L'écospiritualité de Marie Cénec, une démocratie-chrétienne peinte en vert?

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Au bout d'une demi-heure de glose sur notre finitude 1), je me dis: comment une femme, dont le genre peut seul - jusqu’à présent - donner la vie, comment un esprit aussi vif, peut-elle parler de la mort à un auditoire dont l'âge moyen a dépassé largement celui de l'AVS.

Cette mort est horrible témoigne l'oratrice qui s'y connaît. Pourtant,  elle est là, présente tous les jours. Pas un un ne passe sans que des millions de nos cellules meurent et se renouvellent. Jusqu'à l'instant final où, même si l'on croit en la vie éternelle, plus jamais ce ne sera comme avant.  

Cependant, "à ne plus accepter de mourir – ce qui se traduit par les excès du transhumanisme ou du « prolongisme » – l'humanité est prise dans une fuite en avant qui semble contribuer de manière de plus en plus active à l’extinction de son espèce… C’est une forme de logique suicidaire dans laquelle notre espèce s’est engagée." 

monod cenec.jpgQuelque 80 chrétiens des trois confessions écoutent sagement. Marie Cénec donnait hier soir à Lancy sa conférence de Carême à l'invitation du groupe œcuménique de Genève Sud. La pasteure retombe enfin sur ses pieds et cite ses sources (Corinthiens 15 36 notamment). Si le grain ne meurt, il ne porte pas de fruit... Le passage par la mort est au cœur du message chrétien. Paradoxalement, c'est sur ce chemin qu'on découvre la joie. Simplement. C'est à la portée de chacun. Il suffit de débrancher, dit Marie Cénec qui avoue être accro au téléphone portable, d'arrêter la course folle du quotidien, de faire des choix, bref de faire carême. Le propos s'éclaire soudain. Mais quel rapport avec l'écospiritualité?

L'écospiritualité (un mouvement qui remonte aux années 80), c'est comme l’œcuménisme, résume Marie Cénec, c'est s'inscrire dans un vivre ensemble. C'est donc mobiliser les ressources de la spiritualité - ce grain qui germe et mue et devient cent grains vigoureux, la saison venue - pour nourrir un engagement. Bref, un vivre ensemble animé par les fins fraternelles, solidaires, justes, équitables, sobres, pacifiques de la bonne nouvelle dont les chrétiens sont les porteurs. En quelque sorte, me dis-je in petto dans un raccourci un brin réducteur, une écologie chrétienne, ou, pour citer le seul mouvement politique qui l'affiche dans son nom, une démocratie chrétienne peinte en vert vif car l'urgence est là. Il faut sauver la maison commune.

Marie Cenec ne cite évidemment pas le courant politique, qui s'est embourgeoisé, pas davantage l'encyclique Lautato Si de François, un pape qui s'efforce de se libérer de la chrysalide desséchée qu'est la Curie et l’histoire longue et terrible du Vatican. Mais la pasteure s'inscrit manifestement dans cette veine... 

On a donc osé une question d'actualité politique: La terre est limité, dites-vous, ce fait, posé d'emblée au début de la soirée comme une évidence et que personne ne semble contester, reste tout de même à démontrer, mais posons-le comme pertinent, que pensez-vous dans ce cas du discours émergent 2) qui veut stopper la croissance de la population voire réduire le nombre des humains sur la terre?

Question délicate, commence Marie Cénec,... la difficulté est de tenir un discours de responsabilité sans tomber dans un propos alarmistes, terrorisant d'une fin du monde annoncée... L'écologie doit prendre garde à ne pas devenir une dictature... Je crois que je ne vais pas répondre à la question... Puis elle ose ce dernier propos: Ici, nous contrôlons les naissances et c'est bien, c'est un geste de solidarité, ça compense un peu la natalité ailleurs... Un ange passe, les politiques natalistes dans une main, le planning familial dans l'autre.

Une autre question, dit l'animatrice qui tire la pasteure de cette pente glissante.

Philippe Roch est présent dans la salle. C'est lui qui a converti Marie Cénec à l'écospiritualité. Il ne dit rien. Il mène un autre combat. On lui tient les pouces.

