Les journalistes tombent de leur chaire

immo journaux.jpgFrédéric Gonseth, cinéaste, président de Médias Pour Tous, énumère dans Culture en jeu six fausses idées en vogue sur les médias suisses, menacés, à son avis et au choix, de disparition, de rachat par l'étranger ou de tomber sous la coupe de forces conservatrices. Le Courrier a retweeté, pardon reproduit ces textes dans ses éditions imprimée et web de ce lundi. Un séminaire doit penser l'avenir des médias le 14 novembre à Soleure.

Jusqu'en l'an 2000, les médias ont vécu - bien voire très bien - grâce aux annonces immo et emploi. Une vraie mine d'or. Que la désintermédiatisation, la relation soudain directe entre l'offre et la demande grâce à une nouvelle technologie, l'Internet, a fait disparaître tout simplement en moins de dix ans. Le filon s'est épuisé, volatilisé.

Puis sont nés l'iPad et Facebook.

Ces deux inventions récentes et leurs avatars ont rendu obsolète la rotative qui, depuis le début du XIXe siècle, avait favorisé l'émancipation citoyenne et syndicale grâce à la diffusion des idées (bonnes ou mauvaises) et de l'information journalistique, une information plus au moins indépendante des intérêts politiques et surtout économiques toujours et de plus en plus soutenus par une communication sophistiquée, devenue le véritable opium du peuple en ce XXIe siècle naissant.

Il y a aujourd'hui bien plus de communiquants que de journalistes. Et ils ont bien plus de moyens qu'eux.

Les six idées fausses en vogue de Gonseth sont certes importantes. Elles ne couvrent cependant pas l'ensemble du problème. 

Il faut ajouter la sclérose des institutions politiques qui empêchent de créer au niveau adéquat des contre-pouvoirs aux très grandes entreprises. La gouvernance onusienne est une chimère, celle de l'Europe est battue en brèche. "Small si beautiful" tweete-t-on sur Facebook grâce à des outils conçus en Californie et construits en Chine.

Cette sclérose favorise les forces conservatrices. Point besoin de presse de droite pour voter la fermeture des frontières et la mise en péril des bilatérales et de la libre circulation des personnes.

Les rédactions s'amincissent, les enquêteurs disparaissent, les Panama Papers sont l'arbre qui cache une forêt carbonisée. C'est un fait. Mais dans le même temps, jamais les idées n'ont autant foisonné, n'ont autant circulé. Grâce à Facebook, grâce aux blogs. Les syndicats et les partis politiques, les églises et les associations qui éditaient jadis des journaux ont tous des sites riches en information et en opinions.

En fait, ce qui se passe, c'est qu'après les pasteurs et les curés, les journalistes tombent de leur chaire. 

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