Genève, rouge de honte?

pfq Genève 2020-2023.jpgL'excédent de charges de 590 millions de francs, annoncé ce matin par le Conseil d'Etat genevois, doit se comprendre pour deux tiers comme une insuffisance de revenus. En effet, c'est la baisse des impôts des entreprises - la fameuse RFFA votée ce printemps par les Suisses et les Genevois,  qui explique un déséquilibre attendu. L'autre tiers est dû à l'augmentation des subsides aux assurés maladie (un projet conçu pour acheter les suffrages de la gauche en faveur de la RFFA. En vain. Bref, une nouvelle louche de politique sociale pour payer un système de santé en folie).

La dette du Canton va donc augmenter: de 2,5 milliards d'ici 2028, dit le plan financier, rendu en même temps  que le budget (bravo!).

Genève, rouge de honte? même pas. Chacun fait l'autruche. L'Etat de Genève peut emprunter à 0% voire à moins, le déficit n'est donc pas une catastrophe... Et puis, la dette, ce sont des routes, des égouts, des écoles, le CEVA, les HUG, UniGe... ce n'est pas rien.

Pour la paix des ménages (politiques), mieux vaut un déficit que des coupes trop claires dans les dépenses.

On pourra reprocher au Conseil d'Etat  de n'avoir pas anticipé la situation, en serrant davantage les boulons de l'Etat, et de n'avoir pas su faire davantage participer les communes aux charges - notamment aux charges sociales. Mais, à la décharge de l'Exécutif, il faut bien admettre qu'il n'y a plus, depuis un ou même deux lustres, de majorité à  Genève pour un tel exercice rationnel d'équilibre des comptes.

Le moulin à dépense tourne à plein, mû par les meilleures intentions du monde. Or une fois que vous avez créé ou augmenté un service de l'Etat, il est impossible de le défaire. Toutes les forces se liguent à la moindre tentative, y compris évidemment celle des fonctionnaires concernés qui savent mieux que tout le monde combien leurs tâches sont indispensables. C'est ainsi qu'il y a à Genève plus de spécialistes de l'agriculture et de la nature que de paysans. Tout un monde vit de l'expertise, des avis de droit, des sermons sur le bien manger, le bien vivre, le bien enfanter, le bien recycler, le bien trier et désormais - au regard de ce qu'on entend sur le front du réchauffement - le bien penser...

«L'ampleur du déficit et de la croissance des charges sur l'exercice 2020 reflètent la mise en œuvre de réformes essentielles», dit la ministre libérale des Finances, citée par la Tribune. Et d'ajouter qu'une "réflexion sur la pertinence et l'efficience des prestations était nécessaire, ainsi que la recherche de recettes supplémentaires».

Nous voilà rassurés.

La croissance est donc plus que jamais à l'ordre du jour. 

Quand devrons-nous payer la facture? Et qui la payera?

Il faut espérer que la petite minorité des habitants qui la paie aujourd'hui n'ait pas l'idée de migrer ailleurs. Heureusement, le Pays de Vaud n'est pas moins gourmands à l'encontre des riches que les Genevois et l'accès au canton par la route ou le rail ne va pas aller en s'améliorant. S'exiler à Zoug ou à Schwitz ou à Glaris, c'est quand même dur dur. Et même si le CEVA met Evian à 20 minutes de Genève, pas sûr que nos grandes fortunes se réfugient en France...

Genève est le canton qui exploite le plus son potentiel fiscal. Il n'a donc théoriquement qu'une marge de manoeuvre plus faible que tous les autres pour augmenter la ponction fiscale. Le tableau ci-dessous montre que le Canton et ses communes est le champion suisse de la recette fiscale.  (Source: OCSTAT août 2019) NB: il faut toujours additionner le canton et ses communes pour comparer car à Genève les communes ne pèsent que 20% du total tandis qu'à Zurich, elles pèsent 45%)

potentiel de ressources Genève ocstat 2019.jpg

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