Europe - Page 3

  • A Genève, il y a presque trois fois plus de frontaliers que de protestants

    image.jpegA Genève, il y a presque trois fois plus de frontaliers que de protestants. Drôle d'entame pour un billet du Jeûne genevois. Qui dit cependant une vérité sur la Genève du XXIe siècle. Il y a cinq siècles, Genève était encore gouvernée par un prince évêque - dont un des prédécesseurs, le Savoyard Adhemar Fabri, né à la Roche-sur-Foron, avait accordé des franchises aux commerçants de la Ville. Plus pour longtemps.

    En 1517, Luther allait mettre le feu à la chrétienté et réussir un schisme grâce à une technologie naissante, qui permit de multicopier ses thèses: la presse de Gutenberg. 15 ans plus tard. Geneve adoptait la réforme et Calvin procédait à une épuration religieuse. Les catholiques devaient se convertir ou quitter la ville. Les biens de l'Eglise furent nationalisés. L'Hospice général est un héritage de ce temps là.

    La poignée de protestants qui tient encore les terres et biens des richesses de Genève s'apprête à commémorer le 500e anniversaire de la tentative de Luther de réformer l'église catholique. La Vie protestante , qui vit ses dernières heures pour renaître en novembre prochain sous le titre "Réformés", le magazine des prostestants romands, et le site ref-500.ch livrent dans son édition de septembre le détail des manifestations, dont le démarrage aura lieu à Genève. 

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  • Qui va reblanchir Ronchamp?

    Je n'étais jamais allé à Ronchamp. De loin l'église à l'air d'une barque qui fend des flots blancs. Le sanctuaire est courroné d'arbres qui ont grandi depuis sa construction sur les ruines d'une église bombardée durant la deuxième guerre. C'est un lieu de pèlerinage ancien. Il faut le rebâtir et le projeter, en ce début des années 50, prometteuses d'Europe unie, dans un XXe siècle en quête de paix sinon de pain après deux guerres et des dizaines de millions de morts et autant de gens meurtris et déplacés, entre deux nations chrétiennes, phares toutes deux de la civilisation occidentale, mais aussi d'empire du soleil levant contre un empire émergent.

    Une association naît et requiert un phare de l'homme nouveau grand prêtre de la matière moderne: le béton.

    Le béton vieillit mal. De tout près, l'œuvre de Le Corbusier fait peine à voir. Le vaisseau garde son élan, mais la matière s'effrite. La lèpre de la carbonatation érode la toiture, de longues fissures creusent les murs extérieurs, le crépi grossier s'est couvert de pollution et mouchette la peinture blanche.

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  • Au bar PMU "Le France", Salvan, Munich et François Lavergnat

    image.jpegJadis, la frontière entre la commune de Compesières, qui devint genevoise et suisse en 1816 (trois jours de fête durant le prochain Jeûne Genevois) et celle de Collonge-sous-Salève, qui, elle, demeura savoyarde, partie du royaume de Piémont Sardaigne, avant de devenir française en 1860 et frontalière depuis que Geneve draine près de 100'000 travailleurs d'un même bassin d'emploi, mais non résidents dans le canton...  Jadis donc, la frontière passait le long de la route d'Annecy.

     

    Deux tiers du village de La Croix-de-Rozon étaient donc sur le territoire de Collonge. Aucune maison n'existait en 1816. Il est devenu de part la volonté du Grand Conseil genevois qui déclassa quelques hectares (bien moins que dans d'autres lieux) le plus gros village de la commune de Bardonnex, elle-même née du divorce de Compesières d'avec Perly en 1821 et du divorce d'avec Plan-les-Ouates en 1851...

     

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  • Le ressentiment. Nice, Nietzsche, Dostojevski...

    Capture d’écran 2016-07-20 à 22.51.06.pngUne question me poursuit. Pourrais je un jour me retrouver dans la situation de piloter un 19 tonnes à travers une foule en liesse? J'ai posé la question hier aux cinq jeunes que j'ai guidé à travers la Tribune et le métier de journaliste (vérifier les faits, comprendre les ressorts du monde, les exposer rapidement et simplement...). "Non, non", m'a répondu une ado, qui n'avait pas sa langue dans la poche et affichait une belle maturité: "je ne pourrais pas tuer!" Je n'en doutai pas. Les autres sont restés.

     

    Impossible de se projeter dans la tête d'un tueur quel qu'il soit! Je sais pourtant qu'il y a des enfants tueurs, sans doute contre leur gré mais qui vivent dans une violence, un dénuement, un enfer qui n'a rien de virtuel ou de ludique. Et pourtant Dieu sait combien de jeux vidéo et de films glorifient la violence, la brutalité, le vice, l'inhumanité. Comment s'étonner que certains passent à l'acte.

     

    On connaît çes expériences où un expérimentateur commande à un quidam - vous ou moi - d'infliger des décharges électriques à un personnage qu'il faut faire parler pour une noble cause (sauver des enfants par exemple d'un danger imminent). Certains vont jusqu'à infliger des doses mortels au personnage qui joue la comédie. Tragique. Qui peut dire comment il se comporterait en situation de stress, de faiseur extrême, de guerre?

