Des journalistes sans formation préalable à la RTS

Session de rattrapage de Medialog, pratiquement la seule source d'actualité en Suisse romande sur le métier de journalisme, ce métier si divers qui fabrique les journaux d'actualité citoyens, qu'ils soient imprimés ou en ligne, édités en flux continu ou une fois par heure, par jour, par semaine, par mois..., sur des chaînes de radio ou de télévision ou sur l'Internet... Et ce n'est pas du tout la même chose.

Première séquence, voilà dix ans que Tamedia (Tages Anzeiger, Bund, Berner Zeitung, Basler Zeitung...) a acheté Edipresse (24 Heures, Le Matin, La Tribune de Genève). Seconde séquence: vocation journaliste, trois journalistes récemment sortis de la formation dispensée par le CFJM racontent leur motivation. Un constat: à aucun moment, on n'a évoqué la démocratie, la participation citoyenne, la formation de l'opinion, l'édification des gens, la valorisation de l'esprit scientifique.

Bref le journaliste exerce-t-il un métier de service public? Quelle est l'intérêt public de médias qui seraient de pure distraction?

Je souligne la notion de journal d'actualité citoyen (ce que ne serait pas Heidi.news dernier avatar en Suisse romande de l'éclosion des nouveaux canards sur le net dont presque aucun fait de vieilles plumes - à l'exception de Mediapart pour qui rien n'est gagné). Un journal d'actualité citoyen, c'est en effet un objet bien particulier.

Il s'agit de l'édition d'un objet: une liasse de feuille assemblée imprimée et donc non modifiable avec une première page portant un titre qui est une marque, avec une couleur, une histoire. Bien sûr aussi un bouquet d'émissions radio ou TV. Mais déjà la maque de l'éditeur est secondaire. Chaque émission à sa forme, sa couleur, son ton, sa voix, un début et une fin. C'est une marque en soi. 

Les informations éditées sur un site internet peuvent être modifiées (et ce n'est pas toujours indiqué visiblement). Elles n'ont plus qu'un lien diffus avec une marque  (podcast, copier coller d'un article dont la transmission peut se faire de manière autonome). 

Les objets d'information en ligne sont généralement diffusés sans référence à la notion de bouclage d'un journal à une moment fixé, toujours le même (ce qui fait que selon le moment dans la journée ou la soirée où on consulte un site, la série de titres disponibles en page d'accueil est très variable, jamais permanente, des choix ou des hiérarchies parfois déroutantes. L'offre des nouvelles change sans arrêt, en fonction de critères parfois surprenants - l'obligation que ça bouge, l'obligation de capter et de retenir l'attention de l'internaute, la surexposition et même la fabrication de ce qui fait le buzz et donc les clics, l'usage de vidéos surtitrées en gros caractères, surchargée de gimmicks.

Tout cela relègue au second plan les sujets sérieux, importants, complexes, savants.

Les vidéos portent souvent sur des sujets polémiques, extraordinaires et même inventés de toute pièce, dans le but toujours et encore de capter et de retenir l'attention des lecteurs, de le distraire plus que de l'informer.... et dans le but aussi que ces consommateurs vont à leur tour faire le buzz dans leur réseau, démultipliant la valeur de l'objet, façon téléphone arabe.

Bref le canard qui dit coin coin finit vite par dire con con et de transmettre quelque chose qui n'a plus rien à voir avec l'information citoyenne. 

Même la formation s'adapte à ce journalisme de distraction.

Nouveau profil des journalistes de notre radio TV public

Le journal d'actualité qui éclaire le citoyen et dénonce les petits et grands arrangements des puissants, c'est pourtant bien celui qui intéresse Medialog. 

Mais voilà le journaliste exerce un des métiers les moins considérés, les plus décriés, des "ennemis du peuple", dit de lui Donald Trump, des fouille merde, des "agents des pouvoirs qui dirige la France" disent des gilets jaunes qui n'hésitent plus à s'en prendre à lui physiquement. 

