Chers pendulaires, navetteurs, commuter, Pendler,... frontaliers

fiscal 2011 frontaliers.jpgDans toutes les villes du monde, vous allez et venez matin et soir dans le bruit, la poussière, les gaz d'échappement, le stress, la promiscuité des transports publics, sacrifiant des minutes précieuses, parfois des heures, que vous enlevez à votre vie familiale. La ville centre qui vous emploie tire de votre labeur une bonne part de sa prospérité.

Vous êtes pendulaires, navetteurs, commuter, Pendler, banor i periferisë, viajante habitual, abbonato... A Genève, vous êtes des frontaliers. Parce que vous habitez de l'autre côté d'une frontière fabriquée de toute pièce il y a 200 ans, vous voilà stigmatisés, vilipendés par voie d'affiche et feu de bouche. Vos plaques européennes vous dénoncent. 

Vous êtes accusés de favoriser la sous-enchère salariale. Vous êtes plus prompts à vous vendre, parlez d'abondance, quand les Suisses sont plus taiseux. Vous êtes plus rodés au combat social quand ici l'us et la coutume parient davantage sur le partenariat social voire le  corporatisme.

Quand il arrive que vous soyez plus nombreux que les nationaux dans un ateliers, dans un bureau, vous pouvez être un facteur d'acculturation car vos discussions renvoient forcément à votre vécu de l'autre côté, privant les Suisses du débat citoyen qui les concerne et qui leur font croire parfois, soudain, qu'ils sont étrangers dans leur propre pays.

Ce n'est évidemment pas de la faute des travailleurs pendulaires si, à Genève, près d'un travailleur sur trois n'habite pas dans le canton. Et bien plus quand on sait que 40% de la population genevoise est étrangère et se désintéresse forcément de la politique genevoise ou suisse, dont elle est exclut. 

Nulle part ailleurs, ni à Zurich ni à Milan, à Lyon ou Paris, il ne viendrait à l'idée de créer un parti politique qui ferait son beurre de la lutte contre les travailleurs pendulaires, contributeurs comme les autres de la prospérité commune. 

A Genève, trois partis, dont l'un est le deuxième mouvement politique en nombre de députés au parlement du canton, sont désormais en lice le 15 avril prochain à l'occasion des élections quinquennales.

Au vieux fond xénophobe, qui de tout temps traverse toutes les sociétés mais qui, en Europe, a resurgi à nouveau au premier plan peu avant la fin du siècle dernier, alors que disparaissait la peur des rouges, s'ajoute ici, dans cette presqu'île suisse en terre française, la peur du frontalier. 

Ailleurs en Europe, ce sont les travailleurs détachés, ceux qui vivent dans des garnis ou des pensions ou des baraques, quelques semaines, quelques mois, le temps d'un chantier, d'un projet - bref les plombiers polonais, les financiers de haut vol - et aussi les migrants non européens - trop généreusement accueillis, dit-on -qui font problème. Ils ont motivé le Swissxit (soit le non à la libre circulation des travailleurs en Europe, voté le 9 février 2014 en Suisse) ou le Brexit (soit le non à l'UE, essentiellement pour la même raison, voté le 23 juin 2016 par les Britanniques). Pas les frontaliers. 

Nous allons donc vivre trois mois dans une ambiance délétère, bien éloignée de l'esprit de Genève, où les populistes vont redoubler de haine à l'égard de nos voisins qui ne sont là que parce que Genève est prospère et que le canton n'a pas su et n'a pas voulu loger une part plus importante de ses travailleurs.

Nous allons tous être victimes d'un débat excessif, vicié, pollué, faute d'avoir le courage de dire que tous les travailleurs sont égaux. Mais il est bien loin le temps de l'internationale, il paraît bien loin aussi le temps des humains, enfants de Dieu...

Dimanche, à la basilique Notre Dame de Genève, le vicaire de l'évêque de Genève, Pascal Desthieux, a introduit le temps de la recharge de nos accus (durant 40 jours avant Pâques les chrétiens sont invités à se dépouiller et à se reconnecter au courant divin). Le thème de son sermon était "Ne nous laisse pas entrer en tentation", la nouvelle formulation du Notre Père qui va remplacer l'actuelle formule jugée ambiguë "Ne nous soumet pas à la tentation", une affaire de traduction de l'araméen au grec. Comme quoi la vérité tient à peu de chose. La foi, l'amour et l'espérance aussi.

Ne nous laisse pas entrer en tentation... Tout un programme... Qu'on voudrait bien voir les 631 candidats au Grand Conseil genevois faire leur.

Commentaires

  • Ah, M. Mabut, est-ce que les partis d'extrême-droite en France ne s'énervent pas contre les banlieusards sous couvert de s'énerver contre les immigrés ?

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