Les dieux sont-ils sourds? (dimanche, 02 février 2014)

Varanasi, c'est d'abord, comme toutes les villes d'Inde, un concert continue de Klaxons des sonnerie des wallalas, ces triporteurs particulièrement nombreux ici, dont on se demande comment les plus anciens continuent d'avancer avec des charges qui vont du fer à béton 6 pu 8 mètres pliés en deux ou des montagnes de caton et les plus récents bâtis toujours dur la même modèles qui brillent comme des sous neufs qu'on aurait astiqué. C'est merveille que de voir les valeureux pédaleurs astiquer leur gagne pain et peser de toutes leurs forces debout sur les pédales.

Sur tous les tons les klaxons. Dire que les routes sont étroites est un euphémisme. Une route suisse a deux voies correspond à une highway à trois quatre pistes ici. Si l'on veut éviter le bas-côté, souvent "non stabilisé" comme on pouvait le lire encore il y a peu en France sur quelques panneaux de circulation, il faut y pousser les autres. À ce jeu, ce sont généralement les plus gros qui gagnent: les camions bariolés, dont les "horn" sont tonitruants, et les bus cabossés mais aussi des cars ou des 4x4 climatisés. L'écoulement du trafic relève d'une mécanique des fluides dont les Suisses devraient s'inspirer: plus on ralentit, mieux on avance...

Moins dynamique que la Chine, l'Inde progresse néanmoins sur un chemin qui paraît toutefois sans issue à un Occidental biberonné à la rationnalité cartésienne. Sa classe moyenne désormais se compter par centaines de millions. Elle investit ici comme ailleurs des banlieues cossues aux voies larges et bordées d'arbres qui ne demandent qu'à atteindre l'âge vénérables des platanes qui bordent les nôtres.

Dans le vieux Varanasi, les rues ne laissent guère qu'une voie aux véhicules tant est grande la cohue des piétons, des motos, des rickshaws et des triporteurs à pédales, envahissant l'empiètement des échoppes, fréquente la présence placide des vaches. Dans la vieille cité, les rues deviennent des boyaux où un bovidé de travers suffit à bloquer la circulation. Mais personne ne dit mot. Rares sont les marchands à héler le chalands à grands cris. Les vaches ne meuglent pas. Les pigeons restent cois. Les mouettes ne rient pas.

On entend donc les cloches que les pèlerins font jouer à l'entrée des temples, les timbales que frappent les croyants, ding, ding, ding, dong, les tambours dont les battants sont de petites boules attachées par une cordelette et qui viennent cogner la peau tendu lorsque l'on bascule rapidement l'instrument de gauche à droite. Et puis les chants des prêtres, amplifiés à l'heure de l'oraison. Une première fois à trois heures du matin, puis à six heures quand point le jour, puis à 9h quand le soleil perce la brume. À 5 heures, c'est le muezzine qui lance la premier de ses cinq mélopées. Lui est amplifié par un haut parleur. On ressent cet appel comme une agression. À croire que les dieux sont devenus sourds.

Les dieux indiens ont aussi de sacrées exigences. Ils adorent les œillets d'Inde qu'ont appellent chez nous tajettes, les fleurs de lotus aussi ainsi que les feuilles Karry. Et par dessus tout le lait sous sa forme liquide ou de beurre clarifié, le ghee, dont les Indiens mettent à toutes les sauces.

Dans le campus de l'Université de Varanasi, vaste triangle ordonné au. Sud de la ville, planté de grands arbres, où chaque faculté à son bâtiment dédié, bref un véritable paradis, est un temple consacré à Shiva. L'édifice moderne est strictement fonctionnel. Il n'a pas la patine noire ni la statuaire fantastique ni la dimension des temples du sud de l'Inde qui donnent l'impression d'avoir été bâti pour servir de décor à un film du genre "À la poursuite du diamant vert".

Cependant la dévotion des fidèles paraît la même. Ils sacrifient aux mêmes rituels, couvrant le linguam de colliers de fleurs, de feuilles, l'arrosant de lait, le frottant avec du ghee, produisant sur le membre de pierre noire une mousse savonneuse ambigüe, recueillant la précieuse liqueur pour s'en recouvrir la tête.

Un préposé à ces rituels millénaires recoit les offrandes, les dispose sur le linguam d'un geste blasé, en redistribue une partie selon une échelle des mérites dont on ignore la mesure, bénit les uns et les autres d'un pouce enduit de ghee sur le front. On imagine volontiers semblables rituels dans les temples égyptiens, babyloniens, grecs ou romains, jusqu'à ce que le christianisme, puis l'islam balaie les panthéons anciens et impose le culte du Dieu unique, quoique la branche catholique eut tôt fait de remplacer les divinités et les héros hommes et femmes par une litanie de saints sans fin.

Le linguam de du temple de l'Université de Varanasi est modeste. À Thanjavur dans le Tamil Nadu, nous avions eu la chance d'assister à une cérémonie en l'honneur de nandi, le taureau qui sert de monture à Shiva. Une bête énorme jaillie d'un granit rose, (figée pour l'eternité?) sur un autel couvert d'un toit que durant près d'une heure des servants juchés sur des échelles ont recouvert semblablement de lait et de fleurs.

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