Charlie, Charlots (mercredi, 18 mars 2015)

IMG_6836.JPGDimanche, les dressoirs, que la tenancière du kiosque-bar-PMU Le France, en bas Collonge, garnit de journaux à la vente, étaient toujours plein de Charlie Hebdo. Où sont donc les "Je suis Charlie" défenseurs de la liberté d'expression à tout crin? Où est passé l'Esprit-du-11-janvier?

Jean-Noël Cuénod s'en inquiète aussi. Mais mon éminent confrère, rédacteur en chef de La Cité, un canard qui cherche aussi désespérément les amoureux du papier et des longs articles, pense qu'il est là et qu'il brasse la société comme Mai 68 a changé la France. Lentement mais sûrement. Un marqueur peut-être, mais un marqueur ne change pas la société, elle révèle ce qui s'y passe comme le thermomètre qui ne fait pas le changement climatique. Ce qui change le monde depuis 50 ans, c'est la technologie et la démographie. J'y reviendrai.

Dans le dernier numéro de Charlie, il y a un grand papier que la gauche (mais aussi la droite) doit lire impérativement. Il s'intitule: "La gauche se meurt, non parce qu'elle a échoué, mais parce qu'elle a réussi."

C'est l'interview bien éclairante de Malek Boutih. L'ancien président de SOS racisme n'a pas attendu d'avoir 50 ans pour avoir les yeux ouverts. Extraits:

"Le point de départ de l'intégrisme islamiste, ce ne sont pas les théories des Frères musulmans, mais l'arrivée de la parabole dans les pays arabes. C'est quand, tout d'un coup, la modernité, le sexe, la liberté, tout fait irruption. Et les intégristes se sont sentis débordés."

A chaque révolution sociale, son invention technique.

Gutenberg a permis la propagation de la Réforme protestante,

la rotative, l'émancipation des citoyens et des ouvriers au XIXe siècle,

la vapeur, le capitalisme et la première mondialisation,

le pétrole, la deuxième mondialisation,

la télévision et la parabole, la massification,

l'Internet et le mobile, ???

"C'est étrange de voir combien toutes les élites produisent en permanence de l'eau tiède. (...)  Plus aucun pouvoir n'est considéré comme naturel, hormis le pouvoir démocratique. On devient vraiment démocrate quand on apprend à perdre des élections."

La nature reste un pouvoir qui échappe encore aux hommes. Le pouvoir économique n'est peut-être pas légitime, mais il n'est pas arrivé le jour où les Suisses voteront contre le droit de propriété. Quant aux Russes qui en ont fait l'expérience sans qu'on leur demande leur avis, ils en sont revenus et sont tombés de Charybde en Scylla.

"Ce n'est pas le monde politique qui se recroqueville, c'est la société française qui s'agrandit"

A Genève, 41% de la population est exclue des urnes car non suisse. Dans le Grand Genève, sur des questions qui intéressent les travailleurs, le déni démocratique est plus grand encore.

 

A suivre...

09:23 | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | |