Inde 2014 - Page 2

  • Do you speak hinglish?

    Le Satabdi Express qui relie Puri à Calcutta est parti à l'heure de la ville sainte et touristique. Puri draine des centaines de milliers de pèlerins au Jagannath Temple dédié à trois dieux de la parenté de Vishnou, dont les grands yeux sont à la région ce que le jet d'eau est à Genève.

    Sur la cote de la mer du Bengale, une immense plage de sable fin se perd à l'horizon, dans les embruns de la houle qui s'y brise en creusant des baïnes. À perte de vue vers l'est et vers l'ouest. Un long chapelet d'hôtels et de gesthouses de toutes catégories accueille des touristes indiens et quelques Occidentaux égarés. Dommage, car l'Orissa est sans doute un État à découvrir. Et Puri une ville attachante. Un bon nageur profitera de la mer et les amoureux de l'Inde s'émerveilleront devant le temple du soleil monté sur roues de Kornak et d'une vie qui a déjà les accents du sud. La langue odya qui a sa propre écriture s'entend un peu comme le malalayam du Kerala et les crêpes de pois chiche y sont aussi croustillantes.

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  • Fier d'être suisse!

    Honte d'être suisse? Quelle drôle d'idée! Je reste pour ma part fier du fonctionnement de nos institutions. Peu d'Etats, pour ne pas dire aucun sur la planète, soumettent leurs gouvernants à de tels exercices d'humilité et de remises en question. L'Europe - et aucun de ses membres - n'a sur ce plan de leçons à nous donner. Le verdict populaire est un fait incontournable de la démocratie. C'est sans doute pour respecter si peu ce principe que les institutions politiques finissent par se dévaloriser aux yeux des gens.

    En 1992, on nous avait annoncé les pires catastrophes, elles ne sont pas survenues. Aujourd'hui le vote est en fait bien moins important que celui de l'EEE. Dans l'esprit des Suisses, le vote de ce 9 février ne consistait pas à remettre en cause les bilatérales, mais à donner un coup de frein à une de ses conséquences jugée, à tort ou à raison, fâcheuse par une petite majorité: la croissance démographique. Vu d'Inde, ça ne manque pas d'interroger...

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  • Ôm

    Ôm est un son primordial que l'on entend à proximité les temples hindous. À Puri, le temple dédié à un dieu de la parenté de Vishnou est fermé pour nous. Nous imaginons, en arpentant les rues aux alentours, occupées par les marchands et les primeurs, que les rituels qui s'y déroulent sont semblables ou proches de ceux que nous avons pu vivre, il y a 10 ans, à Kanyakumari, à Madurai ou à Tanjur.

    Il se trouve que, durant ce voyage, j'ai emporté trois livres "Mosaïque de feu", un journal d'Olivier Germain-Thomas redigé à Auroville et dans le sud de l'Inde peu après la tempête Lothar fin 1999, le "Dictionnaire amoureux de l'Inde" de Jean-Claude Carrière et "Désir d'infini" de Trinh Xuan Thuan. Ce dernier, né au Vietnam, professeur d'astrophysique aux États-Unis, est un maître dans l'art de vulgariser sa science en français

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  • Rama voit la vie en rose pour ses enfants

    Rama C. voit l'avenir en rose. Ses fils auront des opportunités. Ils ne seront pas fonctionnaires comme lui. Ils seront juristes, médecins, ingénieurs, commerciaux. Entre nous, le mensuel Frontline fait sa premiere page sur le récent succès de la fusée indienne qui a placé le 5 janvier dernier un satellite de communication de près de deux tonnes sur une orbite géostationnaire grâce à un dernier étage cryogénique "indigienisé" - dix-sept pages spéciales sur l'aventure spatiale indienne, issue de la coopération avec la Russie. Bien loin des slums et des taudis des centres-villes et des pujas qui font de si jolies photos. Une Inde que les touristes ne connaissent pas. Pas plus que les joutes politiques qui décident, dans cette démocratie géante que le petit Suisse a peine à comprendre, des majorités parlementaires à Delhi et dans les trente États de l'Union.

    Frontline est ouvert à la page 29. Sous le titre "Fuzzy start", Un départ en fanfare, la photo du nouvel homme fort de Delhi, Arwind Kejriwal, un arriviste pour les uns, un populiste, possible premier ministre dans 10 ou 15 ans pour les autres. C'est l'avis de notre compagnon de voyage.

    Comme le commerçant de Khajuraho, le fonctionnaire de Rairangpur espère que le jeune tribun du parti Aam Aadmi réduira la corruption endémique qui permet à des minorités parfois des mafias de s'accrocher comme des sangsues aux jambes des centaines de millions de travailleurs de ce pays. En attendant, estime Rama, l'alternance que propose le leader du BJP vaudra mieux que la poursuite de la dynastie Gandhi dont le dernier rejeton, Rahul, est décrit comme un dandy prépubère.

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  • L'Inde, c'est aussi une fusée cryogénique!

    Des forêts de tecks plantées au cordeau alternent avec des marquetteriez de rizières encore en friche, quelques-unes en cours de plantation, des champs de soya, des pâtures, quelques villages que l'express Nandand Delhi-Puri (dans dans l'Odissa) traverse à 80-100 km/h, mais parfois aussi à 50 km/h quand la voie ploie à son passage. Il est 6h30, le soleil se lève et nous tire d'une nuit agitée par le roulis irrégulier du train. Nous mettrons 19 heures pour avaler sans encombres 1097 kilomètres. Pour 1092 roupies par personne (17 francs suisses, mais le salaire d'un enseignant atteint tout juste 300 frs mois).

