Urbanisme, urbanité - Page 4

  • Cornavin: les millions de l'erreur originelle du CEVA

    ceva rade agglo fvg.pngQui se souvient qu'en juin 2002, par une journée caniculaire annonciatrice de vacances, le Grand Conseil genevois vota la loi 8719, qui ouvrait un crédit de 400,8 millions? C'était la part cantonale pour la construction du raccordement ferroviaire entre La Praille et les Eaux-Vives et l'adaptation des voies existantes entre Cornavin et la frontière suisse vers Annemasse, un chantier, le CEVA, devisé alors à 941 millions?

    Sept ans plus tard, alors qu'aucun travaux n'avaient réellement été engagés, la facture genevoise s'allongea de 113 millions, officiellement en raison du renchérissement et de quelques adaptations de sécurité, que les nombreuses études préalables n'avaient pas dépistés... Le devis total avait bondi de 941 à 1,45 milliard: + 50,4%!

    Jeudi 23 septembre 2016, le Grand Conseil a voté la loi 11912, qui ouvre un crédit de 425 millions de francs pour créer deux voies sous l'actuelle gare de Cornavin, un ouvrage, pompeusement baptisé noeud ferroviaire de Genève, devisé à 1,65 milliard de francs. Ce crédit couvre-t-il tout ou, comme celui de 2002, va-t-on au-devant d'une grosse rallonge, juste avant l'ouverture du chantier prévue en 2024?

    Et ce n'est pas fini, car le noeud n'est pas complet. En effet, ni le tracé du CEVA conçu au XIXe siècle et copié-collé tel quel en 2002 ni le nouveau crédit ne supprime le cul de sac de Cointrin

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  • Le Jeûne fédéral et la fin de l'humanisme

    IMG_3279.PNGJ'ai regardé un peu par hasard et quelques minutes le film Elysium, une science-fiction où les élites se sont réfugiées sur une île artificielle, une énorme station spatiale en forme de roue dont la rotation assure à ses heureux habitants un succédané d'attraction.

    De la terre surpeuplée, vaste bidonville dont les usines tout droit sorties de l'âge de la vapeur fabriquent les robots qui tiennent les foules en respect, on voit ce paradis. Des boites à bronzer installées dans des biotechnocliniques arborées y remettent sur pied en un rien de temps les humains malades, cassés ou simplement vieux. Les terriens rêvent évidemment d'accéder à ce "paradis". On y monte avec des véhicules spatiaux genre 4x4 à réaction qui auraient un million de kilomètres au compteur et que le gouvernement central tire à vue comme des lapins.

    Je ne pensais pas, en ce matin du Jeûne fédéral, apprendre que ce meilleur des mondes est le monde qui nous attend parce que nous vivrions la fin de l'humanisme, cette foi en l'être humain et au libre arbitre si cher aux lumières et aux libéraux, qui cependant se meurt sous nos yeux.

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  • C'est difficile de faire la fête de Genève

    Étrange ambiance, samedi soir, à la sortie du feu d'artifice du désormais Geneva Lake Festival. Une fois la dernière fusée éclatée dans un tonnerre de crépitements assourdissants, le jet d'eau s'est effondré. Il avait majestueusement ponctué le dernier quart d'heure des tirs bien rythmés et plutôt poétiques du Français Berthonneau. Il n'a pas réapparu laissant la rade dans une nuit d'urgence, celle des feux bleus des vedettes de la police.

    La foule a poliment applaudi. Sans manifester ni effusion ni émotion ni fraternisation. Genève est une cité hors sol, davantage encore en plein été. Le monde s'y cotoie sans s'embrasser. Elle s'est calmement fondu dans les rues. Le quai du Mont-Blanc était bondé, mais il n'y avait rien à y faire. Aucun bal populaire.

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  • Le Gothard et la traversée du lac

    Au soir du grand soir quand nos trois grands voisins s'eurent dûment inclinés devant l'exploit du Gothard, creusé pour 24 milliards de francs suisses avec les mains et les corps d'ouvriers européens, la RTS nous livra un débriefing infrarouge, habiles redites nécessaires sans doute à l'unité du pays. Solari chanta son Tessin dont le gouvernement est dominé par des hommes de la Lega, Béguin entonna l'hymne ferroviaire de circonstance, tous les invités dirent combien le couloir européen qui relie Gêne à Rotterdam, en faisant gagner six jours aux navires venant de Chine et de cet extrême orient laborieux.

     

    Enfin Adolf, Dolfi pour les intime, au mieux de sa forme, retrouva les trémolos montagnards qu'on entend dans les Mannerchor, pour dire et redire formidable, le clou du show étant ce moment où il a emmené le ministre belge frôler une arrête noire de l'Eiger, demande au pilote de balancer son appareil et obtient le soutien du ministre pour les nouvelles traversées alpines, le Lötschberg et le Gothard. Formidable! En contrepoint, le Shrek de circonstance, l'ancien syndic de Lausanne, qui avait apporté de l'eau au moulin des Zurichois, pour qui un seul tunnel au Gothard, leur Gothard aurait suffi, rappela un peu penaud que son non signifiait un oui à la brouette d'Echallens, devenue REV, réseau express vaudois.

