#ActMedia 2018: le maire de Genève veut des états généraux des médias

Il est 9h, ce vendredi 14 septembre, une petite cinquantaine de gens préoccupés par l'avenir des médias écoute Sami Kanaan, maire de Genève, et initiateur de la journée publique #actmedia. "Sans une presse diversifiée, la démocratie ne peut pas fonctionner" commence le maire, socialiste de la commune: 200'000 habitants dont la moitié d'étrangers dont une partie n'a le droit de voter que sur le plan communal, c'est à dire, compte tenu des compétences municipales à Genève, presque jamais.

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Au menu, un hackathon, des conférences et des débats. Objectif: par quoi remplacer le journal imprimé qui se meurt, mais qui est vital pour la démocratie. (Le journal a accompagné, favorisé (?) l'émancipation citoyenne au XIXe siècle et est une des facettes indispensables de la démocratie libérale, un régime qui assure tout de même une bonne dose de liberté en comparaison des autres, même si rien n'est jamais parfait. Un régime qu'il faut donc faire vivre grâce notamment à des rédactions de journalistes professionnels attachées à la vérification des faits et à la mise en valeur des sources dignes de foi - dont les autorités politiques (?), à la confrontation des idées - toutes les idées (?).)

IMG_4826.JPGThomas Maillard d'Open Geneva explique comment fonctionne un hackathon sur le futur des médias. On va faire les choses pas forcément dans les règles, mais pour le bien commun. (Le mot, concanétation de Marathon et de hacker viendrait du MIT où des étudiants ont pénétré l'ordinateur central, alors seul disponible, pour exploiter ses ressources à leur profit).

Cinq tables, réduites à quatre, imaginent le futur autour de thèmes tirlées du rapport que Fabio Lo Verso a rédigé à la demande du maire:

1) Et si on créait un outil commun en open source qui serait gratuit pour des équipes de journalistes (au fond les rails de chemin de fer ne sont pas payés que par les seuls usagers),

2) En quoi le numérique peut, va changer la démocratie (on peut notamment se demander pourquoi on dépense autant d'argent pour voter en ligne et qu'on n'a pas le droit de lever des signatures)

3) Et si le journalisme était davantage financé par la philanthropie. (Pas morte l'illusion du crowdfunding mais sûrement pas durable)

4) Mutualisation des technologies, c'est en fait le même sujet que le groupe 1.

5) Mission de service public du jouralisme. Quels moyens pour garantir la qualité (c'est toujours suspect quand l'Etat, c'est à dire in fine une administration chargée de mettre en oeuvre une loi ou des budgets se pose cette question)

 

Les résultats ont été exposés quelques heures plus tard en trois minutes, pas une seconde de plus sous peine d'applaudissements de la claque pilotée par Open Geneva. ça donne du rythme, mais le remue-méninges reste maigre. Comme l'a relevé Sami Kanaan, membre d'un jury de trois personnes qui a refusé de décerner un prix, dans un speech improvisé, peu de groupe ont mis le consommateur d'information au centre de leurs préoccupations,  aucun n'a présenté un modèle de financement autonome, qui ne recourt pas à l'argent public, du mécénat et des quêtes (crowdfunding), aucun ne s'est inscrit dans une logique de concurrence ou de compétition - le modèle collaboratif est-il viable à long terme, s'est interrogé le maire de Genève? 

Bref beaucoup de questions demeurent ouvertes, mais l'urgence est là. On ne peut pas rester sans rien faire. Le magistrat socialiste veut poursuivre la réflexion en invitant les villes romandes dans un premier temps à s'interroger sur leur manière de dépenser leur budget com afin de coordonner autant que faire se peut des politiques de soutien à des projets éditoriaux d'information citoyenne.

La seule question qui demeure. Pourquoi un lecteur lit un journal d'information générale comme la Tribune de Genève, Le Courrier, 24 heures, La liberté, le Nouvelliste, ARC Info, le journal de Nyon de Morges de la Riviera, la feuille de Carouge, de Vernier, d'Hermance... Et comment l'inciter à payer 400 à 500 francs par an  (spontanément contrairement à la redevance radio-TV qui elle est obligatoire)?

Kanaan a dit entre autre son désaccord avec Pietro Supino le grand patron de Tamedia qui dans Le Matin Dimanche a réaffirmé sa confiance dans les forces du marché. Non, le marché ne réglera pas tout- Myret Zaki, la rédactrice en chef de Bilan,  l'a répété cette semaine dans une chronique, estime le maire de Genève.

A suivre donc.

La Tribune a publié cette semaine plusieurs réflexions dans sa page Opinion sur la presse

 

PS: Je n'ai pas pu assister à toute la journée et notamment au dernier débat qui avait réuni du beau monde, dont  Pierre Maudet qui s'est invité à la dernière minute - autour de la question de la nouvelle loi sur le financement des médias numériques. Il faut dire que l'événement est tombé en même temps que le pot de départ de Pierre Ruetschi, un réd en chef indépendant, dont les trois panégyristes et lui-même ont notamment rappelé les combats dans les affaires Kadhafi, Rybolovlev et Maudet entre autres. Au fait. Si l'éditeur de la Tribune était genevois, croyez vous que l'affaire Maudet aurait éclaté dans la Tribune?

 

 

 

 

Commentaires

  • Le point noir de la presse est peut-être le manque de moyens journalistiques pour se différencier des autres.
    Pourquoi acheter des articles de l'AFP, ATS, (...), autant rester sur internet.

    Les journaux romands ne sont pas forcément en concurrences. Le valaisan, ne va pas acheter le quotidien du Jura et inversément. Pour étoffer l'offre journalistique, les analyses de journalistes devraient se retrouver dans plusieurs quotidiens pour éviter le trop d'articles des agences ou du moins pour les accompagner.

    Bref, les moyens techniques sont une partie de la solution, mais le contenu reste la base pour garder les lecteurs de 7 à 77 ans.

    Pour moi, ce qu'il manque parfois pour un sujet, ce sont des analyses contradictoires, histoire de relever de nouveaux points de réflexions.

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