Air du temps - Page 5

  • Le président Macron ensorcelle-t-il l'Afrique?

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    Et Genève, où d'importants musées publics et privés exposent des totems, des masques africains, des objets de pouvoir et de culte, et que cachent ses ports francs,  a-t-elle une politique de restitution de ces trésors aux pays spoliés par les colonisateurs, pillés par d'habiles acheteurs, mis sur le marché par des receleurs d'objets arrachés à vil prix à des migrants en quête de l'hypothétique eldorado occidental? 

    La question n'a été posée qu'à la toute fin d'un débat passionné et passionnant organisé au soir du 1er Mai par Gorgui Ndoye, journaliste sénégalais et directeur du site ContinentPremier.com. Personne parmi les quelques 200 personnes n'ont pu répondre. Qu'en pense Sami Kanaan? Le maire et ministre de la Culture de la ville de Genève n'a pas le poids d’Emmanuel Macron. 

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  • L'Europe "frigide et boiteuse"

    union europeenne carte.jpgA cinq semaines de l'élection du Parlement de l'Union des 27 ou des 28, les médias font des efforts pour parler de l'Europe . Le ton est souvent volontariste, comme s'il s'agissait de conjurer un sort que les sondages annoncent funeste: un émiettement accru des partis politiques, une montée des mouvements nationalistes, bref une ingouvernabilité croissante, un mal qui frappe tous les pays et qui pose un sacré défi à la démocratie, ce "pire des systèmes de gouvernance à l'exception de tous les autres" comme disait Churchill 1).

    Ce matin, Libération interviewe Olivier Guez. Le prix Renaudot 2017 (pour "La disparition de Josef Mengele", une oeuvre un peu scolaire, a jugé Jean-Michel Olivier) a publié sa Lettre à l'Europe, ce dimanche de Pâques à l'heure de la messe - un hasard? - sur le site de l'Obs, l'hebdo ayant commandé à divers écrivains et penseurs de lui envoyer une Lettre à l'Europe. Le texte n'est visible que par ceux qui paient, mais la Suddeutsche Zeitung l'a fait traduire et le publie en clair sur son site.

    "Mais qu'ont-ils fait de toi?" L'écrivain strasbourgeois bilingue désigne le coupable: "Ils". "Ils", les politiciens frileux  qui dirigent - ou voudraient guider - tes petites nations, depuis vingt ans. "Ils", qui t'accablent de tous les maux alors qu'ils t'ont construite frigide et boiteuse."

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  • Paul, un radicalisé déradicalisé?

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    "La Bible, un livre violent ?" Oui, dit Vincent Schmid, ancien pasteur de la cathédrale de Genève, dans son dernier blog, en écho aux attentats djihadistes et - mais Schmid ne le cite pas - à la thèse polémique d'un "islam conquérant", exposée dans un essai contesté du pasteur vaudois Shafique Keshavjee.

    Un homme violent peut-il changer? Oui, répond Schmid. Exemple: Paul de Tarse.

    L’apôtre était-il un radicalisé qui aurait été déradicalisé? Qui l'a remis sur le droit chemin? Comment? A-t-il suivi un cours de déradicalisation imaginé par un Gérald Bronner de l'époque?

     

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  • Un évêque à Genève. Acte V?

    pascal-desthieux-2-800x450.jpgEn prélude au 200e anniversaire du rattachement, en 1819, de l'évêché de Genève à celui de Lausanne et Fribourg, le vicaire Pascal Desthieux a brossé, à Notre Dame de Genève, en guise de 4e conférence de Carême et à grandes enjambées, l'histoire de l'évêché qui a uni, durant plus de mille ans, les chrétiens de Genève et ceux de Savoie. Ses évêques ont ensuite trouvé refuge à Annecy jusqu’en 1801, chassés par la Réforme  - "adoptée par Genève pour éteindre la dette due à leurs Excellences de Berne venue soutenir la ville contre l'impérialisme savoyard". Durant les 200 dernières années dans le giron suisse, les catholiques genevois, majoritaire dans le canton depuis 1860, ont assisté à quatre tentatives de reconstitution d'un évêché de plein droit. En vain.

