Paul, un radicalisé déradicalisé?

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"La Bible, un livre violent ?" Oui, dit Vincent Schmid, ancien pasteur de la cathédrale de Genève, dans son dernier blog, en écho aux attentats djihadistes et - mais Schmid ne le cite pas - à la thèse polémique d'un "islam conquérant", exposée dans un essai contesté du pasteur vaudois Shafique Keshavjee.

Un homme violent peut-il changer? Oui, répond Schmid. Exemple: Paul de Tarse.

L’apôtre était-il un radicalisé qui aurait été déradicalisé? Qui l'a remis sur le droit chemin? Comment? A-t-il suivi un cours de déradicalisation imaginé par un Gérald Bronner de l'époque?

 

Le sociologue français, auteur de "La démocratie des crédules", vient de publier un nouveau livre sur le sujet, "Déchéance de la rationalité", une sorte de reportage dont il est le héros. Il y raconte comment il a accepté d'être embrigadé dans le premier centre français de déradicalisation, comment il imaginait reprogrammer la tête de quelques jeunes écervelés, djihadistes en herbe, en leur inculquant l'esprit critique, soit la capacité à se méfier de ses croyances, même les plus enracinées, celles qu'on poursuit malgré tout, malgré les preuves évidentes fournie par la rationalité républicaine et laïque, dont Bronner est un fervent défenseur, parce qu'il n'est pas si facilement d'admettre qu'on s'est trompé et/ou que celui ou ceux en qui on a mis sa confiance nous ont trompé. 

Alors Paul, un radicalisé déradicalisé? La question de la nature de la croyance est vielle comme le monde qu'elle empoisonne, dirait Jean-Claude Carrière.  

Vincent Schmid n'aborde pas le problème sous cet angle. Il rappelle qu'avant de se faire appeler Paul, ce jeune intellectuel juif s'appelait Saül, qu'il était allé quérir une lettre de mission auprès du grand prêtre des juifs à Jérusalem car son plan était d'épurer la synagogue de Damas des chrétiens qui l'avaient infiltrée. Bref Paul était un radicalisé antichrétien. La suite, on la connaît...  - enfin une minorité désormais des Genevois la connaît, surtout parmi nos jeunes contemporains, privés de toute culture religieuse durant leur scolarité, autre que celle que veulent bien encore leur inculquer leurs parents.

Paul sur le chemin de Damas vit une crise de confiance. Il perd foi en sa mission et sans doute en ceux qui l'ont endoctriné. Et, non content d'abandonner aussitôt sa croisade contre les disciplines de ce Jésus, il se fait le premier et l'ardent prosélyte de la nouvelle croyance: Ce Jésus qui a dit être roi, il est ressuscité, proclame-t-il après ce coup de foudre et au péril de sa vie. Une folie aux yeux des hommes d'alors, comme d'aujourd'hui. 

Saül, fier d'éradiquer les nouveaux infidèles d'alors, était-il donc un radicalisé qui a été déradicalisé au point que naisse en lui l'homme nouveau, Paul?  C'est bien ce que raconte, l'évangéliste Luc qui se contente d'une intervention divine pour expliquer la reprogrammation surprise du jeune intellectuel juif. Ceux des nôtres, qui sont en charge aujourd’hui de gérer le retour (ou non) des djihadistes européens partis en Syrie et de les remettre sur le droit chemin, ne peuvent pas se contenter de ce genre de miracle. 

Ni la dénonciation un peu courte de Keshavjee, ou de mon amie Mireille, de l'islam en tant que système de violence ni la conversion surprise sur la route de Damas ne peuvent servir de politique. Demeure la voie de la raison et de la connaissance qu'on peut se tromper, qu'on peut être trompé, que le hasard existe bel et bien et qu'il n'est pas forcément le signe d'une volonté divine ou extraterrestre. Bref un enseignement patient et difficile, tel que proposé par des Gérald Bronner contemporain, peut conduire à une déradicalisation heureuse. 

Commentaires

  • Apparemment la déradicalisation peut marcher lors du temps de la radicalisation, après, il ne faut pas espérer grand chose.
    Je suppose que tardivement, il s'agit d'une affaire personnelle. Celui qui a toujours cherché un sens, peut se mettre à la critique, mais pour le militant, ce n'est pas seulement le sens, mais une communauté qu'il cherche, pour ne pas dire "secte".

    Quant à la Bible, il est bon temps de parler de sa violence pour ne pas froisser l'islam. Dans le nouveau Testament, je ne vois pas la violence de Jésus, il n'y a rien, il est sans ambiguïté, il est préférable de tendre l'autre joue.
    La philosophie du nouveau Testament supplantant celle de l'ancien, la philosophie de l'ancien n'a pas caractère à définir le christianisme.

    Pour moi la violence de l'islam s'est définit dans le milieu qu'il a éclot, alors que le christianisme est issue du judaïsme plutôt pacifique. Le judaïsme ne cherche pas à convertir la planète, celui-ci étant associé à un peuple. Aux historiens d'en dire plus.
    La violence des chrétiens n'étaient pas issue d'un livre, elle venait d'eux-mêmes.

    Je pense donc que Paul cherchait un sens à sa vie, les ordres reçus étaient devenus trop lourd pour sa conscience, peut-être y voyait t'il dans ces ordres, une trahison du judaïsme, et Jésus était par conséquent la vraie voie à suivre.

    Y'a t'il des "Paul" dans les radicalisés, certainement, mais probablement très peu. Je pense que seul ceux qui sont toujours en recherche de sens peuvent se déradicalisé, mais pas ceux qui s'y retrouvent dans ce mouvement mortifère.

  • On ne parle pas assez de Damas, de ce qu'a vécu Paul: un choc, une révélation, une vision qui a provoqué en lui un revirement fondamental.
    Un ami prêtre et prof de philosophie au séminaire de Lausanne, Genève et Fribourg enseignait que, selon lui, Jésus était un rabbin "libéral" mais qu'il ne pouvait pas se taire... confronté aux misères et souffrances endurées par les victimes de l'injustice sociale… dignitaires du Temple et mauvais riches (tels Lazare, Marthe et Marie Jésus avait des amis riches) concernés.

    De ces visions-chocs: une jeune femme française, futur canonisée, Jeanne-Antide Thouret après s'être occupée des siens orphelins elle décide d'entrer dans un Carmel. Le curé de sa paroisse l'accompagne pour la présenter à la Supérieure du couvent et lui demande d'attendre un instant dans la chapelle. En attendant, elle a une vision: des indigents, handicapés, malades, orphelins, prisonniers, bref! qui l'appellent en lui demandent de ne pas les abandonner.
    Quand le curé revient avec la Supérieure, Jeanne-Antide confuse leur présente ses excuses.
    Suite à cette vision elle n'entrera pas au Carmel mais chez les soeurs de saint-Vincent de Paul.
    Chassée du couvent par la Révolution française laissant pousser ses cheveux ... habillée en civil elle s'occupe des enfants des rues de Besançon bientôt rejointe par d'autres femmes.
    Elle fonde l'ordre des "Soeurs de la charité" dont la maison mère est à Besançon et sa communauté accomplira l'ensemble des soins annoncés par la vision.

    On oublie l'éventualité de la réalité d'un Dieu d'amour et de charité.

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