Confiner: dans quel sens vous l'entendez?

confine di stato.jpgConfiner a deux sens: enfermer et toucher à une limite. Confiner est le mot de 2020. Dans son premier sens, il dit ce que sera peut-être la Suisse demain, de gré ou de force: confinée, enfermée, comme d'autres nations européenne avant elle. Dans son second sens, il dit que la lutte contre le virus atteint ses limites: limite sanitaire, limite économique, limite éthique, limite politique, limite logique.

60% des Suisses sont pour le confinement, annonce Alexis Favre hier soir sur RTS1, qui n'a donné la parole qu'au camp du confinement. Dont acte. Et pour combien de temps? Être confiné dans un studio sans balcon n'a pas la même résonance que de l'être dans un six pièces ou un maison. Même avec le chant du voisin. Et quoi? On attend l'été que le virus couronné ait le bonne idée comme son compère le grippal de disparaître. Et l'hiver prochain, on fait quoi? On recommence?

[Note mise à jour à midi]

Oui, on confine aux limites. Restons-en aux gestes barrières - autre mot de 2020: se laver les mains, rester toujours à distance de quiconque, d'un mètre au moins, et que les personnes affectées d'une toux sèche, de fièvre, de rhume se mettent en autoquarantaine deux semaines et contactent leur médecin.

Alors que les terrasses seraient ouvertes en ce printemps radieux, où le merle siffleur s'entend partout dans la ville silencieuse, cette distance est possible même dans les bistrots et les parcs. Fixons des jours de sortie au besoin. Mais un confinement général n'a pas de sens et n'est pas durable. 

Et c'est là qu'entre en jeu la notion d'immunité de groupe. Si 95% de la population est vaccinée, il est possible d'envisager l'éradication d'un virus. C'est un objectif pour la rougeole. Problème, il n'existe pas de vaccin pour le covid 19. Il faut donc stopper sa propagation pour éviter l'engorgement des urgences et éviter l'effondrement du système de santé. Mais en étant strictement confiné, on ralentit certes la propagation mais on ralentit aussi l'autovaccination. 

Cette alternative que s'apprêtaient à vivre les Britanniques compte sur la réaction immunitaire naturelle, un mécanisme vieux comme l'homme, qui a jusqu'à présent permis à l'humanité de survivre à toutes les infections. Une idée folle qui coûterait des centaines de milliers de décès de personnes, trop âgées ou trop affaiblies pour produire ces fameux anticorps qui vont lutter contre le virus. 

Éthiquement intolérable, disent les éthiciens, le degré de civilisation d'une société ne se mesure-t-il pas à la manière dont le plus faible de ses membres est traité? 

Ces deux stratégies font l'objet d'études. La dernière, citée hier par Le Monde "Impact of non-pharmaceutical interventions (NPIs) to reduce COVID19 mortality and healthcare demand", dit bien qu'à ce stade des connaissances et en l'absence d'un vaccin qui ne sortira des labos avant fin 2023-2022, il faut tout faire pour traverser cette crise. L’épidémie devrait donc durer. Le confinement strict, lui, ne peut pas être durable. 

Et je ne vous parle pas de la crise économique. 

Quelle est donc la bonne mesure politique? A-t-on joué les cigales? Oui, dit le patron du Réseau national de sécurité ce matin dans la Tribune. On est toujours plus intelligent après. A-t-on manqué de prévoyance, ce qui est un comble dans un pays bardé d'abris antiatomiques? Où sont les Verts qui étaient au devant de la scène quand la peur du réchauffement climatique dictait l'agenda. Terrés chez eux?

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Le covid19omètre de l'Université John Hopkins ce 19 mars


Lire aussi: Covid-19, fin de partie ?! sur le blog de Jean-Dominique Michel


Le pape François, qui a défié lundi le confinement décrété en Italie pour aller prier Marie, a déclaré aujourd'hui qu'il fallait rester proche les uns des autres (tout en respectant la distance qu'impose la protection)

Demandons au Seigneur la grâce d'être proches les uns des autres ; ne nous cachons pas les uns des autres ; ne nous lavons pas les mains des problèmes des autres, comme l'a fait Caïn : non. Voisins. Proximité. Proximité. "Car quelle grande nation a les dieux si proches d'elle, comme le Seigneur notre Dieu est proche de nous, chaque fois que nous l'invoquons ?»

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[Et pendant ce temps, que font les Savoyards? Ils ont repeint leur drapeau dimanche au Salève, dit Dauphiné.]

Commentaires

  • L'immunité de groupe ? L'Europe l'a d'abord choisis, mais a du rectifier le tir partiellement.
    Les consignes en Suisse, montrent que l'immunité reste la priorité. On est loin du confinement à la chinoise.
    Le confinement est lié aux capacités hospitalières, d'où une France et Italie plus restrictive, et une Allemagne moins

    Les spécialistes s'attendent à un retour en automne si il disparaît à l'été, voir que ce virus devient saisonnier. Mais cette fois-ci, il y aura moins de cas, et certainement il y aura plus de solutions pour les cas graves.

    Notre confinement ne stoppe pas le virus donc ne stoppe pas l'immunisation de groupe, il freine sa propagation, c'est tout.

    Quant à l'économie, elle a besoin d'une population en confiance et non en panique. De plus, rien de mieux que de faire sentir aux gens qu'ils sont moins important que l'économie, pour déstabiliser une société.
    A l'heure d'une remise en cause de notre système, les opposants aux confinement pour protéger ce système, en fait, creusent sa tombe. La population peut faire cette réflexion : Non seulement ce système bétonne et diminue notre qualité de vie, mais il se moque de notre santé.

    Tout est question d'équilibre, notamment dans la gestion pour la contamination de la population et de son immunisation.

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