    Faut-il rétablir un évêché à Genève? L'abbé Desthieux n'a répondu à la question qu'au terme d'un récit d'une heure, assez morne et qui a prudemment écarté les questions qui fâchent, les manquements de l'église de Rome, la nature propre d'un évêque, l’œcuménisme ou les peurs irrationnelles qu'alimentent aujourd'hui l'hypothétique irruption d'un califat islamiste en Europe ou le réchauffement climatique. Pas un mot sur la laïcité. Pas davantage sur l'athéisme pragmatique ou l'agnosticisme qui dominent désormais notre société libérale avancée, policée, multiculturelle et émiettée.  

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  • Et si on arrêtait de prendre l'avion

    libertation 3 avril.jpg"Pour votre pénitence, vous me direz deux Notre père et trois Je vous salue Marie..." Quand j'étais petit, je vivais dans une paroisse où la tradition était encore de rigueur. Mes yeux d'enfant ne voyaient pas la coercition personnel et le contrôle social qui pourtant s'y exerçaient: à l'encontre des couples protestant et catholique, dans l'abstinence et la frugalité - encore presque naturelle durant le Carême du moins - au lit comme autour de la table, où l'on signait le pain avant de l'entamer, dans le poisson du vendredi et le rôti du dimanche, dans le catéchisme qui enseignait que Dieu est tout puissant mais aussi qu'il faut aimer son prochain comme soi-même.

    Ici et maintenant, l'humain de s'aime plus. 

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  • L’oeil de Caïn et les grands dieux

    bouddha.jpgLa Légendes des siècles, formidable œuvre de Victor Hugo, m'a toujours impressionné. Me sont revenus ce dimanche printanier les alexandrins où le poète évoque l’oeil de Cain, le premier meurtrier de l’histoire: L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

    L’oeil de Caïn est associé à la conscience de son forfait qui le poursuit jusque dans la tombe. Naguère, il était coutume de dire que Dieu voit tout et sait tout sur tout. Dieu s’est retiré du monde. Du moins le Dieu des chrétiens. Et la conscience? Quel nouveau dieu va-t-elle révéler?

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  • L'écospiritualité de Marie Cénec, une démocratie-chrétienne peinte en vert?

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    Au bout d'une demi-heure de glose sur notre finitude 1), je me dis: comment une femme, dont le genre peut seul - jusqu’à présent - donner la vie, comment un esprit aussi vif, peut-elle parler de la mort à un auditoire dont l'âge moyen a dépassé largement celui de l'AVS.

    Cette mort est horrible témoigne l'oratrice qui s'y connaît. Pourtant,  elle est là, présente tous les jours. Pas un un ne passe sans que des millions de nos cellules meurent et se renouvellent. Jusqu'à l'instant final où, même si l'on croit en la vie éternelle, plus jamais ce ne sera comme avant.  

    Cependant, "à ne plus accepter de mourir – ce qui se traduit par les excès du transhumanisme ou du « prolongisme » – l'humanité est prise dans une fuite en avant qui semble contribuer de manière de plus en plus active à l’extinction de son espèce… C’est une forme de logique suicidaire dans laquelle notre espèce s’est engagée." 

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  • Le troisième combattant

    comite international emblème.jpgMais qu'est-ce qui les pousse à s'engager au coeur de la guerre, dans des causes apparemment perdues ces délégués du CICR, ces engagés de la coopération au développement, ces sans-frontiéristes de tout poil: médecins, infirmiers, ingénieursagronomes, pompiers, charpentiers... Le film de Romain Guélat et Jean-François BergerDocteur Junod, le troisième combattant, présenté hier soir à l'Alhambra - ne répond pas vraiment à la question. Est-ce que Survivor, donné ce soir à la Maison de la Paix dans le même cadre du FIFDH, y répondra mieux?
     
    Mais, dira-t-on, en ce temps sans perspectives, sans autres convictions (oserais-je écrire foi?) que celle de la peur de mourir du réchauffement climatique ou de l'ingestion de nourriture non bio et sans frontières, qu'importe la motivation personnelle, c'est l'engagement qui compte. Sans doute. Mais pourquoi si peu s'engage et pourquoi s'engage-t-on si peu? Pourquoi certains frères humains s'engagent-ils dans des causes humanitaires beaucoup plus que d'autres, parfois au péril de leur vie et souvent de leur carrière? Qu'est-ce qui les motivent? 

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