Il est difficile de penser l'Europe sans l'UE (lundi, 27 juin 2016)

image.jpegLe 6 décembre 1992, Pascal Delamuraz avait inventé la formule du "Dimanche noir" pour qualifier le vote des Suisses contre l'Espace économique européenne. Les Suisses auxquels la classe dirigeante hors l'UDC et la presse unanime promettaient les pires avanies n'ont en fait guère souffert de ce non historique. La raison est double. D'une part, on a cru que la peur de lendemains difficiles suffiraient à convaincre le peuple de voter pour l'EEE. D'autre part, le vote acquis, le système (politico-diplomatique) suisse a tout fait pour réduire au maximum les conséquences négatives et pour titrer les opportunités de la nouvelle situation.

 

Le jeudi noir 23 juin 2016 que le Brexit jette sur l'Europe connaîtra vraisemblablement la même issue. Londres comme la Suisse acceptera une formule de collaboration cousu main avec l'Union. On va tordre un peu les Traités et surtout les idéaux pour construire ce qui est déjà une réalité, une Europe à plusieurs vitesses et à géométrie variable. L'usine à gaz que les antieuropens peignent comme le Diable sur la muraille n'est pas près de disparaître.

 

L'évolution est sans doute détestable d'un point de vue culturel, technique, économique et politique, car la complexité et l'enchevêtrement des accords bilatéraux vont s'accroître en Europe (ce qui est déjà le cas dans le monde en raison de l'incapacité du système OMC de faire progresser les accords multilatéraux), ce qui est coûteux à tout point de vue. Mais c'est le prix à payer. Il est certain qu'un EEE-CH (cousu main pour la Susse) vaudrait mieux que les quelques 130 accords bilatéraux qui lient la Suisse aux 28 de l'UE (la Grande-Bretagne n'a pas encore formellement divorcé et reste donc membre effectivement de l'UE), mais L'on doit bien constater, à Berne comme à Londres, que les forces politiques, économiques et médiatiques dominantes, et forcément éclairées, qui sont favorables à cette issue, ne sont pas capables d'en convaincre le peuple apeuré.

 

Comme dans la Nati, il nous manque en Suisse et en Europe des buteurs au nniveau politique, des leaders qui soient capables de déborder les défenseurs des acquis et de marquer un et même plusieurs buts, de quoi changer l'humeur du public et lui redonner foi en l'avenir.

 

Les démocraties sont à la peine et ne parviennent plus à embaucher dans leurs équipes les meilleurs. Qui va diriger en 2017 la Grande-Bretagne, la France (dont les primaires voient se multiplier les candidats sauveurs), l'Espagne (dont les nouvelles élections de ce dimanche n'ont pas résolu le blocage politique), l'Italie (où le premier ministre sort affaibli des dernières municipales) et même l'Allemagne (où on n'ose pas imaginer que Merkel se représente pour un quatrième mandat faute de mieux). Ce manque de leadership se ressent aussi au plan régional et local. 

 

A quoi doit-on ce passage à vide?

 

On critiquera les partis, ce sont de commode boucs-émissaires. On critiquera les institutions (c'est le cas de la France qui manque de représentation proportionnelle). Mais on ne peut pas en dire autant de l'Allemagne et l'Italie tente toujours de faire évoluer les siennes. 

 

Les es plus aventureux verront l'issue dans le régionalisme. De l'Ecosse à la Catalogne en passant par la Bavière ou la scission nationale entre la Tchequie et la Slovaquie. Mais on ne voit pas que la Sicile qui bénéficie d'un statut de région autonome soit mieux gouvernée. L'avenir de l'Europe n'est pas dans la Balkanisation.

 

Mais où est donc cet avenir?

 

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