Et si c’était moi?

Et si c'était moi ? Cette question me poursuit depuis que mon cousin Benoît a fait connaître urbi et orbi qu'il souffrait d'un « cancer au stade 4 avancé ». Facebook, le premier média du monde, qui a recueilli cette annonce, bruit de nombreux commentaires (plusieurs centaines), où l'émotion, la tristesse le disputent à la résistance, au combat qu'il doit mener, aux trèfles à quatre feuilles et autres emoji quand les mots manquent.

Un seul est signé d'un proche parent. La pudeur nous tient-elle en marge du réseau social et nous confine-t-elle à un courriel, à WhatsApp, à une visite, au silence?

Il doit être réconfortant pourtant de lire ces commentaires rassemblés parfois très courts, parfois plus longs. Des messages qui peuvent être aussi contraignants pour les "amis" du réseau qui ne savent pas qu'ajouter face à... cette fatalité. En être ou pas, telle est la question?

Fatalité, hasard, nécessité. Jadis ici - et en bien des lieux encore - la maladie était le signe d'une malconduite, une punition des dieux. Pensées insensées. Qu’est-ce aujourd’hui: un dysfonctionnement, une malchance, une injustice, un défi, un scandale? Dans 20, 30, 50 ans - autant dire dans un rien de temps-, notre ADN sera-t-il, dès avant notre conception ou juste après, recodé, debugué pour réduire le risque du cancer dans une famille qui compte plusieurs victimes, dont le père de Benoît et ma mère?

Et si c’etait moi? Je ne sais franchement pas comment je réagirais. Combattant, fataliste, un peu des deux? Personne ne sait sans doute. Qu’ajoute le poids des ans?

On se sent démuni, dépossédé, pauvre en mots et en actes, plein de peurs aussi malgré la croyance, la confiance, l’espérance qui peut nous habiter. Et l’on se surprend à trouver dans la routine des jours qui s’ajoutent aux jours une forme de fuite, une sorte de déni. The show must go on.

A Benoît et à ses proches, je ne peux que dire mon amitié, ma compassion, leur souhaiter force, confiance et courage. A cette heure, je partage volontiers les mots du Pr Morel* et ce commentaire parmi les 526 déjà postés sur Facebook:

« Courage moi aussi j’ai un stade 4 on m’a donné 2 semaines, inopérable .... Maintenant il y a plus de deux ans et je me sens bien ! Il y a les contraintes des traitements mais pour le reste il faut rester OPTIMISTE c'est la base. On a quand même le droit d'avoir quelques moments de blues, le contraire ne serait pas normal. »

Prier, pour les croyants, c’est être  en relation, en communion. Parfois, cette inaction ardente fait des miracles, bouleverse notre espace-temps. La médecine aussi, parfois, la chance, les étoiles, la lutte font mentir les pronostics. Il y a tant de choses que nous ne savons pas.

 

* « Cher Benoit, bien sûr nous sommes bouleversés par cette nouvelle ....et par ton message ! Mais ta lucidité, ton courage et ta volonté, ainsi que le soutien de tous ceux qui t’entourent, qui t’aiment et t’apprécient vont te permettre de mener le combat que tu dois maintenant affronter pour vaincre la maladie ! Tu le sais la situation est très sérieuse, mais on le sait il reste un espoir réel de sortir de cette maladie ! Parmi d’autres, un proche ami en politique s’est trouvé dans une situation similaire .....aujourd’hui, des années plus tard, il écrit des projets de loi ...... vois cet espoir concret et réel, bats-toi, nous serons nombreux à tes côtés , en plus évidement de ta chère famille, à te soutenir et à espérer ! Courage l’ami ! »

 

Commentaires

  • Témoignage poignant.

    La force et la volonté de vivre sont un atout et vous avez raison de mettre l’accent sur elles. Tout autant sur la présence des proches, de la famille, des amis.

    Je sais tout ce que cela implique de sentiments, j’ai connu cela de près lorsqu’on a annoncé à mon ami qu’il était atteint d'un cancer inopérable.

    Il a vécu autant qu'il a pu, je l’ai accompagné,

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