Genève, 14'551 avant Jésus-Christ (Août)

SEymaz balade.jpegMais que s'est-il donc passé en août 14'551 avant Jésus-Christ? Un événement que les gazettes et les chroniques n'ont pas conservé dans la mémoire genevoise mais que révèle "Entre Terre et Eau", page 106, un ouvrage d'un bon kilo imprimé à Genève et payé par nos deniers (enfin surtout le denier des riches de ce canton, car bien des habitants ne paient à la collectivité que la TVA et leur cotisation maladie et encore). Il vient d'être édité par Infolio éditions à Golion sous la direction de Marcellin Barthassat avec ses compères Yves Bach, Daniel Künzi, Christian Meissner et Jacques Menoud

En août 14'551 donc fondait le dernier bloc de glace de la dernière glaciation dans la dépression au lieu-dit Sionnet, entre Choulex et la Pallanterie, où coule la Seymaz, la seule rivière entièrement genevoise. 

Plaine de la Seymaz.jpg

Leur oeuvre il y a 20 ans fut de détruire le canal de béton qui enfermait le ruisseau afin de le laisser (un peu) divaguer alentour les jours de grosses pluies. Un travail de pionnier, dit l'ouvrage. Ou comment les urbains qui n'ont plus peur de la faim s'offrent une promenade au milieu de leur nature. "Entre Terre et Eau" ne cite pas la renaturation de l'Aire, achevée il y a peu, et celle, actuelle, du Foron voisin, mais il en est le précurseur à Genève et dit que le chantier de la Seymaz n'est qu'au milieu du gué. Reste à convertir les paysans (rebelles) à la permaculture, à l'agroforesterie et à l'abandon total des pesticides de synthèse.

On y est. Cette année 2020 verra les Suisses dire s'ils soutiennent les verts fondamentalistes dans cette aventure - initiative eau propre et initiative sans pesticides de synthèse - ou s'ils suivent la pente plus douce que leur propose le Conseil fédéral avec son sixième plan quadriennale agricole 2022, publié cette semaine.  

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Treize mille ans plus tard, soit en 1730 après JC, le cadastre sarde note la présence d'un marais entre Meinier et Choulex. Encore 25 ans, une génération, et voilà, dit le traité de Turin de 1754, la Seymaz qui marque la frontière entre un Mandement de la ville de Genève et le royaume de Savoie. A noter que c'est à partir de ce traité que les grands bourgeois de Genève ont acquis des propriétés en terre savoyarde et que se créent des belles et grandes demeures flanquées de communs. Les terres, dit le traité, doivent être affermée à des paysans catholiques. C'est ainsi que les Barthassat ont migré de derrière le Salève à Landecy chez les Micheli... 

Deux siècles plus tard, on est au début du XXe siècle, le manger local ou plutôt le manger tout court - les famines et disettes étaient encore courantes - conduise à des opérations de drainage des marais. On aligne les parcelles et les chemins au cordeau. Genève grandit. Il y a toujours plus de bouches à nourrir. Et la Grande guerre, celle de 14, voit la Suisse mal préparée.

Après la Seymaz, viendront la plaine de l'Aire et les marais de Troinex et quelques autres cuvettes, tandis que le développement du canton enlève à l'agriculture des milliers d'hectares de bonne terre. Plainpalais, puis La Praille ou l'on installe la gare aux marchandises - l'idée était alors de connecter le rail au transport fluvial, un port était prévu à la Queue d'Arve pour accueillir les chalands du canal du Rhône au Rhin...

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La terre tourne. Les gens d'ici n'ont plus peur de la faim. Ils seraient plutôt enclins à l'obésité. Les supermarchés débordent de nourriture tous les mois de l'année. Il faut redonner à la nature ses friches, au rivière leur lit, au marais leurs eaux. Les urbains tirent des plans, votent des crédits sans trop se préoccuper ni de l'histoire récente ni des agriculteurs. Chacun a dû mettre de l'eau dans son vin. En particulier les renaturateurs qui se crurent en terrain conquis. En deux pages (14 et 115), Gilles Mulhauser, alors directeur de la nature et du paysage, fait un petit, tout petit mea culpa.

C'est peu pour un ouvrage de 320 pages, illustré de belles images, largement pensé par des spécialistes et rédigé dans un verbiage un peu pesant. On vous livre cette dernière phrase, page 299: "Il en résulte certes une réalisation, mais une conviction à poursuivre cette démarche de transversalité des compétences écologiques et sociales. Une manière de renouveler nos "itinéraires" vers de nouveaux imaginaires, au service de la biodiversité et des humains."

Bref, un projet qui, selon ses concepteurs, est loin d'être terminé et qui a abouti à une sorte de nature muséographiée pour le bonheur des urbains promeneurs sans égards particuliers pour l'agriculture et les agriculteurs qui en tirent notre pain quotidien.

A quel prix tout cela? Nulle part "Entre Terre et Eaux" ne donne d'information à ce sujet. 

 

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