A Bardonnex, la chute du PDC est brutale

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Libération fait ce matin le tour des grandes villes de France à quelques mois des élections municipales. Le champ politique y est méconnaissable depuis l'élection de Macron, un ex-ministre socialiste de l'Economie du gouvernement Hollande, qui fait une politique que ne dédaignent ni ce qui reste des démocrate-chrétiens en France ni ce qui fait figure de PLR dans l'Hexagone, Les Républicains. 

Le génie suisse (une fondue à six fromages, cf ma note précédente) a permis aux Verts un score canon sur fond de peur climatique. Mais pas que. Les élections fédérales 2019 signent aussi un autre changement bien plus profond.

Le monde est déboussolé car les anciens croyants ne croient plus à leur croyance.

Je parle du PLR, le grand vieux parti, qui, sur un fond protestant et humaniste, a fait la Suisse moderne, qui croyait dur comme fer à la valeur de la propriété privée et de la saine concurrence dans un marché libre. Il est aujourd'hui sans voix face au déversement de milliards de facilités monétaires (quantitative easing pour les initiés) et des taux d'intérêt nuls qui menacent les rentiers pépères tandis que les financiers les plus futés tirent leur épingle du jeu à grands risques. Leur modèle, les Etats-Unis, sont méconnaissables.

Je parle évidemment des PDC qui sur un fond catholique croyait à la doctrine sociale de l'Eglise et au personnalisme de Mounier, même si, sur le plan des mœurs, ils se sont résolus depuis quelques lustres au divorce avec Rome. En ce temps où les bébés sont conçus en éprouvettes, naissent un à deux mois avant terme et meurent tardivement, entretenus qu'ils sont par un business médical lucratif, les curés s'accrochent au mythe du début et de la fin de la vie naturelle, alors que nos entrailles hébergent plus de bactéries que notre corps contient de cellules. 

Je parle aussi du Parti du Travail, fidèle de la doctrine marxiste-léniniste puis du communisme stalinien. Aujourd'hui, le communisme, c'est au choix la Chine (qui tente la fondue moitié moitié: propriété privée et primat du parti) ou la Corée du Nord et toute une kyrielle d'autres dictatures, où la seule chose que l'on partage, c'est la pauvreté. Voyez le Venezuela, Cuba, l'Angola... Quant à la Russie, elle est redevenue un empire, une démocratie illibérale comme on dit aujourd'hui. 

Je parle encore du Parti socialiste, qui a tôt divorcé de l'idéologie marxiste, encore que certains de ses éléments croient encore aux lendemains qui chantent. La solidarité socialiste, c'est celle des riches (des doués, des futés, des rapides, des opportunistes) que l'Etat, forcément vertueux, contraint au partage. Ses militants sont, la plupart et à Genève, protégés par ce même Etat qui est leur employeur généreux et peu exigeant et, pour beaucoup, aussi le propriétaire de leur logement. Le PS vit dans un cocon et fait ami-ami avec les riches car sans les riches le PS meurt. 

Libéralisme protestant, Capitalisme social et catholique ou marxisme bon teint et leurs variantes ont fait l'Europe et le monde tel qu'il est. Ces trois courants sont en voie non pas de disparition, mais de réinvention face à une monde en plein bouleversement. 

Les Verts doivent une partie de leur succès au fait qu'ils croient, eux, que l'humain - seul dans les cieux mais plus seul dans l'univers que nos Nobel locaux disent peuplé de milliards de planètes terres - que l'humain donc peut (doit) être plus sage (plus Dieu) qu'il ne l'a jamais été.

Et qu'un jour sans viande ni poisson (pour commencer), qu'une taxe sur les carburants (avant de bannir les bagnoles), qu'une agriculture bio (mais sans ogm) et locale, que la fabrication chez soi ou dans un alterbistrot de ses savons et autres détergents et d'objets divers façon Fablab, bio, durables et sans plastique, que des frontières ouvertes et une Suisse européenne et solidaire, qui force ses banquiers à se labelliser verts aussi, est prometteur d'une société forcément plus juste, progressiste, solaire et sauvée de l'enfer climatique annoncé.

