce qu'elle tourne!

Mais pourquoi elle tourne? Parce que... parce que l'univers est dynamique!

Et pourquoi l'univers est dynamique? Parce que... Parce que... Et puis tu m'énerves. Parce que c'est comme ça!

On a un peu assisté à ce genre de dispute ce soir à Uni Dufour.

 

À ma gauche, la gauche bi-colore (rose et rouge), représentée par le député de Sainte Marie, sa version sociale démocrate, et le député Batou, vieux militant trotskiste, une des nombreuses composantes d'Ensemble (?) à (l'extrême gauche). La gauche qui dit non à RIE III, car la dynamique de l'écosystème libéral lui fait peur. Elle préfère l'Etat, l'Etat qui crée des emplois, l'Etat qui redistribue la richesse, l'Etat qui conserve les moyens de ses politiques, notamment sociale, et ne les met pas en jeu via une réforme dont on ne sait combien elle va nous coûter: 5 milliards de pertes fiscales, estime Batou. (sur la photo ci-dessus, Batou et de Sainte Marie)

A ma droite, la droite monocolore (bleue PLR, pas d'orange PDC ni de vert foncé UDC ni de jaune MCG), représentée par le ministre de l'Economie (et de la sécurité), Maudet, et l'ex-député mais actuel président des SIG, Balestra. La droite qui dit oui a RIE III, la droite qui parie sur la dynamique du marché, le principe schmpeterien de la destruction constructive, la droite qui croit qu'en unifiant la fiscalité des entreprises, on créera de la richesse, des emplois et donc, à terme, plus de moyens pour l'Etat. La droite qui craint qu'un non le 12 février coûtera des milliards à la Suisse, 34 selon des experts bâlois, et 200'000 emplois.

Peur contre peur, la gauche l'a plutôt emporté ce soir devant une assemblée invitée par le PLR mais assez composite, qui a applaudit aussi bien la gauche que la droite.

La gauche, elle ne dit pas seulement que la RIE III va trop loin, coûtera trop chère à la Suisse et à Genève, elle a manifesté sa crainte de la dynamique du marché, la peur du lendemain (dont elle ne croit plus qu'ils vont chanter), elle est le reflet d'une société apeurée et paradoxale, une société qui vieillit, une société qui consomme à tout va, une société qui sait que la révolution 4.0 va bouleverser tous les métiers, une société qui sait qu'elle ne pourra pas financer l'Etat providence qu'elle a contribué à bâtir depuis 60 ans. Donc elle freine des quatre fers. 

La droite a bien parlé, mais elle n'a pas su répondre aux craintes. Elle n'a pas réussi à sortir du discours manichéen: la RIE III ou la catastrophe.

Pourquoi?

Parce que la droite n'a pas de projet pour Genève autre que la croissance et l'emploi. Ce  n'est pas rien, mais c'est un peu court. Maudet a bien cité la moitié du slogan de son parti (radical) "Liberté humaine, Justice sociale", mais ça manquait de conviction. 

Parce que Genève est fragile. Plus fragile que Zurich.

Parce que Genève doit sa prospérité aujourd'hui au négoce, une activité que l'ont peut facilement délocaliser et qui profitera peu des outils offerts par la loi fédérale pour abaisser son bénéfice imposable.

Parce que l'Etat de Genève et ses communes dépensent déjà beaucoup par habitant, beaucoup plus que Zurich.

Parce que Genève (canton et communes) est de loin le plus endetté par habitant de tous les cantons suisses.

Parce que Genève n'a qu'une maigre marge de manœuvre pour moduler le taux d'imposition, contrairement à Zurich qui a fixé le taux normal à 18% mais exploitera au maximum les dispositifs prévus par RIE III ce qui permettra aux entreprises d'abaisser leur taux d'impôt à 10%, dixit Batou, trois points au dessous de Genève.

Ce que combat la gauche en fait, c'est la possibilité, le maintien, voire l'accroissement de la concurrence fiscale intercantonale. La droite s'en accommode, voire s'en réjouit.

Cependant, comme l'a d'emblée rappelé Jean Batou, la charge fiscale n'est pas le premier mais le deuxième critère d'implantation d'une entreprise.

Genève est une métropole internationale. Le sait-elle? Elle en a la culture. Sans doute se disperse-t-elle trop. Si Genève exploitait ses relations et institutions internationales à la moitié de ce que fait Lausanne avec le CIO, nulle doute que la querelle fiscale serait secondaire.

 

PS: Durant le débat, Balestra a évoqué un graphique montrant la hausse quasi continue des recettes fiscales des entreprises malgré RIE II qui, selon les calculs de l'USS  "se situent en huit ans entre 9,5 et 13 milliards de francs, auxquels s’ajoute un manque à gagner pour l’AVS de 2 milliards". En 2014, la confédération a engrangé 61 milliards de recettes fiscales, les cantons 42 et les communes 26, soit environ 130 millions et donc 1040 millions en huit ans. Le manque à gagner dû à RIE II correspond donc à environ 1% des recettes fiscales suisses.

recette fiscale suisse pm pib.jpg

 

 

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