     

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  • Le dernier Euro?

    liberation les bleus.jpgHier soir, à Compesières alors qu'un chaud vent des moissons brassait les tilleuls faisant tomber leurs fleurs odorantes sur les tables des fans, un jeune garçon en maillot bleu a fondu en larmes. Il était passé 23h. Alors qu'on craignait l'injuste épreuve des tirs au but, la messe était dite grâce au coup de pied magistral et imparable. Le garçon était inconsolable et a fini dans la bras de sa maman, une belle en noir qui avait ceint le drapeau du Portugal autour de sa taille.

    Pourquoi pleures-tu, demandaient les amis autour de lui. Son grand-père répondit: Parce que son papa était pour la France. Hier et ce matin encore, de nombreuses familles ont été et sont ainsi déchirées.

    Merci l'Euro?

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  • Ecosia, le colibri et la Sicile


    Italie : des incendies, poussés par un vent fort, ravagent le nord de la Sicile

     

    Le colibri, c'est le mythe du pompier qui s'en va porter sa goutte d'eau contre l'incendie qui dévaste son environnement et qui se dit que si tous les colibris copiaient collaient sa bonne action, on viendrait à bout de l'incendie. Quand on visite la Sicile, on est frappé par les collines et les montagnes dénudées. Des siècles de razzias, d'exploitation, de rapines et d'incendies, pas tous naturels... Le parc naturel qui domine Cefalu vient d'être carbonisé. La mafia aurait lâché des chats arrosés de pétrole dans la garrigue. La montagne est brune et noire jusqu'aux portes de la cité.

     

    Les nouveaux conquérants débarquent sans armes mais pas sans ambitions. Comme leurs prédécesseurs, ils suscitent la crainte des populations autochtones. On les parque loin des circuits touristiques, sans trop savoir qu'en faire. Les renvoyer pour une part, les distribuer dans d'autres nations du puzzle européen qui n'en veulent pas.

     

    Et l'on se dit, dans un raccourci sans doute trop raccourci, que la Banque centrale européenne qui nourrit chaque mois de dizaines de milliards d'euros l'ogre pâque machine financiere et économique pourrait en distraire un pour cent pour payer des travailleurs affectés au reboisement des collines, ici en Sicile et ailleurs, s'inspirant entre autre du modèle israélien. 

     

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  • Il est difficile de penser l'Europe sans l'UE

    image.jpegLe 6 décembre 1992, Pascal Delamuraz avait inventé la formule du "Dimanche noir" pour qualifier le vote des Suisses contre l'Espace économique européenne. Les Suisses auxquels la classe dirigeante hors l'UDC et la presse unanime promettaient les pires avanies n'ont en fait guère souffert de ce non historique. La raison est double. D'une part, on a cru que la peur de lendemains difficiles suffiraient à convaincre le peuple de voter pour l'EEE. D'autre part, le vote acquis, le système (politico-diplomatique) suisse a tout fait pour réduire au maximum les conséquences négatives et pour titrer les opportunités de la nouvelle situation.

     

    Le jeudi noir 23 juin 2016 que le Brexit jette sur l'Europe connaîtra vraisemblablement la même issue. Londres comme la Suisse acceptera une formule de collaboration cousu main avec l'Union. On va tordre un peu les Traités et surtout les idéaux pour construire ce qui est déjà une réalité, une Europe à plusieurs vitesses et à géométrie variable. L'usine à gaz que les antieuropens peignent comme le Diable sur la muraille n'est pas près de disparaître.

     

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  • Le Brexit vu de Selinonte

    image.jpegJ'apprends l'issue du scrutin britannique, qui jette l'Europe dans l'inconnue et une nouvelle dislocation, depuis Selinonte, en Sicile. Personne ou presque ne connaît plus ce qui fut une brillante cité grecque, sise entre Agrigente et Marsala, pendant quelque 200 ans, il y a 25 siècles. Elle a été détruite, ses habitants sauvagement éliminés, par Carthage, un empire rayé de la carte par Rome, 200 ans plus tard.

     

    Des ruines de ces empires et confédérations, l'Europe a conservé, l'ambition durable de contester aux dieux le cours des choses, quelques mythes, des bribes de philosophie, les fondements de notre droit. Aujourd'hui, le peuple britannique a rompu un contrat, une alliance qui rendait l'Union plus forte face aux défis que les humains de ce temps ont à affronter. À ma connaissance, jamais un canton suisse n'a fait défection de la Confédération. 

     

    Les pessimistes diront que le vote de ce  23 juin est le début de la fin de l'Europe. Les optimistes répondront que l'Europe n'a progressé que dans les crises. Reste à savoir si elle a les moyens de surmonter celle-ci. Une majorité de Suisses, avant les Britanniques avait voter contre les bilatérales qui nous lient à l'Union et nous apportent de nombreux avantages. Pas assez sans doute face à la peur de ce XXIe siècle commençant: la peur de l'étranger, barbare forcément. 

     

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