Glocal: c'est fort de café

IMG_0011.JPGIl y a avait quelque temps que nous n'étions pas allés nous promener du côté d'Evorde. Descendant de la Croix-de-Rozon, le chemin des Forches longe le manège lové dans son vallon de la Drize. Les chênes récemment installés profitant sans doute des amendements du champ de blé voisin, donnent au cheminement des airs d'avenue. On se faufile sur la rive droite du ruisseau, là où la frontière genevoise quitte le cours d'eau en direction de la route française pour y revenir trois cents mètres plus loin - une Genferei...-  englobant ainsi dans la canton de Genève la totalité des 40 hectares de la propriété Fabri, puis de Lullin de Chateauvieux, puis Pinard, puis Candolle de Muralt, aujourd'hui Ormond. Qui est à vendre

On se dirait en mars. Les mésanges lancent leurs pui pui chacune selon son espèces

Passant la frontière entre Bardonnex et Troinex, on tombe sur la brasserie des barbus. Une mini entreprise qui a pris son élan il y a trois ans et monte en gamme. Le domaine d'Evorde pourrait bien être racheté par un Chinois, apprend-on au détour de la conversation, et rester fermé huit mois par an. Peut-être qu'un jour vous pourrez l'acheter, dis-je. Tous les brasseurs d'affaires ont commencé dans un garage*.

"Storm in a coffee cup" Un titre dans la foisonnante offre hebdomadaire de The Economist attire l'attention du buveur de café que je suis. JAB Holding détient désormais, lis-je, 12% des parts du marché de détail du café dans le monde, certes loin derrière Nestlé (25%) mais loin devant le troisième acteur, l'italienne Lavazza (moins de 3%). Or l'appétit de cette société financière basée au Luxembourg, qui a craché des dizaines de milliards depuis 2012 pour établir son empire, paraît aventureux au point qu'elle pourrait être dégradée. 

Selon le consultant Antti Belt cité par The Economist, JAB Holding, pour se refaire une santé, a allongé les délais de paiement de ses fournisseurs de 30 à 300 jours, les obligeant à emprunter dans l'intervalle. Or si JAB est dégradée, les banques ne manqueront pas de demander des garanties aux emprunteurs et d'exiger d'eux une prime supplémentaire. Bref, de quoi forcer les fournisseurs à trouver leur salut dans la fusion peut-être, histoire de réduire leurs propres coûts dans un marché où les marges ont fondu en raison d'une récolte de café record et de gagner en poids dans ce jeu de titan global. La pression sur les salaires est réelle chez les big traders, à Genève, centre du négoce international du café, confie un chasseur de tête à l'hebdomadaire anglais.

Une autre stratégie serait de sauter dans le marché lucratif mais de niche des cafés fins, issus de cultures durables, dont le buveur pourra suivre le cheminement de la fève de l'arbre à sa tasse. Bref de faire dans le café ce qui se fait dans la bière. Et de vendre le breuvage brûlant au prix du champagne**! 

De quoi, me dis-je, en pensant aux trois copains de la brasserie des barbus, qui auront convaincu les producteurs locaux d'orge de standardiser leurs grains et à la future houblonnière de Meyrin de livrer ses saveurs, valoriser très cher leur production de mousse, vendre l'affaire à un grand brasseur, et, peut-être, racheter le domaine d'Evordes au Chinois. A moins que le Chinois, celui-ci ou un autre, ne rachète les parts du principal propriétaire de JAB Holding, la famille Reimann.

La lecture de l'histoire de JAB Holding dans Wikipedia en dit long sur les tribulations d'une maison fondée en 1752 à Amsterdam. On s'arrêtera là pour aujourd'hui.

 

* Les cuves de 625 libres étincellent. Le nouvel équipement permet une fabrication quasi professionnelle. Tiens. observé-je, notre brasseur local achète son malt en Allemagne. C'est, dit-il, que l'orge produite à Genève affiche des taux d'amidon trop variable qui fait varier le taux d'alcool d'un brassage à l'autre. Mais les brasseurs genevois espèrent bien trouver une solution et aussi créer une houblonnerie. Histoire de conquérir le label GRTA?  

** Vous est-ils venu à l'idée de calculer le prix au litre de l’expresso standard qu'on vous sert dans les bistrots genevois? A raison de 4 frans les 4 centilitres, on frise les 100 francs le litre... L'autre jour, nous avons commandé un Schweppes et un lait grenadine à La Comète, à Bardonnex. Les 20 cl du breuvage à la quinine reviennent 18 francs le litre, les trois décis de lait, facturé sous cocktail, 10 francs le litre. Je n'ai pas demandé si c'était du lait genevois. 

 

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