Et Bardonnex dans tout ça?

Bardonnex a un conseil municipal de 17 membres, 12 PDC et proches et 5 PLR et proches. Zéro Vert, zéro socialiste depuis que Bardonnex Alternative a déposé les armes, en 2015, faute de candidats. Et voilà que les vieux combattants de BA annoncent leur retour avec comme tête de liste l'ancien député socialiste Christian Frei. A l'aune des résultats de ce dimanche, le conseil municipal de 2020 devrait ressembler à l'image qui illustre cette note (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Car, me dit Tobi, le robot journaliste de la Tribune de Genève (voir ici et là), le PDC est en fort recul à Bardonnex (-9,6 points). Mais chacun sait qu'une élection municipale n'a pas grand-chose à voir avec un scrutin national.

Et même si Bardonnex Alternative devait obtenir 7 sièges en mars 2020, qu'en fera-t-il? Sera-t-il partisan de construire l'école communale à Compesières ou une école ouverte sur la France voisine à La Croix-de-Rozon ou encore partisan d'une fusion de Bardonnex avec Plan-les-Ouates ou encore d'une réforme plus ambitieuse de la gouvernance communale? Je me réjouis de lire les propositions de Monsieur Frei (et des autres concurrents évidemment). A suivre.

 

Pour info: Le texte généré automatiquement par Tobi concernant Bardonnex

Le parti des Verts dépasse le PDC à Bardonnex

Bardonnex a majoritairement voté en faveur de candidats Verts pour repourvoir les douze sièges dévolus au canton de Genève.

Ce dimanche, ce sont les démocrates-chrétiens qui ont le plus perdu du terrain. Ils baissent désormais à 16,0% (-9,6%). Bardonnex a changé de bord politique depuis les dernières élections de 2015. Le parti des Verts y est désormais plus fort que le PDC, ancien leader de la commune.

Enorme progression verte
La vague verte annoncée par les sondages a effectivement inondé la commune. Les Verts enregistrent une importante avancée, avec un gain de 14 points depuis 2015. Avec 26,1% des suffrages, le parti est la première force politique de Bardonnex. Dans le canton de Genève, les Verts remportent 25% des voix. Ce score se situe bien au-delà de la moyenne nationale.

Les Vert'libéraux, eux non plus, n'ont pas à rougir de leurs résultats dans la commune. Ils obtiennent un résultat de 5%, soit 3% de plus qu'en 2015 ( 5% dans le canton).

Participation correcte
La participation dans la commune est de 49% – soit bien moins qu'il y a quatre ans (-6%) La commune comptabilise 11 points supplémentaires que la participation cantonale. La moyenne suisse est quant à elle de 45,1%.

Lucie Monnat avec l'aide de l'algorithme Tobi 

Commentaires

  • On devrait insister sur l'universelle fracture sociale grandissante avant tout au point de pouvoir dire bientôt que les classes les plus modestes sont aux élites et autres premiers de cordée ce que sont les animaux aux êtres humains.

  • Excellente analyse, comme d'habitude, merci JEF!
    Reste à savoir si comme d'habitude le résultat fédéral de Bardonnex n'aura presque rien à voir avec celui municipal à venir: pas si sûr; et pas si sûr que les réalités et problèmes locaux n'auraient que peu de lien avec la sauvegarde de l'environnement.
    En effet, par exemple, durant ces dix dernières années les citoyens soucieux de desserte TPG de Landecy et de réduction efficace du toxique trafic automobile dans leur village se sont heurtés à une remarquable mollesse des notables PDC qui, comme on le sait, règne en maître quasi absolu à Bardonnex. J'en connais qui ont ainsi naturellement modifié leur vote fédéral et ferons de même lors des prochaines élections municipales.

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