    Le long convoi de wagons bleus est sorti de la nuit, précédé d'un puissant phare jaune, avec 3h30 de retard, à Moghul Sarai, la gare grandes lignes de Varanisi. Pour atteindre ce "plus grand carrefour ferroviaire d'Asie", comme la nomme Ranjan K. Banerjee, correspondant de Neos dans la ville sainte, distant d'une vingtaine de kilomètres, il faut plus d'une heure et traverser une banlieue poussiéreuse et une gare routière où des milliers de poids lourds attendent les prochaines récoltes.

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  • À Bénarès, je retombe en enfance

    Les cloches, les tambours, les flûtes, les trompes des temples ne s'arrêtent que quelques heures par jour. Et quelques heures au mitan de la nuit. De 11 heures à 16 ou 17 heures, les dieux et leurs servants font la sieste. Tous les hommes n'ont pas ce loisir et continuent à trimer toute la journée. Les frappeurs d'instruments doublent d'ardeur pendant les fêtes qui sont nombreuses en Inde, un peu comme chez nous, naguère, quand les saints étaient à la fête. S'ajoute le fléau des hauts-parleurs. La rumeur monte partout, dans une compétition entre les quartiers qui prend des airs de défi et accroît les tensions, quand les voisins sont poli- et monothéistes. Alors les militaires sont mobilisés, armes à la main, gilets par balles, détecteurs de métaux, fouilles corporels.

    Tel est le quotidien des habitants de deux quartiers de la vieille ville de Bénarès. Du côté du Dasaswamedh, le Gast des dix chevaux sacrifiés, le bazar indien étend ses venelles tortueuses. Au bord du fleuve, à 19 heures le soir et 6 heurs le matin, monte la prière à Ganga, la mère Gange, et à quelques autres avatars de Shiva, né ici. Du côté du Harishchandra gaht, s'étend un quartier musulman. Tous les jours, une centaine de crémations - les guides improvisés affirment que 200 à 300 tas de bois brûlent chaque jour.

    Entre les deux un temple hindou, le temple de Vishwanath, dont les coupoles portent 800 kilos d'or, et une mosquée, laquelle, nous dit un desservant du sanctuaire hindou, a été bâtie sur les cendre d'un temple dédié à Vishnu. Ambiance... Un peu comme si, à Genève, Saint-Pierre était flanqué d'une mosquée ou que les catholiques rappellaient que la cathédrale fut la leur durant trois siècles et qu'elle a été bâtie sur une première église remontant ou IVe ou Ve siècle...

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  • En Inde, l'alcool, l'air des villes et le Gange sont frelatés

    L'alcool indien fabriqué localement est souvent frelaté, met en garde Lonely Planète. Des distillateurs y ajouteraient de l'alcool méthylique. Une pratique qui ferait des dizaines de morts par an. La mort dit aussi le guide n'est ici qu'un passage dans une long voyage, de vie en vie, dont les sages indiens ont tenté depuis des millénaires, sur les bord de l'Indus, puis, il y a 1500 ans, après la colonisation des Aryens, venus des steppes au nord de l'Afghanistan, de comprendre le sens, la forme et la raison, afin d'en raccourcir la durée et d'en précipiter le terme. Mourir à Varanasi serait une manière de mettre un terme au cycle des reincarnations dont on ne dit pas s'il est divin ou infernal. Un questionnement bien occidental au demeurant dans ces contrées où la fin ne justifie pas les moyens, car la fin demeurant inconnue, la sagesse consiste seulement à bien faire son chemin

    Dans une des deux mosquées, celle de l'est, qui gardent le Taj Mahal, l'Etat indien à fait installer une station de mesure de la qualité de l'air. L'air qui s'ecoule et envelope le joyau d'Agra est pur, affirment les instruments officiels. Ils prouvent que la pollution des villes - l'Inde est le 5e pays le plus pollué du monde, selon un article du Times of India du 3 février - n'atteint pas les proches campagnes...

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  • Les feuilles d'or de Sarnath et la sébillle des mendiants

    À Khajuraho, village de quelque 7000 habitants, des statues suggestives attirent la foule des touristes. Des investisseurs ont donc construit un aéroport. Une seconde aérogare tout en verre sera inaugurée l'an prochain. L'avion met ces temples de l'an 1000 à une petite heure d'Agra ou de Varanasi. Pour rejoindre cette ville sainte, vieille de 4000 ans et grosse aujourd'hui de plus d'un millions d'âmes, à son aéroport, dont la nouvelle aérogare porte le nom de l'enfant du pays, un premier ministre de l'Inde libérée du joug anglais, dont plus personne en Occident ne se souvient du nom tant les Nehru et autre Gandhi sont omniprésents, il faut plus d'une heure de route.

    On emprunte la même route chaotique et encombrée pour rejoindre Sarnath, où Bouddha commença sa prédication. L'hindou dit à ses cinq premiers moines, il y a 2500 ans environ, un sermon, qui est pour les bouddhistes ce qu'est pour les chrétiens le sermon de Jésus sur la montagne ou pour les Juifs la table des Dix Commandements ou encore les premiers versets du Coran pour les musulmans.

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