Un évêque à Genève. Acte V?

pascal-desthieux-2-800x450.jpgEn prélude au 200e anniversaire du rattachement, en 1819, de l'évêché de Genève à celui de Lausanne et Fribourg, le vicaire Pascal Desthieux a brossé, à Notre Dame de Genève, en guise de 4e conférence de Carême et à grandes enjambées, l'histoire de l'évêché qui a uni, durant plus de mille ans, les chrétiens de Genève et ceux de Savoie. Ses évêques ont ensuite trouvé refuge à Annecy jusqu’en 1801, chassés par la Réforme  - "adoptée par Genève pour éteindre la dette due à leurs Excellences de Berne venue soutenir la ville contre l'impérialisme savoyard". Durant les 200 dernières années dans le giron suisse, les catholiques genevois, majoritaire dans le canton depuis 1860, ont assisté à quatre tentatives de reconstitution d'un évêché de plein droit. En vain.

Faut-il rétablir un évêché à Genève? L'abbé Desthieux n'a répondu à la question qu'au terme d'un récit d'une heure, assez morne et qui a prudemment écarté les questions qui fâchent, les manquements de l'église de Rome, la nature propre d'un évêque, l’œcuménisme ou les peurs irrationnelles qu'alimentent aujourd'hui l'hypothétique irruption d'un califat islamiste en Europe ou le réchauffement climatique. Pas un mot sur la laïcité. Pas davantage sur l'athéisme pragmatique ou l'agnosticisme qui dominent désormais notre société libérale avancée, policée, multiculturelle et émiettée.  

La réponse? La réponse est double, bien sûr. "La question d'un évêché à Genève n'est pas d'actualité", a conclu Desthieux. Non sans réaffirmer qu'un évêque doit être proche de ses ouailles et donc qu'il y a un sens à créer un évêché à Genève et un autre à Lausanne. 

La quatrième tentative testée en 2015 par l'évêque Morerod a rapidement fait long feu. Les protestants s'y sont poliment opposés. Et les catholiques n'ont manifesté aucun enthousiasme, manifestant notamment la crainte que l'évêque fonctionne plus comme un préfet du centralisme vaticanesque plutôt que comme un égal de l'évêque de Rome. Et puis, Fribourg perdrait les 450'000 francs annuels que verse l'église de Genève, laquelle vit - déjà mal - sans subventions, uniquement des dons et de l'impôt ecclésiastique volontaire, en baisse régulière.

Les trois premières tentatives ont elles enflammé la République. Celle du curé Vuarin dans la première moitié du XIXe siècle était sans doute la plus légitime, tant à l'époque les catholiques, rattachés à la République protestante pour former le canton de Genève, étaient tenus en citoyen de seconde zone. Le radical Fazy rétablit l'égalité en 1846-47. Il fut soutenu par les catholiques, mais son renversement par le radical Carteret remit le feu aux poudres et motiva le Carougeois Gaspard Mermillod à relancer le projet de créer un évêché. Il fut expulsé de Genève. Les églises fidèles à Rome furent fermées. 

Il fallut attendre un siècle pour que surgisse la troisième tentative. Fin des année 1970, une commission réfléchit au redécoupage des trois (trop) grands évêchés de Suisse. Mgr Mamie lance le brûlot qui évidemment enflamme la République.  Genève y "gagnera" un évêque auxiliaire, fonction supprimée lors que Mgr Farine prit sa retraite. 

A suivre.

...

C'est, dit la légende et Pascal Desthieux, en 57, soit 25 ans après la mort du Christ - mais n'est-ce pas sa résurrection qui est fondatrice? - qu'un acolyte du deuxième pape romain aurait atteint les rives du Léman et le pont qui franchit le Rhône. Mais ce n'est que trois siècles plus tard que les archéologues attestent de bâtiments  chrétiens sous la cathédrale actuelle. Suis dans la bouche de Pascal Desthieux, la litanie des évêques.

On note au vol sans jugement de valeur quelques-uns des nombreux événements de l'histoire millénaire, compilés par Edmond Ganter, de l'église ancienne de Genève. Son territoire s'étendait alors sur 6800 km2, bien au-delà des frontières artificielles du Grand Genève:

- Sigismond, devenu saint malgré quelques meurtres à son actif,

- l'érection des monastères de St Victor (près de l'église russe actuelle), des clarisses (à l'emplacement du Palais de Justice), des Augustins,

Amédée VIII de Savoie, comte de GEnève, devenu antipage contre son gré, qui inaugure le droit acquis par la Maison de Savoie de désigner l'évêque, une grosse erreur.

- François de Salle, évidemment, le saint de la reconquista catholique autour de la cité rebelle...

Je n'a pas retenu, mais peut-être cela m'a-t-il échappé, que Pascal Desthieux ait cité Adhémars, l'évêque qui concéda - ou accorda selon le camp auquel on appartient - les franchises aux bourgeois de Genève. 

Après 1602 et la paix de Saint-Julien, en 1603, imposée par Henri IV, les voisins se regardent en chien de faïence. jusqu'à la Révolution française et la conquête de l'Helvétie par Napoléon qui fait de Genève pendant quelques années non seulement le chef lieu du Département du Léman mais le siège, conjoint avec Chambéry, de l'évêché de Genève. Le nationalisme naissant au congrès de Vienne va casser (à jamais?) cette construction impériale. Genève s'allie à la Suisse et les catholiques de Genève passe sous la tutelle ou le service de l'évêque de Fribourg.

 

PS: Le diocèse de Genève existe. C'est celui de l'église orthodoxe...

 

Commentaires

  • Si c'est tout à votre honneur de tenter de sensibiliser sur les questions religieuses à une époque où tout fout le camps, je m'interroge sur ces vestiges que vous évoquez.
    Car si la communauté scientifique est toujours plus divisée depuis les expériences d'Alain Aspect qui ont confirmé les propriétés de la superposition et l'intrication quantique qui mettent à mal les postulats d'Einstein, nombre de chercheurs reconnaissent volontiers aujourd'hui le caractère toujours plus insaisissable des questions fondamentales que se posent les humains.
    La tendance est donc forte de revenir vers le religieux.
    Sauf que...
    Le développement technologique vise à la décentralisation et les structures hiérarchiques verticales sont en voie de disparition. Alors un évêque, un pape, un curé ou un abbé, on s'en fout comme de l'an quarante. Ce ne sont que des intermédiaires véritablement médiocres que plus personne ne veut entretenir.
    A tel point que l'Eglise doit vendre ses biens immobiliers pour continuer à payer ses moines prosélytes qui se sentent une mission de psys et qui ont essentiellement le besoin de se soigner en prêchant la bonne parole.
    Je comprends donc le malaise de Pascal Desthieux qui navigue en eaux troubles et qui n'a aucune idée de quoi demain sera fait. Comme nous tous d'ailleurs...

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