Comment regagner la confiance du public? La RTS, dit Antoine Droux, journaliste producteur de Medialog, a décidé de revoir le mode de recrutement de ses journalistes. Fini le cursus universitaire obligatoire. Place à la diversité qui doit refléter la diversité des auditeurs. Il a demandé à Géraldine Normand, chargée de formation ce qui change dans le processus de sélection.

Il suffit dorénavant de maîtriser le français, l'allemand au niveau scolaire, une autre langue au choix et avoir un permis de conduire...  Il s'agit, souligne la formatrice, de se libérer des formations préformatées... On a décidé, ajoute-t-elle, de ressembler davantage à la Suisse d'aujourd'hui dont 70% des jeunes suivent la voie professionnelle. Désormais on peut devenir journaliste à la RTS sans disposer d'aucun diplôme préalable, même pas un CFC.

Plus de QCM de culture générale non plus. Aujourd'hui, dit la formatrice, on a tous un téléphone portable dans la poche il suffit de savoir s'en servir pour connaître le nom du président de la confédération, mais un questionnaire qui permettra de dépister la personnalité. La RTS demande aussi la production d'un pitch en vidéo et trois jours de leur temps pour plonger dans le réel et créer quelque chose, histoire de découvrir leurs potentiels, leur savoir être, leur savoir travailler ensemble. Le journalisme doit être ouvert aux curieux, aux originaux, aux créatifs, à celles et ceux qui ont certes une tête mais un cœur aussi.

Qu'en dit l'université? Qu'en dit la SRT?

Quelle est la principale qualité pour devenir journaliste, demande Antoine Droux? La curiosité, répondent ses trois interlocuteurs. Et la foi en la bonne marche de la société démocratique, en la liberté, l'égalité, la justice? Et la faculté d'enquêter, le courage, la ténacité, la capacité d'analyse, l'indépendance, la force de résister aux pressions, aux séductions.

Antoine Droux cite enfin Albert Londres: "Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie..."

 

PS: Le principal défi de journalistes, c'est de survivre au fait qu'ils ne sont désormais clairement plus les seuls à occuper l'espace de la communication/information. 

 

 

 

Commentaires

  • "Tout cela relègue au second plan les sujets sérieux, importants, complexes, savants."

    Je ne lis plus du tout les journaux depuis plusieurs mois et n'ai plus de TV depuis quelques années. Citez-moi un seul de ces sujet importants que j'aurais loupé ?

    Le flux constant d'informations est bien là pour nous distraire, nous occuper, nous faire causer. C'est une addiction comme une autre. Essayez seulement de faire sans pendant quelques jours. Profitez de votre prochaine retraite pour tenter le vide. Vous serez surpris de voir à quel point il est déjà plein.

    Et lorsqu'il s'agit de s'informer, notamment lorsque nous sommes appelés aux urnes, je suis le fil des liens et découvre les sujets sous des angles improbables qui me donnent une idée autrement plus complète que ce que je pourrais obtenir avec la presse locale.

    "Le principal défi de journalistes, c'est de survivre au fait qu'ils ne sont désormais clairement plus les seuls à occuper l'espace de la communication/information."

    Ce n'est pas que le défi des journalistes mais de tous les métiers. Nous sommes à l'orée d'une nouvelle ère qui devrait permettre à chacun de développer ses talents personnels et uniques dans quelque domaine que ce soit et sans formation obligatoire qui n'est qu'un formatage obsolète dans le monde qui se profile.
    Bientôt nous pratiquerons tous plusieurs métiers et ce sera notre réputation qui sera notre véritable carte de visite. Les outils numériques nous permettent une forte visibilité et le système généralisé de notation permet aux meilleurs de s'installer dans le hit-parade des services.

    La transition est plus rapide qu'elle n'en a l'air. Mon frère par exemple, a fait un apprentissage d'un métier qui a disparut aujourd'hui, électricien radio. Ce métier à changé plusieurs fois de nom avec l'arrivée de la TV, puis des home-cinémas. Aujourd'hui plus personne ne sait réparer un de ces appareils pour la simple raison que le travail coûte plus cher que le produit. Et l'évolution technologique est si rapide que la réparation perd son sens.

