Les géants, le Kosovo, la Catalogne...

regions europes 2008.pngPourquoi l'humain normal mesure-t-il entre un mètre cinquante et deux mètres? Le Kosovo est-il un Etat légitime? Et la Catalogne a-t-elle droit à un statut national. Ces questions qui n'ont apparemment rien à voir les unes avec les autres surgissent à la lecture de l'édition du Libération des historiens de ce jour. Libé qui n'existe que parce qu'un mécène, sponsor, capitaliste soutient le journal qui fut libertaire, révolutionnaire, anticapitaliste (cochez dans  les deux cas ce qui convient) a des idées et est une marque qui mobilise encore les intellectuels, savants, scientifiques.

Point d’actualité sous la plume des professeurs mais des analyses qui tentent d'ouvrir des portes avec les clés qui font leurs compétences. 

Pour revenir aux géants qui ont subjugué les Genevois autour du dimanche sans voiture, on notera que dans l'histoire la terre a porté des dinosaures qui à la mesure de nos crocodiles et de nos oiseaux étaient des géants. Déchus certes mais ils ont peuplé le globe bien plus longtemps que notre espèce.

Des Etat géants, ça existe et ça côtoie des Etats nains (il y avait aussi des dinosaures nains, mais on les connaît moins parce qu'ils sont moins médiatiques, pourtant ce sont bien eux qui ont survécu jusqu'à nous).

Sans doute, la comparaison entre des organisme vivants dont la cause de la vie reste insondable (moins celle de leur mort) et ces organismes étatiques qui font que je suis suisse et que j'ai des amis de nationalités étrangères n'est pas un objet de recherche scientifique comme certains sports jugés mineurs, locaux, débiles (comme le lancer de nains) ne sont pas inscrits aux Jeux olympiques.

Pourtant la question locale d'une Catalogne Etat-nation se pose soudain avec acuité, actualité, opportunité et font le fond du papier d'ouverture de ce Libé des historiens, signé par un prof de science po parisien, André Loez: a-t-on atteint le "point de non rupture qui font passer de la paix à la guerre, de la manifestation à l'insurrection, de la sédition à la sécession" ?  L'historien convoque l'histoire pour tenter d'y repérer un chemin de connaissance.

Dans l'ensemble, la démarche est intéressante quoique l'approche des auteurs soient très franco-française et qu'aucun forcément ne convoque la Suisse, l'Allemagne et même les Etats-Unis comme modèle futur d'une Espagne démocratique et fédérale. 

Le quatrième papier de cette séquence ibérique est peut-être le plus intéressant. "Derrière la volonté d'indépendance se cache aussi un mécontentement vis-à-vis de la Constitution, partagé par de nombreux espagnols", dissertent deux chercheurs, Dominique Kalila et Jeanne Moissand. Depuis 2011, le mouvement des indignés et d'autres, écrivent-ils, veulent faire sauter le verrou de la Constitution de 1978 qui a fait du roi l'héritier du régime franquiste. "Ces secteurs contestataires entendent substituer une authentique fédération et lancer un processus constituant dans toute l'Espagne." On comprend la fermeté autiste, anachronique, dinosaurienne de Felipe VI.  

Mais pourquoi ai-je ajouté le Kosovo dans le titre de ce billet? 

Parce que, moins encore que la riche Catalogne, le Kosovo n'avait et n'a pas vocation à devenir un Etat-nation. Il aurait très bien pu rester un canton en Yougoslavie ou même (quoique plus difficilement) en Serbie ou devenir un canton de l'Albanie, dont il partage la langue et la culture et qui est sa porte vers la Méditerranée. 

Mais voilà les deux Etats-nation dinosaures qui luttent l'un contre l'autre l'après-guerre, comme les diplodocus et les tyrannosaures des premiers âges, en ont décidé autrement. De leur conflit, aujourd'hui larvé, est né un nouveau très petit Etat-nation - une exception qui confirme la règle dans l'histoire récente.

Ce petit Etat-nation est très dépendant, pauvre, désorganisé. Il ne pourra survivre sainement que s'il est intégré dans un autre organisme, la confédération européenne, dont il a déjà adopté la monnaie, laquelle n'est ni un Etat-nation ni un empire ni un royaume composite, ce que fut la France, rappelle un des historiens de Libé, jusqu'à ce que le mot de François Mitterrand en 1954 "L'Algérie c'est la France" disparut en 1962 dans les oubliettes de l'histoire.  

 

Un mot encore sur la langue. Un des problèmes des Catalans, c'est que leur langue est unique et qu'ils ne peuvent pas s'adosser à une communauté multinationale, comme nous les Suisses romands, comme les Suisses allemands et comme les Suisses italiens (comme les Kosovars avec l'Albanie). Les étrangers qui viennent y travailler préfèrent parler l'espagnol qu'apprendre le catalan. Wikipedia donne à voir une carte de l'évolution des langues dans la péninsule ibérique. Instructif. 

Linguistic map Southwestern Europe.gif
Par Original téléversé par Alexandre Vigo sur Wikipedia galicien — Transféré de gl.wikipedia à Commons., CC BY-SA 3.0, Lien

Commentaires

  • L'Etat du Kosovo existe, car les USA y ont vu l'opportunité d'y établir une base militaire. Cela fait partie de leur stratégie d'entourer la Russie de bases.

    Les Catalans pourraient très bien se contenter du statut de région autonome. Leur langue fait partie de leur culture, mais c'est aussi un moyen d'exclure les espagnoles et étrangers (latinos et marocains).

    Comparer le Kosovo avec la Catalogne ne fait pas sens. Le Kosovo est une région pauvre marquée par les conflits armés. La Catalogne est une région plutôt riche et paisible.

    La réelle motivation des catalans à vouloir quitter l'Espagne, il faut la trouver dans la crise des subprimes de 2007 qui a bouleversé le pays. Les catalans se sont retrouvés pour beaucoup dans la précarité.... comme tous les autres espagnoles. Au lieu de voter Podemos, ils se sont tournés vers les indépendantistes. Ces derniers sont autant des bourgeois que des révolutionnaires.... qui se posent en victimes du fascisme (point Godwin espagnol), alors que TOUS les espagnols ont souffert de Franco! Alors que simplement, ils ne veulent plus payer pour les régions pauvres. Les catalans sont "radins", c'est leur réputation.

    Au final, la Catalogne va y perdre. Déjà des entreprises annoncent vouloir délocaliser leurs sièges vers Madrid. Les indices boursiers sont au plus bas. La réplique ne sera donc pas politique. Puisque le pouvoir politique est un nain, comparativement à celui économique. C'est bien lorsque des entreprises délocaliseront massivement vers Madrid, que les catalans réaliseront qu'ils se sont tirés une balle dans pieds.

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