Facebook est le Gutenberg du XXIe siècle (mardi, 27 septembre 2016)

gutenberg zuckerberg.jpgGutenberg a tué les copistes du Moyen Âge et favorisé la réforme protestante en réduisant le coût de production de la bible, en favorisant la diffusion des thèses de Luther, dont on commémorera en 2017 le 500e anniversaire.  En 1814, l'installation au Times de Londres d'une rotative à vapeur inaugura deux siècles de journaux imprimés à toujours plus grande vitesse, très bon marché, soutenant la diffusion de l'information (pas toujours citoyenne) des idées et des opinions (pas toujours républicaines), l'émergence de la démocratie, l'émancipation citoyenne.

Nous vivons une troisième révolution technologique.

L'Internet et ses millions de sites, Facebook et ses avatars ont "volé" aux éditeurs des journaux deux de leurs atouts: la lucrative réclame (emploi, immobilier, voitures et petites annonces) et la diffusion - désormais gratuit et instantanée - des idées et des opinions. La transformation s'est passée sous nos yeux.

Certains médias résistent mieux que d'autres. Les tout grands, principalement anglophones (pour rester dans le monde occidental), peuvent répartir sur des centaines de milliers, voire des millions de lecteurs les coûts d'une rédaction. Mais ils ne dominent plus la diffusion des idées et des opinions comme naguère. Beaucoup ont déjà disparu. Les réseaux sociaux vont plus vite qu'eux, ils ne s'encombrent pas de faire de l'info. La com est leur raison d'être. Ils leur disputent l'audience, l'attention du public, et donc la réclame, la publicité: le nerf de la guerre. 

Les plus petits peuvent résister s'ils font corps avec leurs lecteurs dans des communautés identitaires. C'est le cas de La Liberté, du Nouvelliste.

Genève est une terre particulière. 40% de sa population est étrangère. Un travailleur sur trois habite hors du canton. Beaucoup de Genevois cultivent leurs racines ailleurs. Ses élites sont très internationalisées ou très localisées. Elles se côtoient peu. Genève est aujourd'hui composé de peuples hors sol. Ça n'a pas toujours été le cas.

Ce sont des faits. La destructuin des journaux (des médias - les radios et les TV locales vivotent et n'ont pas les moyens de leurs ambitions) avance par à-coups, elle s'accélère.

Quelle réforme sociale et politique la nouvelle technologie va-t-elle engendrer?

Tous journalistes? C'est l'hypothèse que je soumets aux lecteurs qui visitent la rédaction chaque mois. Tous journalistes car nous devons désormais tous conquérir et reconquérir l'espace de l'information - critique, vérifiée, impartiale, fondée sur des sources dignes de foi - dans le bain de la communication qui nous entoure (agresse, séduit, courtise)  comme l'air pollué nous enveloppe, sans qu'on s'en rende compte. Un enjeu, un défi politique.

Il y a sans doute plus de communicants et de dircoms que de journalistes.

Dans les villes, l'air pur n'est pas une chose naturelle, elle nécessite des régulations et des dépenses collectives. Il en va de même de l'information par rapport à la communication.

La communication sert son maître. L'information non. Elle a toujoirs été une production déficitaire, financée par la réclame principalement et par le lecteur. La réclame a fondu et fuit. Le lecteur butine les fleurs du Net, rechigne à payer, peut penser pouvoir se passer des journalistes et des rédactions. Une illusion sans doute.

A moins que le temps présent ne soit désormais celui de la vérité des experts, des managers, demain celui des robots, déjà la confiscation de la démocratie. Sans témoins.

L'information, comme l'air pur, n'est-elle pas un bien commun, librement accessible? 

Sur le même sujet, les éditos de Pierre Ruetschi et de Thierry Meyer, le communiqué de Tamedia et d'Impressum, les pages Facebook "Je soutiens la Tribune" et "Je soutiens 24 Heures". Le Courrier du 27 septembre évoquait une dizaine de postes menacés dans la newsroom réunie du Temps et de l'hebdo.

Sur Facebook, les quelques commentaires qui ne reflètent l'avis que de ceux qui s'expriment confirment le fait que le journaliste est la profession la moins crédible.

 

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