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  • Small n'est pas toujours formidable

    lhasa chengdu.jpgFormidable! Une exclamation que ma génération associe à Adolf Ogi, ministre UDC, bonhomme et populaire, dont les vœux annonçaient une ère nouvelle grâce au tunnel du Lotschberg 2.0. Rien de virtuel dans ce trou minuscule au regard de la masse rocheuse qu'il transperce.

     

    Voilà que les Suisses font crier formidable ces prochaines semaines quand le tunnel de base du Gothard, masse alpine autrement plus symbolique, sera gommée par ce qui restera quelque temps le plus long ouvrage du monde.

     

    A l'autre bout de la planète, la puissance qui s'éveille étale sa puissance formidable, bâtit des barrages, des ports, des villes, des lignes de chemin de fer dont près de 5000 km de TGV. A marche forcée.

     

    J'apprends dans The Economist que Pékin va doubler la mise au Tibet. Le haut plateau est déjà relié par le nord au réseau de TGV chinois, voilà qu'une nouvelle ligne est en passe de relier Lhasa à Chengdu, 1600 kilomètres à l'est. Une région que l'hebdomadaire anglais persille de points bleus et orange autant de coins perdus, où des hommes protestent au point de s'immoler par le feu contre l'emprise de l'empire.

     

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  • Luc traverse le lac avec Doris

    image.jpegEn soi la nouvelle n'a rien d'abracadantesque. Luc aime Doris et Doris arbore toujours son sourire américain sans jamais rien trahir de son quant-à-soi. Il n'en faut pas plus pour exciter les gazettes. C'est ainsi que Zwanzig Minuten, seul canard du pays à être feuilleté par les jeunes et quelque moins jeunes de Genf à Romanshorn, alerté par un lecteur reporter, colporte ce matin une info qui va secouer Genève.

    Sur la photo, on voit la Tesla noir de notre ministre fédérale des transports garée  dans un chemin creux et embrousaillé. Au fond de l'image, le bleu Léman, placide, et quelques montagnes du Pays de Savoie, notre pays. Doris est au volant. Luc lui fait des grands signes comme pour lui signaler que la Tesla s'est fourrée dans un mauvais chemin.

    Qui a bien pu prendre cette photo? Qui l'a transmise? On hésite entre un policier genevois commis à la garde de la ministre par P5M (alias Pierre Maudet, maître du monde et de moi-même selon Bob) et un certain Putallaz, à qui le ministre Barthassat avait prêté son mobile. Mais là n'est pas l'essentiel.

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  • Les coûts du CEVA crassement sous-évalués

    ceva finance 31 dec 2015.jpgUne cuiller pour papa, une cuiller pour maman, une cuiller pour tonton Jules, on connaît la chanson. Pour faire avaler une soupe à gosse, il faut y aller méthodiquement et louche après louche.

    Il en va de même des grands projets, dont on ne nous dit jamais le vrai prix au départ. Voyez le CEVA, nous avons voté une seule fois sur ce projet devisé à 1,5 milliard de francs. Il ne s'agissait pas du crédit initial (loi 8719) de 400,8 millions, qui lui fut adopté en juin 2002 par le seul Grand Conseil (et encore ce vote ne concernait que la part genevoise de la facture soit 44% du tout, celle acquittée par la Confédération résultait d'un contrat signé par les CFF et le Canton en... 1912), non, les Genevois ont voté sur une première rallonge de 106,9 millions (loi 10444), ce qui représentait tout de même une hausse des coûts de 25% par rapport au crédit initial voté sept ans plus tôt. Les 8 millions qui mettent ces jours en colère le populaire conseiller d'Etat Barthassat ne sont donc que des clopinettes. Dénoncer les CFF et donc Berne de ce dépassement relève de la tartufferie.

    Mais là n'est pas l'essentiel et sans doute pas le dernier dépassement, ni le dernier rabotage (cf les tuiles de verre de Nouvel) d'un projet qu'on a amputé dès le début d'un élément essentiel: les parkings d'échange à proximité immédiate des gares et les lignes de bus devant rabattre la foule des pendulaires sur le RER lémanique. Pas un franc des 1,5 milliard n'est destiné à cet usage.

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  • Genevois, c'est le moment d'avoir de l'audace?

    mah projet patrimoine suisse.jpgTrois choses sur le Musée d'art et d’histoire:

    C'était un scandale que seuls les citoyens de la Ville de Genève et les étrangers titulaires du droit de vote communal votent sur le plus grand musée de Suisse (pas le meilleur ni le plus beau), d'autant que selon la péréquation financière actuelle, les habitants des autres communes paient plus de 20 millions d'impôt net à la Ville.

    C'est une leçon à retenir et pas seulement pour la Ville de l'obsolescence de notre système démocratique qui fait voter les citoyens sur un paquet ficelé plus de 20 ans après les premières études de rénovation. Il va falloir apprendre à utiliser les réseaux sociaux pour inventer la démocratie du XXIe siècle.

    Ce vote négatif est en effet, comme le dit le comité référendaire, une chance extraordinaire pour Genève. la chance de basculer dans le XXIe siècle de l'architecture et de la muséographique qui ne saurait se confondre avec la préservation du patrimoine en général et du MAH en particulier dont la pompe sied mal à un temps où l'Etat doit se faire modeste.

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