Katutura a besoin de nos visites (vendredi, 12 septembre 2014)

Les lecteurs des blogs de la Tribune connaissent bien le blog Katutura. C'est une petite voix qui résonne avec un amour mêlé d'un peu de malice et d'indignation. Elle dit souvent sa foi en Jésus, qu'elle aime particulièrement quand il chasse les marchands du temple, laisse les docteur de la loi sans voix, les accusateurs de la prostituée sans action, s'en va dîner aussi bien chez les pauvres que les percepteurs d'impôts et guérit les malades sans se soucier des règles du sabbat. Ce Jésus-là l'anime toujours, la soutient dans sa quête de vérité, nourrit ses colères contre les possédants, les bien-pensants, les savants même et lui dit que Dieu est un Dieu ni fini ni infini mais se fait au jour le jour de la vie des hommes...

Sa vie entière, Katutura l'a donnée aux pauvres, aux sans voix, aux humiliés, aux expulsés. En Afrique du Sud durant 34 ans. Et ici, en Suisse, parmi les migrants. Une vie d'amour au service des autres.

Katutura a aujourd'hui plus de 91 ans. Elle a la frimousse espiègle des bonnes grands mères, dit des mots gentils à ses sœurs âgées, malades ou handicapées comme elles, dont elle partage désormais la vie, dans le Plegeheim de la maison mère de leur congrégation, à Menzingen, au cœur des verts pâturages bien purinés des collines de Zoug.

Claire-Marie Jeannotat s'est fait soeur de Menzingen à 25 ans. Et l'est toujours. Cette fidélité force le respect et étonne le passant du XXIe siècle coutumier des modes qui durent six mois, des clips et du zapping à tout va. Si Médecins du monde ou quelques autres ONG avaient existé quand elle est partie en 1947 de sa ferme du Jura, elle aurait sans doute suivi la voie laïque, mais les voies du Seigneur sont impénétrables. Elle ne renie rien de son engagement comme sœur de Menzingen. Surtout depuis qu'elle a creusé l'origine de cette communauté des sœurs enseignantes de Sainte Croix, crée au milieux du XIXe siècle par une Alsacienne.

Une véritable révolutionnaire cette Alsacienne! Elle s'était mise ne tête de former les fillesalors juste bonnes à faire des gosses et à bosse. Elle a débarqué un beau jour de 1844 avec deux entêtées comme elle dans ce bled perché au sommet d'une colline, entre Einsiedeln, vénérable abbaye, et le bourg de Zoug, qui n'était pas encore un paradis fiscal. La Suisse était pauvre alors. Pour assurer la pérennité de leur entreprise - vous imaginez trois femmes célibataires qui prétendaient sortir les filles de l'ignorance! - un dominicain leur rédigea donc une règle. C'est ainsi que l'ordre fut fait.

Un orde que Katutura a subi, mais dont elle a su s'en libérer. La Jurassienne a du tempérament à revendre. Des rencontres dans sa longue vie l'ont aidé à conserver son indépendance.

Nous lui avons rendu visite le jour du Jeûne genevois. Elle nous a raconté cette anecdote: En 1973, de retour d'Afrique du Sud, elle assiste à la messe dans sa paroisse jurassienne, en pantalons. Le curé en fait la remarque à sa mère, qui s'en trouve bouleversée. "Il n'a même pas eu le courage de me le dire en face", commente furieuse notre hôte. Elle poursuit: Quelques jours plus tard, l'abbé Schaller, fameux dans le Jura - il signe des billets quotidiens dans le Pays, c'était un blogueur avant l'heure - évoque incidemment l'événement. Il remet en deux mots l'église au milieu du village, en soulignant que l'habit ne fait pas le moine et qu'une moniale en pantalons et sans voile ne déborde pas moins d'amour qu'une consœur en habit.

C'est en pantalons et les cheveux permanentés qu'elle nous a reçus hier, assise dans une chaise roulante, tandis que ses sœurs autour étaient en habit. Katutura est une femme formidable. Si vous avez l'occasion de passer par Zoug, faites un détour par Menzingen!

Sur les sœurs de Menzingen, on lira ici

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