    Tous les métiers sont concernés. Les taxis furent les premiers à en faire les frais, à l'indifférence générale. On commencera vraisemblablement à chercher des pistes pour atténuer la secousse lorsque seront concernés les avocats, les notaires, les médecins, bref ceux qui siègent en grande majorité dans les parlements et qui seront directement impactés. Il sera évidemment déjà bien trop tard.

  • Le journaliste, est une personne capable d'analyser de manière indépendantes les faits. L'analyse demande des connaissances, et une capacité intellectuelle.

    Ce ne sont pourtant pas les études qui font le journaliste. La majorité des étudiants, quelques soit les études, ne sont que des singes savants qui répètent les leçons apprises. L'aptitude de comprendre ce qui se passe ne s'apprends pas, elle fait partie de la personnalité.

    Faut t'il des représentants du peuple pour bien parler du peuple ? Faut t'il encore que ces représentants puissent analyser au-delà d'eux-mêmes.

    Je suis donc sceptique sur ce genre de recrutement, mais en même temps, il pourrait insuffler un vent nouveau, si une perle rare est recrutée.

    Peut-être que le bon journaliste, s'il ne sent pas les choses, est celui qui en dehors de son travail, va au bistrot, joue au jass et fait le tour des bals de campagne!

  • Il n' y plus ou presque plus de journalistes. Ils ont été remplacés par des propagandistes. A la solde des propriétaires des médias qui ont leurs propres agendas et intérêts. L'information et la désinformation sont partout. Les manipulations aussi. Heureusement grâce à internet il est possible d'accéder à des informations censurées ou insultées ou tout simplement boycottées. La concentration des médias classiques fait que s'instaure une pensée unique. Et toute information qui ne va pas dans le sens de cette pensée unique est vilipendée, harcelée, voir criminalisée. Comme par exemple l'anti-sionisme. Alors même que les autres nationalismes sont injuriés à longueur de colonnes. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. On peut citer comme autres exemples manifestes le changement climatique, la démonisation de la Russie, les théories dites du complot, les études de genre, etc.

    Après la révolution industrielle qui a façonné l'humanité et la Terre pendant un siècle et demi grâce à une énergie abondante et bon marché, nous vivons une révolution de l'information (dont les algorithmes) qui est en train de bouleverser les équilibres d'une manière totalement inédite sans que l'on puisse en prévoir les résultats même à court terme.

    Une seule chose est sûre: les ressources auxquelles s'abreuvent une humanité pullulante ne sont pas éternelles. Et la guerre pour ces ressources a déjà commencé. Le monde ne peut que devenir plus brutal.

    Mais chut, tout va bien Madame la Marquise. Air connu.

  • Je ne suis pas étonné de lire votre billet. Sur Twitter, par exemple, beau nombre de jeunes essaient de se faire remarquer en publiant des analyses. Les réseaux sociaux ont remplacé le CV.

    De nos jours, les métiers n'existent plus. Tout le monde peut devenir tout le monde, c'est une pure illusion. Avoir un bon smartphone avec une bonne connexion devrait faire de nos un journaliste, un chauffeur de taxi ou encore un photographe professionnel. D'ailleurs, certains patrons veulent faire passer le CFC de 3 à 2 ans.... Et ce sont les mêmes qui se plaignent de ne pas avoir du personnel qualifié.

  • La principale qualité du journaliste aujourd`hui, c`est de faire vendre l`espace publicitaire et de le faire jour apres jour. Albert Londres faisait vendre aussi mais avec du vrai reportage qui nécessitait des semaines de travail et aussi de risquer sa peau. Il semble que sur cette voie-la, les rails soient a sens unique.

  • Les journalistes aujourd hui, pour ne prendre que l exemple de la RTS payée par notre Bilag/Serafe , ne sont que des mercenaires increvables. A voir le débat récent, plutôt un one man show débile, de BHL sur la RTS, la HONTE ! Et la haine contre la Russie . Pour cette dernière, c est à se demander qu aurait-on fait sans la Russie pour l accuser de tous les maux du monde... et à 100%...

    Bien à Vous.
    Charles 05

Les commentaires sont fermés.