La Tribune de Genève sera produite à Lausanne

tamedia t.pngLa presse traditionnelle suisse se souviendra de l'été 2017. Genève a perdu ses rotatives après la déconfiture de La Suisse. La Tribune de Genève va perdre dès 1er janvier 2018 ses rédactions suisse, monde, économie et sport, annonce le groupe Tamedia

La Tribune de Genève qui avait été rachetée par le groupe lausannois Edipresse au début des années 1990, lequel a été racheté par le groupe zurichois Tamedia en 2011, va au 1er janvier prochain être produite à Lausanne sous la direction d'Ariane Dayer.

La même centralisation aura lieu en Suisse alémanique avec le maintien toutefois de deux sites, Zurich et Berne. Il n'est pas clairement fait mention d'un échange par dessus de la Sarine via un service de traduction. Ne resteront à Genève que les rubriques locales. 

Qu'est-ce que ça va changer? Pas grand-chose au début.

Puis le changement se fera sentir insidieusement, dans le choix des nouvelles, leur tonalité, un peu comme Lausanne se distingue de Genève. L'architecture dominante de l'une est bernoise quand l'autre a pris des allures parisiennes. Lausanne regarde la France de loin, par-delà le lac, Genève est une presqu’île, un pays binational. Lausanne est romande, Genève est un carrefour des mondes.

Vu de New-York, de Pékin, de Berlin ou de Paris, les septante kilomètres qui séparent la République du bout du lac du chef-lieu du Pays de Vaud ne sont rien. Au fond, GVA (que j'aime appelé Genève Voltaire Aéroport) a vu le grounding de Swissair et l'envol d'EasyJet. Et s'en porte presque trop bien. Et si les CFF terminent leur course nationale dans le cul de sac de Cointrin, c'est autant leur faute que celle des Genevois. 

Les raisons de ce tremblement de terre local sont connues. Les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon et leurs avatars) sont les imprimeurs du XXIe siècle. En dix ans, ils ont capté ce qui faisait la fortune des éditeur de journaux, la publicité, qu'ils savent ajuster aux moindres désirs des annonceurs et surtout des clients. Fini le menu unique proposé une fois par jour par la cantine médiatique de grand-papa, désormais, chacun se sert à la carte dans l'énorme offre multimédia encore gratuite que débitent les smartphones au moindre clic.

La nouvelle ne surprend pas. Tous les journaux sont frappés par le révolution technologique et beaucoup ont déjà disparu.

S'ajoutent à Genève, des facteurs spécifiques qui rendent la production d'un journal, le même pour tous, difficile. Plus de 40% de la population est étrangère et ne participe pas au processus démocratique. Plus de cent mille travailleurs habitent hors des frontières cantonales, en France voisine et dans le Pays de Vaud, que la Tribune couvre très épisodiquement. Ajoutons à cela que la majorité des Genevois sont de fait des Confédérés et des naturalisés qui ont souvent conservé des racines ailleurs et parfois les ont retrouvées et les cultivent grâce à l'Internet. 

Face à cette évolution, les pouvoirs politiques et leur servants sont absents, enfermés dans leur boîte institutionnelle, communale, cantonale, régionale, nationale. Presqu'autistes. La fusion des communes est un mirage ou un tabou, le Canton englué dans une administration sans gouvernance, le Grand Genève en panne, l'Europe..., presqu'un gros mot, le monde, une menace.

 

Commentaires

  • Chaque fois que jai voulu répondre à vos billets, jai été "modéré" (=censuré) Donc, je vous la fais brève: de mon point de vue, la délocalisation du journal annonce sa disparition. Mais, je ne suis pas sûr de m'en attrister. Vous avez si souvent défendu les positions du capital. A part les annonces mortuaires, je ne lis plus rien dans la Tribune. Ceci étant, bonne chance à tous les collaborateurs !

  • Entièrement d'accord avec Mr Mabut !
    L'incurie de notre classe politique, tous partis confondus, a rabaissé notre ville au niveau de satellite de deuxième zone de la "Capitale vaudoise"....
    Genève a perdu successivement La Suisse, le Journal de Genève, elle est restée sans réaction quand Le Temps a quitté ses bureaux de Cornavin.
    Et que dire des médias audiovisuels...
    RTS 1 est largement valdo-lausannoise, les infos genevoises n'ont qu'un traitement superficiel, sur un ton suffisant et ironique, alors que celles de Lausanne et du Canton de Vaud bénéficient d'une couverture en profondeur et des débats quasi quotidiens dans l'émission Forum.
    La prochaine étape, soyons-en sûr, sera le départ vers Lausanne d'une bonne partie de la TSR.
    Le bonnet d'âne pour nos représentants de gauche et de droite qui regardent depuis 30 ans, hébétés, la transformation des médias sans réagir. Trop occupés qu'ils sont à jouir de leurs sinécures et se ridiculiser dans débats navrants au Conseil municipal de la Ville ou au Grand Conseil.
    Ils pourraient pourtant s'inspirer de l'action de MM. Broulis et Maillard....
    Seule bonne nouvelle, la renaissance de Radio Lac et son ambition prometteuse de développer un contenu rédactionnel dense et centré sur notre canton.
    Un tout petit peu de bleu dans un ciel très sombre...

  • Tristement bien résumé... C'est une honte qu'une ville comme Genève ne puisse pas trouver les ressources d'avoir un titre populaire et généraliste édité en ces lieux. Courage aux plumes de notre canton.

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