A Veyrier, «Quelle solidarité avec les migrants ? »

refugiers sept 2015 reuters.JPGLorsqu'Angela Merkel ouvrit les portes de l'Allemagne, fin août 2015, aux centaines de milliers de migrants qui se pressaient soudain aux marges de l'Europe, pour la plupart des Syriens, des Afghans et quelques autres, des habitants de notre pays se mobilisèrent pour les accueillir.

Ils ne sont pas venus en Suisse. En nombre du moins. Certes, il a fallu ouvrir quelques abris de protection civile en plus et répondre à la contestation de "No Bunker" (dont l'activité est en berne) et de quelques paroisses en aménageant sur le champ des hébergements hors sol. A Veyrier, l'association Tessera s'est mobilisée pour eux.

Deux ans plus tard, le centre d'hébergement prévu l'Hospice général sur le territoire communal (aux Grands Esserts,très loin du centre du village) est toujours dans le labyrinthe des administrations communale et cantonale. Nyon a refusé le sien ce dimanche. Ce soir, au premier café philo ou café citoyen mis sur pied par Yves Brun, un octogénaire toujours vert, catholique et solidaire, la représentante de l'Hospice général n'a pas apporté de précisions particulières sur ce dossier.

Yves Brun avait invité Roland Junod, un philosophe buriné, du genre prêtre ouvrier. Après sa licence de philo à Paris Nanterre, il s'est engagé 12 ans comme maçon, puis est passé par Bienne et Genève où il a été à la Maison de la Jonction et prof de philo à ce qui était alors l'Institut d'études sociales, jusqu'à sa retraite. 

«Quelle solidarité avec les migrants ? » le thème est vaste. Si vaste que la soirée et ses quelque quarante participants ne l'ont pas très bien étreint.

D'emblée le meneur de jeu dit son malaise avec la catégorisation des gens, les permis, les papiers. Ils sont là. Il ne donne aucun chiffre. Jamais il y a eu autant de migrants, affirme-t-il. On saura peu avant la fin de la discussion qu'il y a 6600 migrants inscrits à l'Hospice général. (Les chiffres détaillés sont là pages 22 à 27)

Peu importe la raison de leur fuite, peu importe leur parcours souvent douloureux comme on ne peut pas l'imaginer. Les images s'imposent: Calais, Aylan, la Méditerranée noire, les camps géants du Sud-Soudan, de la Somalie, l'Erythrée, les barbelés de la frontière hongroise, la gare de Budapest, les mendiants à nos portes. Les dealers même à qui il porte du thé  et des couvertures. Il dit aux gendarmes: Même le pire des criminels est mieux traités en prison. Il n'a pas de solution. Son affaire et celle des premières prise de parole, c'est la misère au niveau du macadam. Ici et maintenant.

Que faisons nous? «Quelle solidarité avec les migrants ? »

Les prises de parole sont diverses. Souvent dans l'émotionnel, l'actualité. Pourquoi n'accueillons-nous pas les migrants d'aujourd'hui comme nous avons accueilli les Hongrois, les Chiliens, les Vietnamiens. Parce qu'il fuyait le communisme et donc qu'ils étaient des nôtres?

Personne ne prononce pourtant le mot musulman, n'évoque l'absence parfois totale de toute qualification des boat-people africain. Personne ne se demande pourquoi un million de gens se sont mis en marche en été 2015? 

La mémoire historique est courte ou inexistante. Avant l'accueil organisé des Vietnamiens il y a eu les boat-people vietnamien. Viennent enfin les questions de notre responsabilité, celle du prédateur, du colon. Notre richesse vient de l'exploitation des mines, des gens, des terres de ces pays.

On se quitte autour d'un verre et d'une tarte aux pruneaux. Dimanche, les Suisses ont refusé Prévoyance 2020, de peur de perdre des avantages pour leurs retraites. On sera tous chauffé cet hiver parfois à plus de 20 degrés. Veyrier compte 4100 logements pour moins de 12'000 habitants, soit moins de 3 personnes par logement en moyenne.

De la soirée, je garde un sentiment mitigé. Chacun le sait bien, mais n'ose le dire: le problème n'a pas vraiment de solutions. C'est difficile à admettre.

Ce mot encore. Sans doute le plus fort de ce café citoyen. Une dame évoque sa rencontre avec un noir à Genève qui avait une oreille toute enflée. Je n'avais rien à lui donner, dit-elle. Dans mon porte-monnaie, il y avait un billet de 20 francs et une pièce de deux francs. Je lui ai donné les deux francs. Ce soir, elle a encore dit: Je regrette de ne pas lui avoir donné les 20 francs. 

PS: Le même jour, le pape François a appelé lors de son audience hebdomadaire à avoir « les bras bien ouverts » pour les migrants

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