Médias - Page 4

  • Federer, de GOAT à UDC

    federer 20e.jpgJe ne suis pas un fan de tennis, mais je reconnais que les champions ont quelque chose de fascinant. Federer, à entendre les panégyriques que déversent notre télévision publique et tous les journaux suisses au soir de son vingtième titre en grand chelem, est plus qu'un champion. On dirait un saint si ce mot n'était pas politiquement correct. Encore que #GOAT (greatest of all time) est sans doute trop policé pour en fait un vrai. Les saints ont rarement un parcours sans accrocs, lesquels sont d'une toute autre nature qu'une blessure qui vous tient six mois hors jeu. 

    Ce que je retiens encore, c'est que notre Rodger, notre Fedou à nous, est à moitié suisse (sa mère est comme on sait sud-africaine d'ascendance française et néerlandaise, dit wikipedia), ce qui doit nous rendre un peu modeste, à l'instar de nos voisins si cocardiers dont l'équipe de football est comme chacun sait black blanc beur. 

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  • Les lecteurs éclairés selon Pietro Supino

    rois 1.jpgLe Monde du 3 janvier a consacré une page aux nouveaux médias fraîchement nés ou sur le point de pousser leurs premiers cris. Sur Twitter, le fil que les journalistes préfèrent, on en trouve une bonne douzaine de ces nouveaux journaux qui tous promettent de montrer aux vieux médias qu'on peut à la fois faire du bon journalisme (ce sont les professionnels qui fixent les critères de qualité) et vivre grâce aux abonnements de lecteurs éclairés. Si tel était le cas, le Courrier de Genève qui souffle 150 bougies cette année (ici et ) et vit depuis sa quasi faillite dans les années 70 grâce à la perfusion continue de lecteurs plus éclairés (et surtout plus aisés) que d'autres, serait florissant. 

    A propos de lecteurs éclairés - entendez un lecteur formé, citoyen, conscient du coût de production des nouvelles, celles qui ont du poids, lestées de faits, d'analyses, de données, de témoignages éprouvés sur l'enclume de la vérité, où le journaliste élimine les fausses interprétations tel le forgeron martèle le fer pour l'épurer de son carbone jusqu'à l'acier dur et tranchant. A propos des lecteurs éclairés donc, j'ai lu avec attention le discours de Pietro Supino à la fête des rois des éditeurs, dont son navire amiral, le Tages Anzeiger, a publié de larges extraits ce mercredi.

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  • Vous avez dit catastrophes naturelles?

    Bondo.jpgLe Tages Anzeiger publie depuis ce mercredi une série de grandes interviews pour passer le Nouvel An, traditionnellement riche en bulles, en voeux et en lumière mais chiche en news. Période de vaches maigres pour la presse qui recycle ses bonnes émissions, tire plus ou moins habilement des bilans ou des plans sur la comète.

    Ce qui frappe dans l'offre du Tagi, c'est que les neuf interviewés sont inconnus de ce côté-ci de la Sarine. Rien de nouveau sous le ciel helvétique me direz-vous, chaque canton cuit sa cuisine dans son chaudron. Mais en ces temps où le citoyen cherche des raisons de voter non à No Billag le 4 mars prochain et donc oui à sa chère SSR, on se dit qu'elle a vraiment raté une de ses missions clés: l'entre-connaissance des Suisses et de leurs cultures.

    Ce jeudi, c'est le tour du "plus important connaisseur des Alpes" (dixit le quotidien zurichois), Werner Bätzing, un Allemand, le second de la série après Campino. Campino est, comme chacun sait, le chanteur du groupe punk Die Toten Hosen, qui s'est découvert un amour pour Merkel...

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  • Suis-je chrétien?

    IMG_3127.JPGSuis-je chrétien. La question surgit forcément. Comme d'autres s'interrogent, je l'espère: suis-je humain?

    Hier, François, qui reste dans le monde (occidental?) le serviteur de Dieu le plus diffusé, a rappelé que tous, nous étions citoyens du monde, sédentaires ou itinérants, tous égaux en droit et en dignité. Ce qui renvoie la cause animale et celle des arbres (dont Libération de ce 26 décembre se fait l'écho par la voix de la philosophe Emanuele Coccia: "les plantes sont des sujets politiques") a des urgences secondes. Et met une sacrée pression sur les démocraties et les démocrates que des hommes de mauvaise volonté veulent réduire à la voix du peuple.

