Loi sur la laïcité: un nouveau Kulturkampf

meque.jpgJe suis né dans la commune de Bardonnex, qui fut jusqu'en 1851 commune de Compesières (incluant Plan-les-Ouates et Perly). Un fief catholique détaché de la Savoie en 1816 et rattaché à la ville de Genève et à ses mandements - les anciennes propriétés de l'évêque de Genève, nationalisées lorsque les protestants devinrent maître de la cité, la purgeant des catholiques (sauf l'ambassadeur du roi de France, ami des Genevois, qui avait son abbé intra muros)... 

Ce moment compte dans l'histoire genevoise de la laïcité et dans la loi idoine, soumise au vote ce 10 février, tout comme la prise de pouvoir de James Fazy en 1847, le Kulturkampf, sauce genevoise, de 1870 à 1895, la loi du 15 juin 1907 sur la séparation de l'Etat et des Eglises et la nouvelle constitution de 2012. 

 

Fazy qui prit le pouvoir et forgea la République moderne de Genève, en 1847, était un libéral. Il octroya aux communautés religieuses ou assimilées des parcelles gagnées sur les fortifications qui enserraient la ville haute. C'est ainsi que sortirent de terre la basilique Notre-Dame, l'église russe, la synagogue et le temple maçonnique de Plainpalais (devenue plus tard église du Christ Roi). 

Une génération plus tard, les radicaux étaient devenus anticléricaux. Face à une papauté qui croyait encore pouvoir imposer la loi de Dieu aux catholiques et aux Nations en voie de constitution, les Républicains n'eurent de cesse de défendre la loi civile pour libérer ces âmes de l'emprise de l'Eglise (l'opium du peuple). S’ouvrit alors à Genève quelques épisodes du Kulturkampf. la lutte des libéraux contre l'obscurantisme ultramontain. 

L'événement du baptême à la  baïonnette marqua durablement les esprits à Compesières. A l'époque, les radicaux avaient exigé que les prêtres prêtent allégeance à la République. Certains refusèrent et restèrent fidèles à Rome. C'est alors qu'un citoyen de Carouge se mit en tête de faire baptiser son enfant à Compesières, une pure provocation destinée à montrer qui du sabre ou du goupillon avait le dernier mot. Par deux fois, les maires de Bardonnex refusèrent d'ouvrir l'église et furent destitués par le Conseil d'Etat. La troisième tentative se fit sous la protection de la gendarmerie. On perça un bas-côté de l'église. Et le gamin fut baptisé par un curé officiel. 

Pendant plus de 20 ans plusieurs églises rebelles furent fermées ce qui obligea les populations à construire des chapelle de fortune pour y célébrer le culture catholique romain. Tandis que dans les églises officielles se déroulaient le culte vieux-catholique ou catholique chrétien. 

Avec le pape Léon XIII, l'église commença sa mue moderniste et sociale qui s'est poursuivie à Vatican II et n'est toujours pas achevée. Au tournant du siècle, la paix religieuse était revenu et fut consacré par la première loi de laïcité du pays, laquelle sépara l'Etat des églises. 

Les deux guerres mondiales du XXe siècle, l'irruption du communisme et la colonisation dévalorisèrent aux yeux du monde les fondamentaux de l'Occident: la liberté, l'égalité, la fraternité, hérités du judéo-christianisme et des philosophes n'étaient que des chiffons de papier, de beaux discours. 

Confrontés à l'horreur, des chrétiens de diverses confessions travaillèrent au rapprochement, à un vivre ensemble pacifié connu. Ce fut l’œcuménisme dont Genève fut et est un flambeau. 

issus d'un événement vieux de 2000 ans, les chrétiens n'étaient enfin plus une menace pour la République.

Survient l'islam qui n'en est qu'à son XVe siècle d'histoire. Le XVe siècle, le temps de la Réforme chez les chrétiens, le temps des guerres de religion. 

L'islam ne tolère aucune séparation entre l'Etat et les Eglises. La loi de Dieu est la loi des hommes. Il n'y a pas d’échappatoire possible. Les mécréants sont soumis. Les apostats tués. La menace pour la République est évidente. 

Il faut donc une fois encore affirmer le primat de la loi civile sur la loi de Dieu et ses affidés. Et c'est ainsi que la loi genevoise sur la laïcité contraint les musulmans à se déposséder des signes distinctifs de leur foi lorsqu'ils sont fonctionnaires au guichet, auprès des malades à l'hôpital, dans les services sociaux ou dans les classes d'école et même - proposition discutable - simplement élus.

C'est le Kulturkampf du XXIe siècle. 

N'en doutons pas, tout comme Compesières fut hier le haut lieu du baptême à la baïonnette, Meyrin, Onex ou Genève seront demain les hauts-lieux d'actions d'agitation et de propagande de la part de quelques femmes voilées qui voudront tester l'autorité civile en portant le voile.

Je voterai oui à la loi sur la laïcité. Par défaut. Ce n'est pas une loi parfaite, mais les Constituants ne nous ont pas laissé le choix. Et Pierre Maudet s'est laissé prendre au piège de la boîte de Pandore. 

Personnellement, ça ne me gênerait pas qu'une enseignante ou une fonctionnaire porte le voile et un enseignant la barbe quoique ce signe est moins distinctif. Mais l'air du temps est à la défense de la République et de la démocratie, partout assaillie par les fondamentalismes, qui ne sont pas que religieux. 

Le mal en effet ne réside pas dans le fait de croire à une foi ou une idéologie, il réside dans l'instrumentalisation que font les puissants, les intellectuels de la juste interprétation du guide et de ses écrits et des contraintes qu'ils exercent sur les croyants au nom de leur orthodoxie. 

Commentaires

  • " Ce fut l’œcuménisme dont Genève fut et est un flambeau. "

    C'est exact ! Il est toutefois utile de rappeler que l’Église catholique romaine n'est pas membre du "COE" (Conseil Œcuménique des Églises), qui siège à Genève. Elle n'y a, par sa propre volonté, qu'un statut d'observateur.

  • Interdire les symboles religieux, n`est-ce pas alimenter le fanatisme?

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