Raté mais beau. Réussi mais morne

pavot large.jpgLes paysans suisses ont peur de la vague verte. Non pas tant celle qui ajoutera quelques écologistes parmi les 244 élus de l'Assemblée fédérale - un peu de vert dans le gris ne fera pas de mal -, mais celle qui pourrait inciter les Suisses à adopter deux initiatives en 2020. L’une est intitulée «Pour une eau potable propre et une alimentation saine» et l’autre «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». 

Du coup, la corporation se met en ordre de bataille et se démultiplie pour tenter de persuader les Suisses que "Nos plantes ont besoin d'être protégées" ou dans un registre plus émotionnel "Nous protégeons ce que que nous aimons". 

Ce n'est pas gagné car la méconnaissance est grande et croissante de ce qu'est effectivement la production de denrées alimentaires saines dans des conditions économiques profitables à tous, y compris aux consommateurs.

blé devant la mure.jpegLa photo qui illustre ce billet et la photo ci-dessus montrent deux champs de blé. Le premier est magnifique, de l'avis unanime de tous ceux qui le découvrent, entre Charrot et Landecy. Le second morne ne suscite aucun commentaire particulier. Du blé que du blé.

Le premier est le résultat d'un traitement  manqué. L'autre est le résultat d'un traitement réussi. En regardant attentivement, on découvre dans la première image (ci-dessous aussi) quatre minuscules points dans le champ fleuri. Ce sont des ouvriers agricoles qui coupent et ensachent des lampés (rumex), une vraie mauvaise herbe plus redoutable que les pavots. 

pavot rumex landecy.jpeg

Au-delà du choc esthétique des photos, on notera que les Suisses, qui s'apprêtent à voter ces deux initiatives avec les meilleures intentions du monde, n'imaginent sans doute pas renoncer aux médicaments et autres vaccins et thérapies de synthèse qui promettent d'atténuer leurs douleurs ou de leur accorder quelques années de vie en plus. 

Mais les mots ont leur poids. Les traitement appliqués par les agriculteurs sont chimiques, ont des noms qui se terminent en cide et sont synthétisés par des industriels sans patrie qui ont les yeux rivés sur le profit. Difficile de lutter contre ce genre de discours. 

J'ajoute quatre choses à ce débat très passionnel

Le souffre et le cuivre que les viticulteurs appliquent sur les vignes contre le mildiou et l'oïdium sont réputés bio car composé de minéraux réduit en poudre. cependant cet épandage pollue autant sinon plus la terre au point qu'une  parcelle de vigne est jugée impropre à la culture d'autres plantes...

Les tomates genevoises GRTA qui poussent sous serre plongent leurs racines dans un substrat de déchets de coco irrigué d'un jus nutritif recyclé qui entre autre les protège des parasites vivant dans la terre. Elles n'ont pas droit au label bio (bien que plus bio que bio). Les dix sont dix fois plus productive au m2 que la culture de pleine terre. Cependant les serres ne sont pas comptées dans les surfaces d'assolement, que chaque canton doit détenir selon la Confédération pour pouvoir nourrir les Suisses en cas de crise. 

Les corneilles adorent les graines de maïs, de soya, de tournesol que les agriculteurs sèment au printemps.  Un paysans qui vient de se convertir au bio voient impuissants les volatils picorer sans crainte en suivant pieusement la ligne. Il appelle le garde-faune qui lui est habilité à tirer sur les oiseaux pour les effrayer. La mesure fait rigoler les corneilles. "Je vous en ferai livrer une congelée" dit le fonctionnaire s'en retournant. "J'ai beau les planter au sommet d'une perche, les renards sautent si haut qu'ils me les volent." Que faire? L'Etat de Genève indemnise les culture détruite par la faune à hauteur de plusieurs centaines de milliers de francs chaque année. 

Les Suisses consacrent 12% du PIB à la santé et à peine plus de 6% à se nourrir. (Chiffres officiels) Cherchez l'erreur.

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