Monde - Page 5

  • Le ressentiment. Nice, Nietzsche, Dostojevski...

    Capture d’écran 2016-07-20 à 22.51.06.pngUne question me poursuit. Pourrais je un jour me retrouver dans la situation de piloter un 19 tonnes à travers une foule en liesse? J'ai posé la question hier aux cinq jeunes que j'ai guidé à travers la Tribune et le métier de journaliste (vérifier les faits, comprendre les ressorts du monde, les exposer rapidement et simplement...). "Non, non", m'a répondu une ado, qui n'avait pas sa langue dans la poche et affichait une belle maturité: "je ne pourrais pas tuer!" Je n'en doutai pas. Les autres sont restés.

     

    Impossible de se projeter dans la tête d'un tueur quel qu'il soit! Je sais pourtant qu'il y a des enfants tueurs, sans doute contre leur gré mais qui vivent dans une violence, un dénuement, un enfer qui n'a rien de virtuel ou de ludique. Et pourtant Dieu sait combien de jeux vidéo et de films glorifient la violence, la brutalité, le vice, l'inhumanité. Comment s'étonner que certains passent à l'acte.

     

    On connaît çes expériences où un expérimentateur commande à un quidam - vous ou moi - d'infliger des décharges électriques à un personnage qu'il faut faire parler pour une noble cause (sauver des enfants par exemple d'un danger imminent). Certains vont jusqu'à infliger des doses mortels au personnage qui joue la comédie. Tragique. Qui peut dire comment il se comporterait en situation de stress, de faiseur extrême, de guerre?

     

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  • Ecosia, le colibri et la Sicile


    Italie : des incendies, poussés par un vent fort, ravagent le nord de la Sicile

     

    Le colibri, c'est le mythe du pompier qui s'en va porter sa goutte d'eau contre l'incendie qui dévaste son environnement et qui se dit que si tous les colibris copiaient collaient sa bonne action, on viendrait à bout de l'incendie. Quand on visite la Sicile, on est frappé par les collines et les montagnes dénudées. Des siècles de razzias, d'exploitation, de rapines et d'incendies, pas tous naturels... Le parc naturel qui domine Cefalu vient d'être carbonisé. La mafia aurait lâché des chats arrosés de pétrole dans la garrigue. La montagne est brune et noire jusqu'aux portes de la cité.

     

    Les nouveaux conquérants débarquent sans armes mais pas sans ambitions. Comme leurs prédécesseurs, ils suscitent la crainte des populations autochtones. On les parque loin des circuits touristiques, sans trop savoir qu'en faire. Les renvoyer pour une part, les distribuer dans d'autres nations du puzzle européen qui n'en veulent pas.

     

    Et l'on se dit, dans un raccourci sans doute trop raccourci, que la Banque centrale européenne qui nourrit chaque mois de dizaines de milliards d'euros l'ogre pâque machine financiere et économique pourrait en distraire un pour cent pour payer des travailleurs affectés au reboisement des collines, ici en Sicile et ailleurs, s'inspirant entre autre du modèle israélien. 

     

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  • Le Brexit vu de Selinonte

    image.jpegJ'apprends l'issue du scrutin britannique, qui jette l'Europe dans l'inconnue et une nouvelle dislocation, depuis Selinonte, en Sicile. Personne ou presque ne connaît plus ce qui fut une brillante cité grecque, sise entre Agrigente et Marsala, pendant quelque 200 ans, il y a 25 siècles. Elle a été détruite, ses habitants sauvagement éliminés, par Carthage, un empire rayé de la carte par Rome, 200 ans plus tard.

     

    Des ruines de ces empires et confédérations, l'Europe a conservé, l'ambition durable de contester aux dieux le cours des choses, quelques mythes, des bribes de philosophie, les fondements de notre droit. Aujourd'hui, le peuple britannique a rompu un contrat, une alliance qui rendait l'Union plus forte face aux défis que les humains de ce temps ont à affronter. À ma connaissance, jamais un canton suisse n'a fait défection de la Confédération. 

     

    Les pessimistes diront que le vote de ce  23 juin est le début de la fin de l'Europe. Les optimistes répondront que l'Europe n'a progressé que dans les crises. Reste à savoir si elle a les moyens de surmonter celle-ci. Une majorité de Suisses, avant les Britanniques avait voter contre les bilatérales qui nous lient à l'Union et nous apportent de nombreux avantages. Pas assez sans doute face à la peur de ce XXIe siècle commençant: la peur de l'étranger, barbare forcément. 

