Un nouveau Grand Conseil à Genève?

pive.jpgDans moins d'une semaine, la composition du Grand Conseil de la République et Canton de Genève, le deuxième de l'ère de la Constitution de 2012, sera connue. Bien malin qui peut en deviner la couleur, bien audacieux qui ose un pronostic. 

Une seule chose est certaine: le Grand Conseil genevois est depuis des lustres champion suisse de la langue bien pendue. Le prochain ne risque hélas pas de perdre ce trophée. La dernière session a été  presque entièrement consacrée à coudre une modeste loi sur la laïcité sans arriver à terme. Il n'y a pas une session qui ne s'ouvre sans un bouleversement de l'ordre du jour en raison des points urgents que le Conseil d'Etat réclament ou des délais de traitement qui sont dépassés. 

L'efficacité du Grand Conseil genevois est médiocre. Qui en a fait le bilan? A-t-on entendu des nostra culpa?

Faut-il balayer tous les députés sortants? Est-on bien sûr qu'un parlement 100% neuf ne sera pas très vite englué dans les mêmes travers?

Ce qu'il faut à Genève ad minima, ce n'est pas un renversement de la majorité, que la gauche réclame au Conseil d'Etat seulement - c'est dire l'inanité d'une telle revendication - c'est la constitution d'une majorité solide et durable au parlement. Solide et durable, cela implique que la majorité du corps électoral qui l'aura constituée le 15 avril prochain ne retourne pas sa veste au premier référendum venu, comme ce fut le cas au printemps 2014 quand les Genevois rejetèrent un modeste cofinancement des parkings d'échange à hauteur de 3,5 millions.

En fait, la démocratie genevoise est très malade. 

L'ordre du jour dithyrambique du parlement en est un signe. Le parlement vaudois avait défrayé la chronique au printemps dernier en annulant quelques jours de session faute d'objets à moudre... Il est vrai que nos députés sont les seuls en Suisse à pouvoir pondre tout seul des textes de loi. Ceci explique cela. 

La prolifération des listes et des candidats - 621 pour 100 sièges  au Grand Conseil, 31 pour sept fauteuils au Conseil d'Etat - est un autre des symptôme. Quand les sapins meurent, ils multiplient les pives (il y en a qui portent du fruit, d'autres sont stériles). N'importe qui peut se prétendre un bon député ou un bon Conseil d'Etat. Comme l'écrit dans Scripta volent un des blogueurs les plus chevronnés du forum des blogs de la Tribune, il n'y a que deux fonctions pour lesquelles on n'exige ni formation ni examen: celle d'être maire et celle d'être élu. 

La démocratie genevoise est un beau discours.

Faut-il rappeler que plus de 40% des habitants de ce canton n'ont rien à dire parce qu'étrangers. Faut-il souligner le paradoxe qui fait qu'un nombre inconnu de Genevois, pour quelques-un forcés de migrer en France voisine, peuvent voter et même se faire élire au parlement cantonal, ce qui n'est évidemment pas le cas des Genevois et Confédérés qui ont dû migrer dans le canton de Vaud, faute de trouver un logis proche de leur travail.  Et ce qui n'est pas le cas non plus, évidemment, des travailleurs frontaliers non suisses qui, tous, contribuent à la prospérité de Genève et y paient leurs impôts (sauf ceux qui habitent Vaud, canton qui refuse toujours de rétrocéder la moindre parcelle de cette fortune délocalisée)? 

On n'évoquera qu'en passant le fait que le taux de participation, dimanche prochain, ne devrait pas franchir la barre des 50%. Autrement qu'un électeur sur deux se fiche de comment la République est gouvernée et comment elle collecte et dépense près de 9 milliards de francs par année ou trouve le choix trop compliqué ou la campagne d'information trop biaisée, trop simpliste, trop...

On n'insistera pas non plus le poids de la fonction publique cantonale (bien supérieur à celle des autres cantons en raison de la faible importance des communes à Genève). Elle est très largement surreprésentée au sein du parlement, notamment parce que les députés, employés de la fonction publique sont au bénéfice de jours de congé pour exercer leur mandat. Non contente d'investir le Grand Conseil, elle n'hésite pas - du moins ses membres syndiqués - à descendre dans la rue et à faire grève dès que la moindre parcelle de son statut risque d'être écorné. Combien d'autres travailleurs ont-ils les mêmes pouvoirs?

Les femmes sont certes sous représentées - elles n'ont pas de temps à perdre. Les jeunes le sont bien davantage encore. Un autre blogueur fait campagne en soulignant que le secteur industriel phare du canton, l'horlogerie, ne compte aucun élu au Grand Conseil. On y trouve un nombre disproportionné de médecins, d'avocats, de paysans.

Ces maladies endémiques sont connues.

La Constituante n'a rien fait pour l'en délivré. L'Université n'a conduit aucun étude à ce sujet. Les présidents du parlement qui se sont succédé n'ont pas laissé, à notre connaissance, de traces mémorables pour réformer l'institution. Les partis sont muets. Et les citoyens cois.

Dans le secret de votre table familiale, faites les bons choix!

NB: Quelques idées pour réformer le Grand Conseil dans un prochain blog

grand conseil 2013.jpg

 

Commentaires

  • Comme je l'ai relevé dans un billet le problème principal vient de la médiocrité du travail en commissions. Que le parlement ne fait, en principe, que valider les yeux fermés. Vivement la démocratie liquide qui fera l'impasse sur cet échelon.
    http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2015/02/04/limites-de-la-democratie-parlementaire-264296.html

  • Résumons l’argument principiel de votre billet: les politiciens sont nuls, dispendieux. La démocratie malade - rien que ça. La cause, les fonctionnaires (trop nombreux en politique, privilégiés) - ça alors.

    Merci M. Mabut d’avoir élevé le niveau. Le Collège de France vous attend.

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