31 conseillers d'Etat et 623 députés: pourquoi faire?

hannetons.png"De rien pour arriver à pas grand chose". C'est sans doute l'inconnu Axel Amberger qui a trouvé le libellé le plus véridique pour sa liste de candidature au Conseil d'Etat genevois le 15 avril prochain (voir toutes les listes). Quoique

En quatre ans et demi (puisque la Constituante a eu la "belle" idée d'allonger la législature de quatre à cinq ans - avant 1957, on en était à trois ans, le cycle naturelle de la reproduction des hannetons...), en quatre ans et demi donc, nos députés ont voté pour près de 40 milliards de francs de dépenses et autorisé l'Etat à encaisser presque autant d'impôts.

L'Etat de Genève et ses communes dépensent plus de 100'000 francs pour une famille de quatre personnes et par année. Pas mal pour un canton qui héberge officiellement moins de 500'000 habitants sur un territoire moins grands que trois fois la ville de Zurich. L'occasion de rappeler ce mot de Patrice Mugny, quand il était réd en chef du Courrier. L'actuel maire adjoint de Presinge avait écrit que les familles qui paient moins de 60'000 francs d'impôts sont bénéficiaires nettes des prestations publiques...

La course aux Grand Conseil et au Conseil d'Etat a donc franchi un nouveau record, constate sans commentaires mon journal préféré

Le 15 avril au soir il y aura donc 523 candidats au parlement déçus et, au soir du 6 mai, il y aura 24 conseillers d'Etat en puissance sur le carreau. 

Deux questions se posent à ce stade. Qu'est-ce que la démocratie gagne de cette abondance de candidature?  Qu'est-ce que la gouvernance du Canton y gagnera? La profusion des candidats augmente-t-elle la participation des citoyens (on rappelle que 41% de la population genevoise est étrangère et donc exclue du scrutin)? Le système d'élection nous assure-t-il que les meilleurs seront élus?

La réponse est rien ou négative dans tous les cas. Et l'on va une fois de plus se consoler en disant qu'ailleurs ce n'est pas mieux et que que la démocratie est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres. 

Peut-on se contenter de ce fatalisme? Non bien sûr. Sauf au sein de la classe politique (et peut-être médiatique) qui préfère bétonner les droits acquis.

La révolution est cependant en marche. Elle transforme depuis 20 ans les humains, leurs comportements, leurs valeurs, leurs pouvoirs aussi. 

Quelques exemples qui sont autant de défis pour la politique.

Nous vivons toujours plus vieux. C'est un progrès, dit-on. C'est une illusion en fait. Horriblement coûteuse, très inégale, très injuste même.

Nous avons peur du changement. Nous avons érigé le principe de précaution au pinacle de la gouvernance et commandons moults expertises avant de faire le moindre pas. Or les savants évidemment se contredisent, de sorte que, dans le doute, on s'abstient. 

Face à la mondialisation dont nous sommes tous les agents actifs et les bénéficiaires honteux (on s'insurge contre les conditions de travail dans les pays usines du tiers monde mais personne ne renonce à acheter un jeans ou le denier ordiphone), on dresse des murs réglementaires et des normes pour éviter la concurrence.

La préférence nationale rebaptisée préférence sociale a fait sa place dans notre législation. L'agriculture, mais aussi les hommes, de loi, les assureurs, les électriciens se protègent face aux offres extérieures (connaissez-vous un assureur maladie qui ne soit pas suisse?) jusqu'à la Migros qui mise sur la copropriété pour inciter ses coopérateurs à privilégier ses gondoles.

L'Etat apparaît comme le dernier rempart à la mondialisation. Il doit acheter suisse. Ses agents se défendent becs et ongles face à tout ce qui pourrait rafraîchir ou aérer leur nid douillet (ok, ce n'est pas une sinécure d'être flics, régents ou anges gardiens face à une population hédoniste où le chacun pour soi et le pousse-toi-de-là-que-je-m'y-mette est la règle.). Mais les employés de l'Etat ne risquent ni leur emploi ni la délocalisation ni leur caisse de retraite (même si les actifs passent un peu à la caisse).

Que pensent les élus en devenir?

Je crois le système vicié car il ne donne guère de chance à qui voudrait aérer la basse-cour.

Commentaires

  • "La révolution est cependant en marche."
    Vous ne pensez pas si bien dire. Le politique m'apparait comme l'art d'accommoder les restes. Il est presque toujours réactif et en retard.
    Je parle beaucoup sur mon blog de l'inertie du travail parlementaire qui ressemble à une cour de récréation pour adulte et je dénonce vigoureusement la médiocrité du travail des commissions qui est souvent validé les yeux fermés en plénière.
    La révolution qui vient a déjà commencé avec la volonté d'introduire les chaines de blocs dans l'administration. La suite logique est la suppression de l'échelon législatif au profit d'une démocratie véritablement directe sans représentant et avec un exécutif renforcé.
    Pour mieux cerner le monde qui se profile taper démocratie liquide sur votre moteur de recherche.

  • Tout ce qui est humain est par nature imparfait. En politique notamment, on a traditionnellement une majorité d`individus essentiellement motivés par l`amour de soi, l`ego et seule une minorité motivés principalement par le désir du bien public. Encore faut-il, pour ces derniers, avoir une conception du bien public qui tienne compte de la réalité et non une conception dictée par l`idéologie dominante d`un parti. Un "bon" politicien est donc en meme temps sincerement philanthrope et assez intelligent pour ne pas se perdre dans une idéologie déconnectée de la réalité. L`oiseau rare, quoi.

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