     

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  • Small n'est pas toujours formidable

    lhasa chengdu.jpgFormidable! Une exclamation que ma génération associe à Adolf Ogi, ministre UDC, bonhomme et populaire, dont les vœux annonçaient une ère nouvelle grâce au tunnel du Lotschberg 2.0. Rien de virtuel dans ce trou minuscule au regard de la masse rocheuse qu'il transperce.

     

    Voilà que les Suisses font crier formidable ces prochaines semaines quand le tunnel de base du Gothard, masse alpine autrement plus symbolique, sera gommée par ce qui restera quelque temps le plus long ouvrage du monde.

     

    A l'autre bout de la planète, la puissance qui s'éveille étale sa puissance formidable, bâtit des barrages, des ports, des villes, des lignes de chemin de fer dont près de 5000 km de TGV. A marche forcée.

     

    J'apprends dans The Economist que Pékin va doubler la mise au Tibet. Le haut plateau est déjà relié par le nord au réseau de TGV chinois, voilà qu'une nouvelle ligne est en passe de relier Lhasa à Chengdu, 1600 kilomètres à l'est. Une région que l'hebdomadaire anglais persille de points bleus et orange autant de coins perdus, où des hommes protestent au point de s'immoler par le feu contre l'emprise de l'empire.

     

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  • La Suisse doit-elle accueillir plus de migrants?

    image.jpegLa Suisse doit-elle accueillir plus de migrants? La question est sensible. Dans une interview publiée par Le Temps, vendredi 1er avril, Charles Kleiber répond oui. Je ne suis pas loin de penser comme lui. Ce qui m'interpelle, c'est la photo qui illustre l'article. On y voit l'ancien secrétaire d'Etat - à l'origine, dit le journal, avec le banquier Oltramare des Disputes de la Maison de la Paix, ce 5 avril - présenté en pied dans un luxueux salon. Des voiles aux fenêtres laissent passer une belle lumière. On imagine un parc arboré de l'autre côté ou une rue vide d'un quartier cossu. Et loin, très loin, la rumeur de la ville et la promiscuité des HLM.  

    Kleiber n'est évidemment pas à l'origine de ce choix iconographique sans doute fortuit. Mais il en dit long sur le fossé qui ne se comble pas entre les bonnes intentions et ceux qui les portent et les travailleurs d'ici (pas seulement des Suisses) qui craignent ces nouveaux concurrents pour leur emploi et leur logement.

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  • INRI

    Ponce Pilate était-il un journaliste? Le titre qu'il a fait placé au-dessus du corps supplicié du messager de la bonne nouvelle était faux ont dit les autorités juives de l'époque. Il fallait écrire: Cet homme a dit, "Je suis le roi des juifs". Eux, manifestement, n'ont pas cru, le fils du charpentier de Nazareth. Ils ont même prétendu que le fait de se désigner roi était un crime de lèse-majesté, puisque à l'époque seul l'empereur de Rome était roi. Il y a belle lurette qu'il n'y a plus ni empereur ni roi  Rome. Ni d'ailleurs dans aucune autre capitale où quelques hommes ont cru un temps incarné le souverain.

    Le supplicié en revanche est toujours là. Il est ressuscité, disent les chrétiens. Dans les églises, l'acronyme INRI est parfois encore noté sur la croix. Les chrétiens proclament qu'il est donc bien le roi des juifs. C'est qu'en fait, ils le sont sans doute tous devenus. 

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  • Tariq Ramadan et les droits humains

    Infrarouge ne pouvait évidemment pas ce soir aborder tous les sujets ni répondre à toutes les questions que soulèvent les attentats terrorisés de Bruxelles. Personne n'a cependant eu le courage de contrer les propos formatés de Tarik Ramadan quand il a tenu un discours droitdelhommisme et culpabilisateur à l'encontre de l'Europe à propos de la crise des migrants, alors que la foi qui l'anime nie l'égalité des êtres humains, tient les infidèles dans un statut inférieur, perpétue des sociétés dans la domination des hommes et l'exclusion des femmes.

    Personne sur le plateau de Mamarbachi n'a osé dénoncer les  fondamentalistes islamiques dont les discours enflammés et les solutions simples ensorcellent quelques illuminés et poussent au suicide quelques délinquants..., mais aussi les politiques des puissances occidentales depuis deux siècles dans le monde arabes.

     

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