    Mais qu'est le peuple sinon un rassemblement d'humains? Ce qui nous ramène à la première question.

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  • 26 Minutes soutient No Billag

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    26 Minutes, l’émission humoristique des chaînes radioTVweb publiques francophones à abonnement obligatoire, s’était lentement rodée au point de devenir regardable... Ce soir, la der, la centième, portée à 100 minutes, presque quatre fois plus, sûrement quatre fois trop, a été nulle... Des sketchs trop longs, convenus, pour ne pas dire usés (le paysan vaudois, le colonel bourbine, le pasteur efféminé) et surtout pas drôles. Bref une émission qui démontre que les histoires drôles les plus courtes sont les meilleures. 

    Je n'ai peut être pas le sens de l'humour suisse.

    Le clou, ce fut la promo contre No Billag, l'initiative qui va tuer cette belle SSR. A ce rythme, le comité pro No Billag n'aura bientôt plus rien à faire pour gagner le 4 mars.

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  • Johnny, le dernier show de Jean-Philippe

    hallyday 2.jpgL'ampleur des hommages rendus à l'idole des jeunes m'étonne, mais n'est pas étonnante. Le peuple a toujours eu besoin de communier. Le voici dans une grand messe.

    L'émotion est au people ce que la raison est au citoyen. Nous sommes l'un et l'autre. Il faut donc des deux en dose que Dieu, la hasard, la vie ou la mort mesure. Et que le (show-)business, la politique, les médias, les réseaux sociaux, flattent, exploitent, explosent. La France qui fut nagère la fille aînée de l'Eglise ne se sait plus trop ce qu'elle est en ce jour de quasi deuil national, un curieux assemblage de paganisme et de catholicisme.

    Je suis Charly. Je suis Johnny? Non, les premiers sont morts en martyrs du terrorisme islamiste, le chanteur est mort dans son lit, usé au terme d'une vie menée à 100 à l'heure. Charly est le poil à gratter des institutions. Johnny n'a gratté que sa guitare. Remarquablement sans doute, mais pas sans être le soutien d'un camp.

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  • Le Courrier... de Fribourg?

    motion mettan 2411.jpgLe Courrier a été pendant plus d'un siècle le fer de lance des catholiques à Genève. Il était pour beaucoup le journal du Parti indépendant chrétien social et des Syndicats chrétiens, du Mouvement populaire des familles, bref la voix des migrants économiques (parfois politiques?) qui débarquaient en nombre des cantons catholiques dans la Genève protestante.

    Le prestigieux Journal de Genève était, lui, l'organe inofficiel des libéraux, tout comme la NZZ se réclame aujourd'hui encore du courant de pensée incarné par le PLR. Le journal La Suisse était rouge pas seulement par sa couleur. Quant à la Tribune de Genève, fondée en 1879 par un colonel américain qui voulait donner à la ville un journal non partisan, elle était associée au plus grand parti qui avait fait la république, le parti radical, aujourd'hui disparu, bien qu'un de ses éminents rejetons siège pour quelques mois encore à la présidence du Conseil d'Etat genevois. 

    Hier après-midi, François Longchamp s'est donc fait l'ardent défenseur de la Tribune de Genève et s'est opposé  à la décision entrepreneuriale de son éditeur, le groupe zurichois Tamedia, de délocaliser ses rubriques Monde, Suisse, Economie et Sports à Lausanne. Quatre cinquième du parlement genevois ont voté la motion Mettan (un ancien rédacteur en chef de la Tribune) non sans l'avoir émasculée en commission.

    Ainsi va Genève.

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  • Une croix en creux à Saint-Pierre

    croix st piere.pngAction. Dans le chœur de Saint-Pierre, deux grandes planches de bois clair, polie, poncée, huilée; entaillée horizontalement au deux tiers de leur hauteur, sont fichées dans un support préparé par une jeune femme au regard franc, un espace vertical les séparent. Aussitôt apparaît l'image d'une croix. En creux.

    Du haut de sa chaire, Blaise Menu, le modérateur de la compagnie des pasteurs de cette année-là, joue l'offusqué. Comment peut-on, au cœur de la Rome protestante, dans l'église de Calvin, tolérer une image, cette image?

    Commence par descendre de ton piédestal, l'invite sa consœur Vanessa Trüb, nous sommes l'église de la réforme. Nous sommes toujours en réforme. 

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