Les thuyas d'Antonio Hodgers

sitg zones.jpgL'actuel ministre de l'Aménagement du territoire, du logement et de l'énergie, dès le 1er juin ministre du Territoire seulement, qui, à l'urbanisme, à l'architecture et au logement ajoutera l'environnement et l'agriculture à son dicastère, était ce midi l'invité vedette d'un débat intitulé "Faire la ville dense?".

Le point d'interrogation est superflu pour le militant écologiste qui se dit soucieux du gaspillage des mètres de carré de verdure ici et partout ailleurs (en France voisine donc aussi qui, depuis 30 ans, accueille les travailleurs - bientôt 100'000 - que le canton ne veut ou ne peut loger). 

Le débat a été chaud.

Chaud, autant par la virulence des prises de positions de ceux qui s'arrogent la défense du patrimoine et celle des quartiers de villas, qu'en raison de la grave surpopulation de la salle d'UniMail, où s'entassaient plus de 120 personnes pour 60 places ordinaires. 

J'ai tweeté le débat en direct #fairelavilledense (à lire de bas en haut)

Le débat n'a pas permis de rapprocher les camps. 

Les facultés de sociologie, de psychologie et de science politique devraient nous dire pourquoi le débat, perçu généralement comme un instrument privilégié pour aboutir à des accords, creuse ici les fossés et dressent des murs. (mais entre  nous, je ne suis pas sûr que ce soit la préoccupation première de notre Université

Le débat s'est même enflammé, déclenchant quelques huées, quand Antonio Hodgers a dit que l'espace publique qui manque dans la zone 5 (les quartiers de villa) est en fait disponible derrière les haies de thuyas.

En clair, le  modèle de développement urbain en cours à Genève, qui prévoit de construire d'immeubles dans 11 % de la zone villa (soit le potentiel de plusieurs PAV), permettra de créer ces vides si précieux qui sont aux immeubles ce que sont les fenêtres et les vitrines et à la musique les silences et les points d'orgue, des espaces de respiration, où se fabrique le vivre ensemble, etc. 

Evidemment les propriétaires de villas n'en veulent pas. Construisez ailleurs, a dit Leila El-Wakil, égérie de Contre l'enlaidissement de Genève, de la défense des vieilles pierres qui sont notre histoire, des oiseaux et des abeilles qu'on n'entend plus ni chanter ni bourdonner. 

Qui donc a décidé de ce développement à marche forcée demande un participant applaudi.

Antonio Hodgers dit que nous sommes tous responsables (entre les lignes: ne vous en prenez qu'à vous mêmes si vous votez PLR, PDC, socialiste ou UDC), qu'il faut interpeller le ministre de l'Economie et celui des Finances, pas le ministre du Territoire qui fait de son mieux pour réguler cette croissance en effet excessive. Et que Mme El-Wakil et ses soutiens feraient bien de ne pas jeter par dessus bord le plan directeur cantonal qui est justement l'instrument anti-loi de la jungle.

Mais le message peine à passer. Les autres intervenants ((Broennimann de la FAS et Weil du bureau Urbaplan) ont beau parler  pédagogie, ils n'ont pas les mots simples pour se faire entendre. Et ne peuvent pas non plus faire des miracles, coincés qu'ils sont entre les intérêts des propriétaires et des financiers (nos caisses de retraites), les normes professionnels et officielles et les voisinages privés e/ou relayé par des associations toutes griffes dehors et les communes.

Fort de sa récente réélection, Antonio Hodgers ne mâche pas ses mots. Il dénonce la posture des empêcheurs de construire la ville en ville, qui ont été de ceux qui ont profités et profitent de la croissance de Genève depuis 50 ans. Ce sont les jeunes qui paient les loyers si chers, a dit le ministre, que faites-vous pour lutter contre cette inégalité de traitement! Personne n'a répondu.

Il manquait peut-être dans cette arène universitaire quelques partenaires, les propriétaires, les financiers (dont les gérants des caisses de pension), les promoteurs. 

Et les futurs habitants a souligné non sans pertinence le ministre du Territoire constatant une fois de plus que les débats sur la ville sont toujours, orphelins des principaux bénéficiaires, les occupants de logement. 

 

Commentaires

  • Aucune croissance ne peut être infinie. Et plus le laisser aller vers plus de croissance se prolongera, plus la chute sera dure. Mais pour les politiques, c'est "après moi le déluge". Il s'agit pour eux d'abord de gérer leur carrière, pas d'avoir une vision d'avenir, pas de se préoccuper de ce qui adviendra alors, quand chaque parcelle de terre disponible aura été bétonnée et que la ville étouffera jusqu'à l'asphyxie sans plus d'espace naturel. Pour quelqu'un capable de prendre un peu de recul, il est très étonnant de voir les moutons de panurge s'engouffrer chaque jour dans les embouteillages et passer des heures dans leur moyens de transport. Et la pollution. Esclaves modernes, oui.

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