La presse nous cache des choses

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Un lecteur assidu tance régulièrement mon journal préféré pour son incomplétude. Branché sur le conflit israélo-palestinien, dont on espère qu'il ne deviendra pas un conflit moyen-oriental, il constate que le choix d'articles publiés par la Tribune reflète insuffisamment les exactions des Palestiniens à l'encontre des Israéliens. Rarement le contraire.

Tous les lecteurs pourraient se plaindre pareillement.

L'actualité est foisonnante et les choix des rédactions discutables, forcément. Quelle place accorder à tel événement hier, aujourd'hui et demain?

La question n'est pourtant pas sans influencer la vision qu'on a du monde. Une bombe éclate-t-elle quelque-part qu'on peut, à voir les médias zoomer sur le fait, avoir l'impression que la ville est à feu et à sang. Or, deux rues plus loin, les gens vaquent à leurs occupations - il faut bien vivre, parfois survivre - mais ces activités sans histoire retiennent plus rarement l'attention des journalistes et plus rarement encore celle des consommateurs d'info. Seule la bombe fait la une des journaux.

Conclusion 1: Les journaux diffusent des informations - vérifiées auprès de plusieurs sources indépendantes, c'est LE critère de qualité - , mais ne reflètent qu'une petite partie de la réalité du monde. Fake news?

Conclusion 2: Savoir capter l'attention est un art et une science. Les amuseurs ont une bonne longueur d'avance sur les informateurs. Business as usual?

Ainsi le 1er mai dernier, il n'y en avait que pour les black blocks à Paris. Depuis trois mois, à Genève, les élections du Grand Conseil et du Conseil d'Etat ont rempli les pages de la Tribune, pas celle de 24 Heures et encore moins celle de Libération.

Tout est relatif. Et cette relativité est ressentie par tous désormais tous les jours car tous nous pouvons nous abreuver au flot continue des nouvelles sur l'Internet. L'incomplétude des quotidiens est une fatalité d'autant plus grande que Genève héberge des communautés du monde entier. Forcément, tous n'y trouvent pas leur compte. 

En ce jour de congé pour cause d'Ascension - combien savent exactement ce qu'est cette fête chrétienne? Le curé de la basilique Notre Dame de Genève rappelle que l'image de Jésus ravi dans les cieux et assis à la droite de Dieu son père est une image qu'il ne faudrait pas prendre trop au pied de la lettre... En ce jour chômé donc, pluvieux mais néanmoins générateur de bouchons autoroutiers, j'ai lu intégralement le dernier Courrier pastoral de l'ECR - l'Eglise catholique romaine de Genève, pour les intimes.

Et j'y ai trouvé plein de news que mon journal préféré a ignorées. J'ai alors pensé à ce lecteur qui se plaint de l'incomplétude de la Tribune. Le cercle vicieux est terrible. Moins on se retrouve dans un journal, moins on le lit. C'est bien ce qui arrive depuis le début de ce siècle à la plupart des journaux. A noter que le même désintérêt frappe les démocraties. 36% de participation à Genève...

Dans Libération, je lis cette brève: Vraiment a cessé de paraître après 8 numéros. L'Ebdo n'a pas duré plus longtemps. Dur d'être durable.

Commentaires

  • Avec les moyens du bord, on peut durer très longtemps en restant très modeste et très petit et même sans moyens financiers. Mais il est vrai. Prêcher dans le désert ne crée pas forcément une large audience:-). Sans relais, on reste affamé mais quand on est affamé nous avons alors aussi une certaine rage de vivre et le désir de transmettre autre chose que l'habituel bande annonce médiatique qui nous impuissantent (merci Macron) face aux élites de ce monde. Bonne journée à vous.

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