La flèche de vérité

marmite brisee papillotte.jpg"Quand du lances la flèche de vérité, trempe la pointe dans du miel." En signant mon dernier billet en forme de coup de gueule, je n'ai évidemment pas suivi ce proverbe arabe, lu dans une papillote enveloppée dans les couleurs de Genève en ce temps d’Escalade.

Si les fonctionnaires genevois sont des privilégiés dans le monde du travail dans ce canton, les véritables privilégiés sont évidemment les héritiers, les doués, les entrepreneurs à succès, les rapides aussi, quoique dans ce monde de héros, tous ne sont pas à la même enseigne. "Le prix du sport", une intéressante série entendue cette semaine dans Vacarme sur la RTS, montre combien d'athlètes d'élite en Suisse peinent à boucler les deux bouts et paient longtemps, y compris pendant leur retraite, les sacrifies consentis pour monter sur des podiums.

Merci à ceux qui ont pris la peine de commenter ce coup de gueule. Je ne les ai pas tous publiés car l'intention n'était pas d'ouvrir des polémiques vaines comme on en lit parfois trop souvent dans les réseaux sociaux. En voici un à titre d'exemple:

"Voilà un commentaire réducteur et caricatural du fonctionnaire. Tout y passe; la sécurité de l'emploi, le "super" salaire, le petit travail tranquille, etc.... Ah, et ce n'est pas vrai ? C est quoi cette propagande haineuse d'extrême droite libérale qui est bourrée d'approximations et de préjugés?"

Je n'ai pas publié ce commentaire parce qu'il ne fonde pas sa critique. Le licenciement n'est évidemment pas impossible dans la fonction publique genevoise, mais sa mise en oeuvre réclame de la part de la hiérarchie qui s'y risque de la ténacité et la construction d'un dossier sans faille. Le tribunal administratif est bien plus sourcilleux que celui des prud'hommes. Il est d'autre part assez logique de penser que puisque la loi définit le service public, procéder à des réductions d'effectifs dans un secteur peut être interprété comme une réduction potentielle de service et donc une violation de la loi. Un argument que les syndicats exploitent régulièrement.

Je n'ai a aucun moment dénigré le travail des agents du service public. Leurs tâches sont souvent lourdes et stressantes. Sur ce plan, leurs conditions de travail ne sont ni moindres ni pires que celles des travailleurs du secteur privé. Mais il est évident que dans le secteur privé chaque poste et chaque personne qui l'occupe est régulièrement évalué quant à son économicité et aux objectifs (lesquels varient en fonction des humeurs du marché et donc des consommateurs et des concurrents qui ne sont pas tous installés en Suisse ni même à Genève). C'est bien moins le cas dans le secteur public qui est doublement protégé par la frontière nationale mais, en Suisse, par la frontière cantonale. Pourtant, les comparaisons de coût et de qualité devraient être possibles entre les cantons qui tous livrent peu ou prou les mêmes services au public, surtout quand ils sont fixés dans des lois fédérales. Connaissez-vous beaucoup de données à ce sujet?

Je n'ai pas non plus dit que les fonctionnaires touchaient un super salaire, mais que, à Genève, les salaires des classes de fonction les plus basses étaient généralement plus élevés à fonction identique que dans le secteur privé (ce rapport s'inverse pour les classes de fonction les plus élevées qui, elles, ne touchent pas comparativement de super salaires et touchent bien moins d'autres avantages, plus ou moins usuels dans le secteur privé).

Quant aux approximations que me reprochent ce commentateur, j'attends de les connaître. Je lui suggère de consulter les articles 33 à 37 du règlement la loi sur le personnel (B5 05.01) qui énumère tous les jours de congé liés à quelques événements de la vie. Combien de conventions collectives en Suisse en énumèrent autant et à un tel niveau?

Evidemment, ces avantages devraient être la norme pour tous les travailleurs. C'est l'argument du Cartel qui dit se battre aussi pour tous les travailleurs genevois. Sa générosité est confondante, mais bien peu efficace. Et il est permis de se demander si ses revendications pour ses membres ne mettent pas en péril la situation de tous les autres travailleurs.

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Je n'ai pas non plus publié ce commentaire signé un ancien fonctionnaire: "Les c... ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnait. (...)"


Je n'ai pas non plus publié ce commentaire:

"Il est évident que Genève compte beaucoup trop de fonctionnaires. Zurich, pour le double d'habitants en compte que la moitié de Genève !"

Cette comparaison est biaisée et impropre à fonder un argument. La raison tient au fait que le canton de Zurich gère un peu plus de la moitié du service public du canton, le reste est le fait des communes. A Genève, le canton produit plus de 80% du service public contre moins de 20% pour les communes genevoises. Il faut toujours se méfier des comparaisons intercantonales en Suisse. (Sur Genève et Zurich, j'ai publié plusieurs blogs: ici et notamment)

Commentaires

  • Je ne sais si les c... ça ose tout. Mais il est certains que le Conseil d'Etat n'ose plus rien en matière de fonction publique. A preuve le commentaire sidérant de Mme Nathalie Fontanet à propos du budget genevois 2020, enregistré par un journaliste de la TdG : " Je ne peux pas attester que chaque nouveau poste se justifie" !!!!
    Ainsi, même notre ministre des finances renonce à assumer ses responsabilités, en l'occurrence d'arbitre. Le courage et la raison semblent avoir définitivement déserté le Conseil d'Etat. Où allons-nous ? Pauvres de nous, les citoyens !

  • @ M. Mabut :
    Excellent rappel de la situation qu'on feint souvent d'ignorer à Genève, surtout lorsque ça arrange :

    "La raison tient au fait que le canton de Zurich gère un peu plus de la moitié du service public du canton, le reste est le fait des communes. A Genève, le canton produit plus de 80% du service public contre moins de 20% pour les communes genevoises."

    A ce propos, je ne cesse de regretter amèrement la loupée magistrale de la Constituante qui a ignoré la réorganisation des tâches entre le Canton, la Ville et les communes genevoises dans la Constitution.

    @ Pierre Kunz :
    Je partage votre commentaire, sauf que je vous trouve bien sévère avec Nathalie Fontanet. Ce qu'elle dit est évidemment un aveu d'impuissance, mais la responsabilité en incombe au Conseil d'Etat, pris au sens collégial. Comment voulez qu'elle vérifie l'ensemble des nouveaux postes créés dans les départements administrés par ses pairs ? Cette dérive budgétaire est bien de la responsabilité de l'ensemble du collège gouvernemental.

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