 

Source: Pain pour le prochain, section transition intérieure

 

1) "La mort est en nous, avec nous, mais nous développons toutes sortes de stratégies pour en fuir la conscience. Cette esquive coïncide avec le refus des limites de la planète. Il nourrit la démesure suicidaire et la destructivité à l’œuvre dans le monde..." Aunis commence la conférence de Marie Cénec qu'on peut relire sur le site trilogies.ch (entre le cosmique l'humain et le divin)

2) Émergent mais aussi récurrent. Le malthusianisme a toujours existé. La peur de manquer, la quête de l'espace vital, la peur de mourir sous l'avalanche humaine, polluante et agressive, a il y 12 ans déjà inspiré un fameux thriller à Jean-Christophe Rufin: Le Parfum d'Adam, un avant-goût des réducteurs de têtes actuels qui bouillent dans la marmite verte, dont je recommande la lecture à l'auditoire. 

 

 

Commentaires

  • "On ne prend pas ma vie, dit le Christ, je la donne":
    Donner ce qui est la vie, soit, mais ce qui ne l'est plus?
    Comme disait quelqu'un "donner n'est pas vomir."

    La poésie versant dans la mythologie égyptienne, par exemple, peut nous voir embarqués avec une difficulté pour détacher notre barque… d'où l'appel à une main, comme EXIT, pour la détacher.

    La planète, nous le savons, est condamnée, un jour notre soleil la grillera.

    Il n'en faut pas moins la protéger (mais comment neutraliser l'ensemble de ses prédateurs?) tout en orientant notre philosophie commune en vue de la prochaine séquence qui nous attend si nous envisageons nos vies comme des étapes d'apprentissage dans le cadre de cette évolution qui nous tire en nous hissant vers le haut ("L'homme passe l'homme" Maurice Zundel)

  • Marie Cénec a été brillante. Elle nous a équipés pour vivre un carême d'humilité joyeuse. En ce qui concerne la démographie, un sujet marginal dans sa conférence, elle est fortement liée à la question plus générale de la croissance. Ce sont principalement les populations les plus pauvres (un tiers de l'humanité) qui connaissent une forte croissances démographie parce que pour des raisons économiques et culturelles elles n'ont pas les moyens de maîtriser les naissances. Pour stabiliser la démographie il faut que ces populations les plus pauvres accèdent à un meilleur niveau de vie et que les femmes puissent décider du nombre d'enfants qu'elles souhaitent. Or notre fuite en avant dans une croissance débridée épuise les ressources et perturbe les grands cycles écologiques (eau, forêts, sols, écosystèmes humides, biodiversité, climat), et ces sont les populations les plus pauvres qui souffrent les premières et le plus de ces dérèglements écologiques. La réflexion sur nos limites et sur la sobriété heureuse que nous a proposée Marie Cénec est donc une réponse à la foi spirituelle et sociale à la crise écologique qui nous menace tous: une belle méditation de carême.

  • "Cette mort est horrible témoigne l'oratrice qui s'y connaît."
    Pourquoi?
    Elle est la condition de la vie. En quoi serait-elle horrible? Autant dire que la vie est horrible.

    "La mort est en nous, avec nous, mais nous développons toutes sortes de stratégies pour en fuir la conscience."
    Ah bon?! Non, la mort n'est pas en nous, tout au plus l'idée de la mort, ce qui est tout autre chose. La conscience en est bien là chez les croyants qui fuient seulement ses conséquences en s'inventant un arrière-monde. Des béquilles pour continuer à avancer sans être submergé par une angoisse destructrice. Grand bien leur fasse! Personne ne songerait à priver un éclopé de ses béquilles.

    Dimanche après-midi sur FranceCult un éclésiastique catholique a dit: "Le but de la vie est la mort."
    Source:
    https://www.franceculture.fr/emissions/conferences-de-careme-catholique/careme-catholique-2-6-du-dimanche-17-mars-2019

    Ici, je donne raison à Nietzsche sur le nihilisme du christianisme. D'ailleurs vénérer un instrument de torture et de mise à mort, il y a ici quelque chose de profondément malsain, quand on y pense.

    "Cette esquive coïncide avec le refus des limites de la planète."
    Ca n'a rien à voir. Il y a quantité de religions et d'idéologies qui ont compris que l'homme fait partie d'un tout (la nature est sacrée et l'homme en fait partie) alors que les monothéismes sacralisent l'homme (la tribu dans le judaïsme, l'individu dans le christianisme, et la oumma dans l'islam) et lui donnent tout pouvoir sur les "choses" de la nature et promeuvent le croître et le multiplier qui ont conduit à la pullulation humaine à la surface de la Terre. Les idéologies nées dans le désert conduisent au désert.

    "Il nourrit la démesure suicidaire et la destructivité à l’œuvre dans le monde..."
    Ce qui est à l'oeuvre dans le monde et qui le détruit, c'est le capitalisme et la volonté de puissance, d'hégémonie, de suprémacisme qui sont au coeur des religions monothéistes.

    Exemples:
    "Répands ta colère sur les peuples qui ne te connaissent point, sur les empires qui n'invoquent pas ton nom!"
    "Poursuis-les de ton courroux et anéantis-les de dessous la voûte de tes cieux".

  • On veut bien lutter contre la surnatalité mais on refuse de s`en donner les moyens... c`est terrible, les dogmes. Le dogme de la croissance a tout prix transforme la planete en dépot d`ordures et terres stériles pendant que le dogmatisme religieux tente de conserver l`homme a l`état de légume. Le hic est que les légumes ne poussent pas bien en terrain stérile ni meme dans les dépots d`ordure. Bon, j`exagere un peu car le pape actuel a vraiment l`air de faire de son mieux mais il est bien seul pour dissiper des siecles d`obscurantisme maison.

  • "La vie est un départ, la mort est un retour " disait Lao-TseuTao tö King , philosophe chinois né au VI ème ou V ème siècle avant J.-C.

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • @Jean Jarogh,

    Vous parlez de la surnatalité contre laquelle il faudrait lutter.

    Avec tout le respect je vous dois, cette hypothèse n est pas valable en Europe où la natalité est en berne et en chute libre. Les peuples européens vieillissent et les revenus des
    retraités commencent à se retrecir comme une peau de chagrin. Ceci est dû faute du nombre de jeunes cotisants d une part. D autre part, par la difficulté que ces jeunes puissent déjà trouver un boulot avec un salaire au moins décent pour eux mêmes.

    Qu est ce qu on a fait pour booster la natalité? L Allemagne avait IMPORTé il y a 2-3 ans 1 million de jeunes syriens, réfugiés nous dit-on, assez bien formés et déjà ayant des enfants de bas âge. Et de nouveau l Allemagne est prête à re-Importer un autre million voire 1 million et demi de cette même "marchandise", c à d des jeunes syriens....etc...

    A Genève, un tiers des 500 000 habitants a une double nationalité et la moitié des jeunes sont de parents d origine étrangère, nous dit-on.

    Où le bât blesse est qu on a besoin de ces "étrangers" , nous semble-t-il indéniablement, mais on les accuse d être les sources de tous les malheurs de l Europe inclus la France, la Suisse, l Allemagne...etc ( jeunes étrangers source à 100% de nos malheurs comme par ailleurs la Russie mais ceci est un autre sujet....). N appelle-t-on cela la politique de mettre le cul entre deux chaises et cerise sur le gâteau, avec une certaine malhonnêteté autant mathématique , économique qu humaine ....

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • On peut avoir la certitude que la mort n'existe pas et que nous vivons par étapes dans le cadre de l'évolution ce qui nous appelle au choix des priorités dans nos vies présentes.

    Nous avons besoin des étrangers parce qu'en pays opulents les individus répugnent à se salir les mains… (la Suisse ne manque pas de cerveaux! Quid des bourses accordée, à quelles conditions, aux moins matériellement nantis?) Les migrants, loin d'être tous des misérables! seraient mieux au travail chez eux soutenus par la communauté internationale en cas de guerre, d'injustice ou de misère sociale.

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